‹ Lettres choisiesChapitre 299 sur 456 · V. page 7S, note · texte numérisé non relu

V. page 7S, note

2. Maucroix, chanoine de Reims, ami de La Fontaine, né en 1619, mort en 1708. lï a laissé des poésies, des

traductions, des histoires, des lettres et des mémoires. L'ablîé d'Olivet avait publié ses œuvres posthumes en 1710 et 1726 (2 volumes.) Voltaire réfute une assertion de Maucroix sur Corneille, que l'abbé d'Olivet lui avait citée.

3. Les bancs réservés qui étaient sur la scène. On les avaient récemment supprimés. V. page 281, note I.

rément Corneille ne venait pas déranger tout un banc, et faire sortir la personne qui occupait la première place sur ce banc. S'il arrivait tard, il était debout ; s'il arrivait de bonne heure j il était assis. Use peut faire qu'ayant paru à la représentation de quelqu'une de ses bonnes pièces, on se soit levé pour le regarder; qu'on lui ait battu des mains. Hélas ! à qui cela n'arrive-t-il pas? Mais qu'il ait eu des distinctions réelles, qu'on lui ait rendu des honneurs marqués, que ces honneurs aient passé en usage pour lui, c'est ce qui n'est ni vrai, ni vraisemblable, ni même possible, attendu la tournure de nos esprits français. Croyez-moi, le pauvre homme était négligé comme tout grand homme doit l'être parmi nous. Il n'avait nulle considération, on se moquait de lui; il allait à pied, il arrivait crotté de chez son libraire à la Comédie; on siffla ses douze dernières pièces; à peine trouva-t-il des comédiens qui daignassent les jouer^ Oubliez-vous que j'ai été élevé dans la cour du Palais- par des personnes qui avaient vu longtemps Corneille? Ce qu'on nous dit dans notre enfance nous fait une impres-

1. A notre avis. Voltaire exagère un peu roubli et robscurité où Corneille était tombé vers la fin de sa vie. 11 se peut que la vieillesse ait aggravé les défauts de sa conversation et de son extérieur, et que l'insuccès de ses dernières pièces ait affaibli l'éclat de sa gloire, mais il est certain que, pondant longtemps du moins, le grand Corneille n'eut pas à se plaindre de l'admiration que lui témoignèrent ses contemporains. Voici ce que dit Perrault, a ce sujet, dans ses Hommes illustres : « La moitié du temps qu'on donnoit au spectacle (des pièces de Corneille) s'employoitendes exclamations qui se faisoient aux plus beaux endroits, et lorsque, par hasard, il paroissoit lui-même sur le théâtre, la pièce étant finie, les exclamations redoubloient et ne finissoient point qu'il ne se fût retiré, ne pouvant plus soutenir le poids de tant de gloire. « (1677-1678, p. 96.)

2. La cour du Palais de Justice, où M. Arouet, père de Voltaire, occupait un vaste appartement, en qualité d'j payeur des épices et receveur des

amendes de la chambre des comptes.

Cette demeure était située au point

d'intersection de la rue de Jérusalem et de celles de Nazareth et de Galilée, près de V Hôtel de la Présidence (de nos jours, Préfecture de Policé). C'est à partir de 1701 que M. Arouet, ayant acquis son titre et son office, vint y habiter; lorsqu'il était notaire au Chùtelet, il habitait sur la paroisse de Saint-André-des-Arts, près du pont Saint-Michel. Au début de son Epître à Boileau (1769), Voltaire dit au satirique :

Dans la cour du palais je naquis ton

[volsia ;

c'est une erreur, pui.-qu'ii est né en 1694, six ou sept ans avant que sa famille changeât de résidence. Mais, ici, l'expression, «j'ai été élevé dans la cour du Palais », est juste. La maison de Boileau, l'ancienne maison canoniale de Gillot, l'un des auteurs de la Satire Menippée, était située rue de Jérusalem, la première à main dn.itc on sortant de ['Hôtel de la Présidence.

