‹ Lettres choisiesChapitre 297 sur 456 · LETTRE CXLII. — A M. LE COMTE D'ARGENTAL · texte numérisé non relu

LETTRE CXLII. — A M. LE COMTE D'ARGENTAL

28 septembre 1761.

0 mes anges! tout ce que j'ai prédit est arrivé. Au premier coup de fusil qui fut tiré, je dis : « En voilà pour sept ans. » Quand le petit Bussi ^ alla à Londres, j'osai écrire à M. le duc de Choiseul qu'on se moquait du monde, et que toutes ces idées de paix ne serviraient qu'à amuser le peuple. J'ai prédit la perte de Pondicbéry*, et enfin j'ai prédit que le Droit du seigneur^ de M. Pi-

J . Oreste. V.p.l78 et 180, notes 1 et 3.

2. D'Olivet, apparemment, ne put, résoudre la question, car nous lisons dans le Commentaire de Médée, par Voltaire : Je n'ai pu découvrir qui est ce Monsieur P. T. N. G., à qui Corneille dédie Médée . » — Les éditeurs modernes n'ont pas été plus heureux.

• On ignore complètement qui ces initiales désignent, — lisons-nous dans l'édition Régnier; — l'ordre de ces initiales est un peu différent dans Timpression de 1657 : à M. P. T. S. N.

Cette Epitre dédicatoire n'est que dans les éditions antérieures à 1660. »

3. 'Le duc de Choiseul avait envoyé M. de Bussy à Londres, au printemps de 1761, pour y tenter des ouvertures pacifiques. Des pourparlers furent engagés pendant tout l'été et n'aboutirent pas. (V. Jobez, lu France sous Louis XV, t. V, p. 414-433.)

4, Pondichéri fut pris par les 'Anglais le 15 janvier 1761, et détruit peu de jours après. {Id., p. 393-397.) — Cette ville, relevée de ses ruines, fut restituée à la France en 1816. Elle est aujourd'hui la capitale de nos possessions dans l'Inde, sur la côte deCoromandel. Elle compte 21,OÛOhabitants, dont 700 Européens; un canal sépare la ville blanche de la ville noire. Son territoire renferme environ 100, OUO habitants.

5. Cette comédie de Voltaire, en cinq actes (modifiée plus tard et réduite à trois actes), fut jouée le 18 janvier 1762, sous le titre de l'Kctceil du sage, et réussit, comme l'avait prédit l'auteur. 11 la donna sous le nom de Picardet, académicien de Dijon. Il avait d'abord songé à l'attribuer à M. Le Gouz, maître des requêtes au parlement de Bourgogne;

io.

Cardin réussirait. Mes divins anges, c'est parce que je ne suis pli]s dans mon pays que je suis prophète. Je vous prédis encore que tout ira de travers, et que nous serons dans la décadence encore quelques années, et décadence en tout genre; et j'en suis bien lâché.

Je travaille sur Pierre, je commente, je suis lourd.

C'est une terrible entreprise de commenter trente-deux pièces, dont vingt-deux ne sont pas supportables, et ne méritent pas d'être lues.

Les estampes étaient commencées. Les Cramer les veulent. Je ne me mêlerai que de commenter, et d'avoir raison si je peux. Dieu me garde seulement de permettre qu'ils donnent une annonce avant qu'on puisse imprimer! Je veux qu'on ne promette rien au public, e-t qu'on lui donne beaucoup h la fois. Mes anges, j'ai le cœur serré du triste état oii je vois la France; je ne ferai jamais de tragédie si plate que notre situation : je me console comme je peux. Qu'importe un Picardet ou Rigardet? n faut que je rie pour* me distraire du chagrin que me donnent les sottises de ma patrie. Je vous, aime, mes divins anges : et c'est là ma plus chère consolation. Je baise le bout de vos ailes.

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