‹ Lettres choisiesChapitre 315 sur 456 · LETTRE CLII. — A M. DUPONT · texte numérisé non relu

LETTRE CLII. — A M. DUPONT

AFerney, 16 auguste 1763.

Je vois, monsieur, que vous embrassez deux genres un peu différents l'un de l'autre, la finance et la poésie*. Les eaux du Pactole doivent être bien étonnées de couler avec celles duPermesse^. Vous m'envoyez de fort jolis vers avec des calculs de sept cent quarante millions. C'est apparemment le trésorier d'Aboul-Cassem * qui a fait ce petit état de sept cent quarante millions, payables par chacun an. Une pareille finance ne ressemble pas mal à la poésie; c'est une très noble fiction. Il faut que l'auteur avance la somme pour achever la beauté du projet.

Vous avez très bien fait de dédier à M. l'abbé de Voisenon vos Réflexions touchant l'argent comptant du royaume ; cela me fait croire qu'il en a beaucoup. Vous ne pouviez pas mieux égayer la matière qu'en adressant quelque chose de si sérieux à l'homme du monde le plus gai ^ Je vous réponds que si le roi a autant de millions que l'abbé de Voisenon dit de bons mots, il est plus riche que les empereurs de la Chine et des Indes. Pour moi, je ne suis qu'un pauvre laboureur; je sers l'Etat en défrichant des terres, et je vous assure que j'y ai bien de

1777, à Pigalle, lorsque le roi eut chargé l'artiste de faire les statues du maréchal de Saxe et de Voltaire luimême :

Le roi connaît votre talent :

Dans le petit et dans le grand Vous produisez œuvre parfaite ; Aujourd'tini, contrasie nouveau, 11 veut que votre heureux ciseau Du héros descende au trompette.

1. Dupont de Nemours, économiste, né en 1739, mort aux Etats-Unis, en 1815. Il s'attacha, de bonne heure, à Quesnay et à Turgot, et rédigea, dès 1763, le journal de l'Agi'iculture et les Ephémérides du citoyen. Après la chute de Turgot (I77(j) il traduisit en vers le Roland furieux.

Le bailliage de Nemours le députa aux états- généraux en 1789, On a de lui un bon nombre d'écrits sur l'économie politique.

Page 1