sion durable, et j'étais destiné à ne rien oublier de ce qu'on me disait des pauvres poètes mes confrères. Mon père avait bu avec Corneille : il me disait que ce grand homme était le plus ennuyeux mortel qu'il eût jamais vu, et l'homme qui avait la conversation la plus basset L'histoire du lutin ^ est fort connue, et malheureusement son lutin l'a totalement abandonné dans plus de vingt pièces de théâtre. Cependant on veut des commentaires sur ces ouvrages qui ne devraient jamais avoir vu le jour : à la bonne heure, on aura des commentaires; je ne plains pas^ mes peines.

Tout ce que je demande à l'Académie, mon cher maître, c'est qu'elle daigne lire mes observations aux assemblées, quand elle n'aura point d'occupations plus pressantes. Je profiterai de ses critiques. Il est important qu'on sache que j'ai eu l'honneur de la consulter, et que j'ai souvent profité de ses avis. C'est là ce qui donnera à mon ouvrage un poids et une autorité qu'il n'aurait jamais, si je ne m'en rapportais qu'à mes faibles lumières. Je n'aurais jamais entrepris un ouvrage si épineux, si je n'avais compté sur les instructions de mes confrères.

1. Dans une lettre de cette même année. Voltaire dit aussi : « Ma mère, qui avait vu Despréaux, disait que c'était un bon livre, etun sot homme.»

(6 juillet 1761).— Boileau et Corneille étaient fort vieux, lorsqu'ils furent connus des parents de Voltaire. Fontenelle a tracé ce portrait de Corneille, son oncle : « M. Corneille étoit assez grand et assez plein, l'air fort simple et commun, toujours négliixé, et jieu curieux de son extérieur. Il avoit le visage assez a^créable, un grand nez,.

la bouche belle, les yeux pleins de feu, la physionomie vive, des tra;ts marqués et propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans un buste. • — « La première fois que je le vis, je le pris pour un marchand de Rouen. » (Vigneul-Marvilie.)

2. Démon familier et capricieux qui, disait on, venait, par instant, inspirer Corneille et l'abandonnait ensuite « C'était une manière ingénieu-e d'expliquer les inégalités parfois chnquantea de son génie.

3. Expression elliptique et très française, dans le style famiUer. On dit également: « plaindre son argent, son temps, ses soins, etc.; » c'est-àdire, regretter, refuser, donner à regret, et en se plaignant. — Fléchicr ; « Si votre main gauche plaint ce que donne votre main droite. » (T. 111, p. 4C8.) — Racine : a Je me suis si peu inquiclé du temps que j'ai employé pour ce dessein, que je n'y aurois pas plaint encore quinze autres jours. »

(T. VI, 406. Lettres.)

Vous me plaignez, votre aimable pré [pence.

(Thébatde,\.301.)

M"" de Sévigné : « Et on plaindra a. ces pauvres gens-là des grandeurs dont ils font un si bon usage. ■ (T. X, 398.)

Boileau :

Que mon àme, en ce jour de eioire et

[d'ojjulcnce,

D'un superbe convoi plaindrait peu la

[délie rise.

Venons à ma lettre du 20 auguste*; elle était pour vous seul*; je la dictai fort vite : mais si vous trouvez qu'elle puisse être de quelque utilité, et qu'elle soit capable de disposer les esprits en faveur de mon entreprise, je vous prie delà donner à frère Thieriot'. J'ai peur qu'il n'y ait quelques fautes de langage. On pardonne les négligences, mais non pas les solécismes ; et il s'en glisse toujours quelques-uns quand on dicte rapidement. Je me mets entre vos mains à la suite de Pierre, et je recommande l'un et l'autre à vos bons offices, à vos lumières et à vos bontés.

Adieu, mon cher maître; votre vieillesse est bien respectable; plût à Dieu que la mienne en approchât! Vous écrivez comme à trente ans. Je sens combien je dois vous estimer et vous aimer.

Page 1