‹ Lettres choisiesChapitre 300 sur 456 · Sur remploi de ce mot, V · texte numérisé non relu

Sur remploi de ce mot, V

page 316, note 1.

2. Lettre fort longue, où Voltaire s'exprime avec quelque liberté sur Corneille et Racine et sur lui-même.

Il y donne aussi le détail des principales souscriptions déjà recueillies.

3. On rappelait le « colporteur de Voltaire, i — V. page 14, note 4.

4. Cousin du duc de Choiseul ; nommé depuis duc et pair, il porta le titre de duc de Praslin. Né en 1712, il mourut en 1785 : il fut ambassadeur à Vienne en 1753, puis ministre des affaires étrangères et de la marine. Il signa le traité de 1763, qui termina la guerre de Sept-Ans.

5. Jean Calas, commerçant de Toulouse, et protestant, avait été condamné au supplice de la roue par le

parlement de Toulouse, et exécuté le 9 mars 1762. On raccusait d'avoir assassiné son fils aîné, Marc-Antoine Calas, pour l'empêcher de se faire catholique : le jeune homme, esprit sombre et exalté, s'était étranglé luimême dans un accès de désespoir.

Après rexécution de l'arrêt du Parlement, une partie de sa famille se réfugia à Genève, d'où le bruit de cette affaire arriva vite à Fernev. La veuve Calas se rendit à Paris pour solliciter la cassation de Tarrêt et la réhabilitation des siens : Le Grand Conseil du Roi pouvait casser la sentence, et il la cassa, en effet, le 4 juin 1764. — M»* Calas habitait, à Paris, quai des Morfondus, sous le uom supposé d'Anne-Rose Dupuys.

D'Alembert et l'avocat Mariette étaient ses conseils.

sont du Languedoc); elle a des sentiments dignes de sa naissance, et au-dessus de son horrible malheur. Elle a vu son fils renoncer à la vie, et se pendre de désespoir*; son mari, accusé d'avoir étranglé son fils, condamné à la roue, et attestant Dieu de son innocence en expirant-; un second fils, accusé d'être complice d'un parricide, banni, conduit à une porte de la ville, et reconduit par une autre porte dans un couvent'; ses deux filles enlevées *; elle-même enfin interrogée sur la sellette, accusée d'avoir tué son fils, élargie, déclarée innocente, et cependant privée de sa dot^ Les gens les plus instruits me jurent que la famille est aussi innocente qu'infortunée. Enfin, si malgré toutes les preuves que j'ai, malgré les serments qu'on m'a faits", cette femme avait quelque chose à se reprocher, qu'on la punisse; mais si c'est, comme je le crois, la plus vertueuse et la plus malheureuse femme du monde, au nom du genre humain, protégez-la. Que M. le comte de Choiseul daigne l'écouter!

i. Son ûls aîné Marc-Ântoine.

2. Calas avait 63 ans; il subit la question ordinaire et extraordinaire, et le dernier supplice en protestant de son innocence. Son corps mort fut jeté dans un bûcher, et ses cendres livrées au vent. — Sur treize juges, sept opinèrent pour la mort, trois pour la torture seulement; deux pour une plus ample information; un seul, pour l'acquittement.

3. Calas avait quatre fils et deux filles. L'un de ces ûls, nommé Louis, s'était fait catholique et ne vivait plus avec les siens ; le second, du nom de Pierre, enveloppé dans le procès, fut condamné au bannissement perpétuel ■ pour les cas résultant du procès. »

On se borna au simulacre du bannissement le bourreau le conduisit hors de Toulouse par la porte Saint-Michel, l'y ramena par une autre porte, et le dirigea sur le couvent des Jacobins.

Un père lui Gt entendre que labjuration était l'unique voie de salut; il se soumit en apparence, et quelque temps après, le 4 juillet, s'évada. Son plus jeune frère, nommé Donat, placé à Nimes en apprentissage, absent de Toulouse au moment de l'horrible aventure, s'était, après la condamna-

tion de son père, réfugié à Genève :

Pierre l'y rejoignit.

4. Elles avaient été enfermées à Toulouse dans deux couvents séparés, l'une au couvent de Notre-Dame, l'autre dans le couvent de la Visitation.

On travailla inutilement à leur conversion.

5. Sa dot et ses biens personnels avaient été mis sous séquestre. Elle était dans le plus complet dénûment.

Voltaire l'aida de son argent, et des banquiers de Paris ouvriront en sa faveur une souscription.

6. Avant d'entreprendre la réhabilitation des Calas, Voltaire avait fait une enquête : il avait interrogé les deux jeunes gens et pris des informations à Toulouse et à Bordeaux. « J'ai vu souvent Pierre et Donat Calas ; j'étais d'abord en défiance ; j'ai fait épier pendant quatre mois leur conduite et leurs paroles... J'ai balancé longtemps sur l'innocence de cette famille; je ne pouvais croire que des jugps eussent fait périr par un supplice affreux un père de famille innocent. U n'y a rien que je n'aie faitpour m'éclaircir de la vérité ; j'ose être sûr de l'innocence de cette famille comme de mon existence. »

(Lettre du 13 février 1763.)

Je lui fais tenir un petit papier qui sera son passeport pour être admise chez vous; ce papier contient ces mots : (( La personne en question vient se présenter chez M. d'Argental, conseiller d'honneur du parlement, envoyé de Parme, rue de la Sourdière. »

Mes anges, cette bonne œuvre est digne de votre cœur*.

LETTRE CXLV. — A M. EUE DE BEAUlflONT^.

Aux Délices 3, ce 11 juin 1762.

Je vous adresse, monsieur, la plus infortunée de toutes les femmes*, qui demande la chose du monde la plus juste. Mandez-moi, je vous prie sur-le-champ, quelles mesures on peut prendre; je me chargerai de la reconnaissance : je suis trop heureux de l'exercer envers un talent aussi beau qu'est le vôtre. Ce procès, d'ailleurs si étrange et si capital ^, peut vous faire un honneur infini ; et l'honneur, dans votre noble profession, amène tôt ou tard la fortune. Cette affaire, à laquelle je prends le plus vif intérêt, est si extraordinaire, qu'il faudra aussi des moyens extraordinaires. Soyez sûr que le parlement de Toulouse ne donnera point des armes contre lui ; il a défendu que l'on communiquât les pièces à personne, et

1. Voltaire ne craignit pas de s'adresser, en outre, aux puissances ; il sollicita lui-iTième, ou fit solliciter le comte de Saint-Florentin, ministre de la maison du roi, qui avait dans ses attributions les affaires générales de la religion protestante; il sollicita également le chancelier de Lamoignon, le premier président de Nicolaï, M.d'Auiiac, président du grand conseil, le duc de Ghoiseul et M""» de Pompadour.

2. Célèbre avocat du barreau de Paris, né en 1732, mort en 1786, auteur de mémoires judiciaires dont la réputation fut européenne. Le plus connu de ces mémoires est celui qu'il fit pour les Calas en 1762; quinze de ses confrères sanctionnèrent cet écrit par leur signature. Deux autres avocats, Mariette et Loyseau de Mauléon, contribuèrent à la rébabilition des Ca-

las et publièrent des mémoires. Voltaire prêta sa plume aux deux frères, Donat et Pierre Calas, pour de sembiables écrits qui remuèrent l'opinion en leur faveur. Son Traité de la tolérance est de ce même temps.

3. Voltaire avait quitté Ferney et s'était installé aux Délices, pour être plus près de Genève et plus en état de poursuivre l'enquête qu'il avait commencée sur cette affaire.

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