La veuve Calas
5. Cet épisode judiciaire, si bien fait pour agir sur les imaginations, a inspiré plusieurs drames en vers et en prose : ceux de Brumore (1788), du chevalier d'Estimanville (1780), de Lemière et de Laya (1790), de Chénier (1791), de Victor Ducange (1819) et à l'étranger, ceux de Van Hoogeven (1766), de Weitze (1780), de Breudv à Rrendis (1731.)
même l'extrait de l'arrêta II n'y a qu'une grande protection qui puisse obtenir de M. le chancelier' ou du roi un ordre d'envoyer copie des registres. Nous cherchons cette protection : le cri du public, ému et attendri, devrait l'obtenir ^ Il est de l'intérêt de l'Etat qu'on découvre de quel côté est le plus horrible fanatisme. Je ne doute pas que cette entreprise ne vous paraisse très importante ; je vous supplie d'en parler aux magistrats et aux jurisconsultes de votre connaissance, et de faire en sorte qu'on parle à M. le chancelier. Tâchons d'exciter sa compassion et sa justice, après quoi vous aurez la gloire d'avoir été le vengeur de l'innocence, et d'avoir appris aux juges à ne se pas jouer impunément du sang des hommes. Les cruels! ils ont oublié qu'ils étaient hommes. Ah, les les barbares * !
Monsieur, j'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois, etc.
1. L'avocat Mariette ayant demandé pour agir l'extrait de la procédure de Toulouse, le parlement refusa de donner communication des pièces et même de l'arrêt. Il fallut l'y contraindre. Un arrêt du grand conseil lui enjoignit d'envoyer les charges et informations; on fit payer quinze cents livres à la veuve Calas pour la transcription des pièces et elle les attendit six mois.
2. Le chancelier de France était alors Guillaume de Lamoigoon, ancien premier président du Parlement de Paris et de la cour des aides, fils de ce Lamoignon, seipneur de Basville à qui Dcspréanx adressa la sixième épître, et père de Lamoignon de Malesliei hos, ministre et défenseur de Louis XVI.
Né en 1C83, il mourut en 1772; il exerça l'emploi de chancelier pendant dix-huit ans, de 1750 à 1768.
3. La sentence du grand conseil qui cassait l'arièt du parlement de Toulouse fut rendue à l'unanimité de quatre-vingt-quatre membres présents.
Tous les ministres d'Etat prirent séance, les conseillers d'Etat de robe, d'épée et d'église se firent un devoir d'y assister; la séance fut présidée par le chancelier en personne. Voilà ce qu'avait obtenu, comme dit Voltaire, « le cri du public, ému et attendri. 1)
4. La réhabilitation ne fut rendue définitive que par l'arrêt du 9 mars 1765, prononcé par le tribunal d-'s maîtres des requêtes, ou, comme on disait alors, par les requêtes de l'hùtel du roi. C'était à ce tribunal qu.' le conseil avait renvoyé l'afTaire. — Les maîtres des requêtes étaient au nombre de soixante-sept en 1765 ; ils formaient uu tribunal auquel ressortissaient certaines affaires extraordinaires, notamment dans la procédure criminelle, spécifiées par l'ancienne législation. L'arrêt du 9 mars 1765 fut rendu à l'unanimité de quarante jn,c' es présents. — (Sur les détails et la suite compliquée de toute cette affaire, V.
Desnoiresterres, t. VI, p. 154-222, 396-426.)