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Il avait envoyé à Ferney ses

débuts en poésie et en économie politique ; il venait de publier ( 1 763) deux opuscules sur les impùls et sur les droits prohibitifs.

3. Le Pactole, rivière de Lydie, qui coulait à Sardes et se jetait dans rHermu5,rou)ait des paillettes d'or; le Permesse, rivière de Béotie, qui sortait du montHélicon, était consacré aux muses et passait pour inspirer les poètes.

4. Aboul-Cassem, personnage du roman des Mille et une JVuits.

5. Abbé mondain, homme d'esprit, et poète frivole, auteur de quelques comédies, de contes envers, d'opéras, d'anecdoctes littéraires et de fragments historiques. Protégé et pensionné par les ministres et les favorites, il entra à l'Académie française en 1763.

Louis XV fit de lui un historiographe pour ses petit-fils, 11 mourut en 1773, à l'âge de 67 ans.

la peine. En qualité d'agriculteur, je vois bien des abus; je les crois inséparables de la nature humaine, et surtout de la nature française ; mais, à tout prendre, je crois que le bénéfice l'emporte un peu sur les charp:es. Je trouve les impôts très justes, quoique très lourds, parce que, dans tout pays, excepté dans celui des chimères, un Etat ne peut payer ses detles qu'avec de l'argent. J'ai le plaisir de payer mes vingtièmes ^ d'avance, afin d'en être plus tôt quitte.

A l'égard des Fréron% je leur ai payé toujours trop tard ce que je leur devais en vers et en prose.

Pour vous, monsieur, je vous paie avec grand plaisir le tribut d'estime et de reconnaissance que je vous dois. C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être, etc.

LETTRE CLIII. — A «me LA MARQUISE DU OEFFAND.

A Ferney, 19 auguste (car il est trop barbare d'écrire aoust et de prononcer oû1.

L'aveugle Voltaire à l'aveugle marquise du Defjaad^,

Les gens de notre espèce, madame, devraient se parler au lieu de s'écrire, et nous devrions nous donner rendezvous aux Quinze-Vingls% d'autant plus qu'ils sont dans le voisinage de M. le président Hénault^ On m'a mandé qu'il

1. Impôt établi sur les biens-fonds et qui égalait la vingtième partie de leurs revenus.

2. Journaliste ennemi de Voltaire, successeur de DesTonlaines. Né en 1719, il mourut en 1776.

3. M""' du Deffand avait perdu la vue en 1754, à l'âge de cinquantesept ans; Voltaire, de son coté, était sujet à des fluxions sur les yeux qui le condamnaient à une sorte de demi-cécité momentanée. En écrivant à la marquise, il exagérait volontiers cette intirrnité pas?aj.'ère. Plusieurs de ses lettres débutent ainsi :

t De ma maison des Quinze-Vingts à la vôtre; » — « Votre camarade le Quinze-Vingt. • M""» du Deffand ne se trompait pas sur ces exagérations de condoléance; elle lui répondait:

«L'aveugle du Deffand au soi-disant aveugle, mais très clairvoyant Vol-

taire. » {Lettres de M"'* du Deffand, édit. de Lescure, t. I, p. 278, t. 11, 133, 181.)

4. Cet hôpital, fondé par saint Louis en 1254 pour 300 gentilshommes (quinze fois vingt) à qui les Sarrasins avaient crevé les yeux, et qui servit ensuite à toutes sortes d'aveugles, était situé entre le Louvre et le Palais-Royal. Louis XVI le transféra, en 1779, rue de Charenton. — Le président Hénault l.abitait sur la place \'endôme, non loin du Palais-Royal ; Mmo du Deffand avait ses appartements au couvent de Saint-Joseph, dans le faubourg Saint-Germain, sur l'emplacement actuel du ministère de la guerre,

5. Sur ce président qui fut pendant quarante ans l'ami de M""» du Deffand. V. page 104, note 1.

avait été dangereusement malade ces jours passés, mais qu'il se porte mieux. Je m'intéresse bien vivement à votre santé et à la sienne; car enfin il faut que ce qui reste à Paris de gens aimables vive longtemps, quand ce ne serait que pour l'honneur du pays.

Étes-vous de l'avis de Mécène, qui disait : « Que je sois goutteux, sourd, et aveugle, pourvu que je vive, tout va bien ^? » Pour moi, je ne suis pas tout à fait de son opinion, et j'estime qu'il vaut mieux n'être pas que d'être si horriblement mal. Mais, quand on n'a que deuK yeux et une oreille de moins, on peut encore soutenir son existence tout doucement.

J'ai eu une grande dispute avec M. le président Hénault, au sujet de François IP ; et je vous en fais juge. Je voudrais que quand il se portera bien, et qu'il n'aura rien à faire, il remaniât un peu cet ouvrage, qu'il pressât le dialogue, qu'il y jetât plus de terreur et de pitié, et même qu'il se donnât le plaisir de le faire en vers blancs, c'est-à-dire en vers non rimes. Je suis persuadé que cette pièce vaudrait mieux que toutes les pièces historiques de Shakspeare% et qu'on pourrait traiter les principaux événements de notre histoire dans ce goût.

Mais il faudrait pour cela un peu de cette liberté an-

1, V. dans Sénèque, [Ep. 101 à Lucilius) les vers de Mécène, que La Fontaine a imités :

Mécenas fut un galant homme :

Il a dit quelque part : Qu'on me rende im-

[putent,

Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu

[qu'en somme

Je vive, c'est assez, je suis plus que con-

[tent

Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise d^s hommes.

[Fables, 1, 15 et 16.)

L'épicurien Mécène, principal ministre d'Auguste, protecteur éclairé et bienveillant des meilleurs poètes de son temps, auteur de deux tragédies, d'une histoire naturelle, d'un journal de la vie d Auguste, et de quelques poésies dont il subsiste des fragments, mourut l'an 743 de Rome, neuf ans avant notre ère.

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