‹ Lettres choisiesChapitre 338 sur 456 · LETTRE CLXIV. — A M. DALEMBERT · texte numérisé non relu

LETTRE CLXIV. — A M. DALEMBERT

8 juillet 1765.

Mon cher philosopbe,votre lettre m'a pénétré le cœiir^ Je vous aime assez pour vous apprendre des secrets que je ne devrais dire à personne, et je compte assez sur votre probité, sur votre amitié, pour être sûr que vous garderez le silence que je romps avec vous. Je ne vous parle point de l'intérêt que vous avez à vous taire; tout intérêt est chez vous subordonné à la vertu.

La plupart des lettres sont ouvertes à la poste; les vôtres l'ont été depuis longtemps. Il y a quelques mois que vous m'écrivîtes : « Que dites-vous des ministres, vos protecteurs ou plutôt vos protégés? » et l'article n'était pas à leur louange. Un ministre m'écrivit quinze jours après : « Je ne suis pas honteux d'être votre protégé, mais, etc.;» ce ministre paraissait très irrité. On prétend encore qu'on a vu une lettre de vous à l'impératrice de Russie % dans laquelle vous disiez : « La France ressemble à une vipère : tout en est bon, hors la tête. » On ajoute que vous avez écrit dans ce goût au roi de Prusse. Vous sentez, mon cher philosophe, combien il a été inutile que je vous aie rendu justice, et que j'aie écrit à ceux qui se plaignaient ainsi de vous, « que vous êtes l'homme qui a fait le plus d'honneur à la France. » La voix d'un pauvre Jean criant dans le désert, et surtout d'un Jean persécuté, ne fait pas un grand effet. Voilà donc où vous en êtes. C'est à vous atout peser ; voyez si vous voulez vous transplanter àvotreâge, et s'il faut que Platon aille chez Denys * ou que Platon reste en Grèce.

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