‹ Lettres choisiesChapitre 361 sur 456 · V. page 114, note · texte numérisé non relu

V. page 114, note

à la course d'une oie grasse et au galop d'une vache * . On s'exprime enfin aussi ridiculement que l'on pense, rem verba sequuntur^ \ et, à la honte de l'esprit humain, ces impertinences ont eu des partisans.

Je vous citerais cent exemples de ces extravagants abus, si je n'aimais pas mieux me livrer au plaisir de vous remercier des services continuels que vous rendez à notre langue, tandis qu'on cherche à la déshonorer. Tous ceux qui parlent en public doivent étudier votre Traite de la Prosodie ; c'est un livre classique qui durera autant qne la langue française.

Avant d'entrer avec vous dans des détails sur votre nouvelle édition, je dois vous dire que j'ai été frappé de la circonspection avec laquelle vous parlez du célèbre, j'ose presque dire de l'inimitable Quinault, le plus concis peutêtre de nos poètes dans les belles scènes de ses opéras, et l'un de ceux qui s'expriment avec le plus de pureté, comme avec le plus de grâce. Vous n'assurez point, comme tant d'autres, que Quinault ^ ne savait que sa langue. Nous avons souvent entendu dire, M^^ Denis et moi, à M. de Beaufrant, son ne^eu^ que Quinault savait assez de latin pour ne lire jamais Ovide que dans l'original, et qu'il possédait encore mieux l'italien. Ce fut un Ovide à la main qu'il composa ces vers harmonieux et sublimes de la première scène de Proserpine'* :

Les superbes géants armés contre les dieux

Ne nous donnent plus d'épouvante; Ils sont ensevelis sous la masse pesante Des monts qu'ils entassaient pour attaquer les cieus. Nous avons vu tomber leur chef audacieux

Sous une montagne brûlante.

Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux Les restes enflauimés de sa rage expirante.

Jupiter est victorieux, Et tout cède à l'eflort de sa main foudroyante.

\. Expressions de J.-J. Rousseau dans sa Lettre à M. Grimm sur Omvhale.

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