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On sait que cliez les écrivains de

(ont le prix, et qui sont véritablement sensibles au bien public.

J'ai l'bonneur d'être avec autant de respect que d'estime, monsieur, votre, etc.

LETTRE CLXXX. — A W. BEAUZÉEl.

14 janvier 1768.

Si je demeurais, monsieur, au fond de la Sibérie % je n'aurais pas reçu plus tard le livre que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Le commerce^ a été interrompu jusqu'au commencement de novembre, et depuis ce temps nous avons été ensevelis dans les neiges. Enfin, monsieur, j'ai eu votre paquet et la lettre dont vous m'honorez. Je vois avec beaucoup de plaisir les vues philosophiques qui régnent dans votre Grammaire''. Il est certain qu'il y a, dans toutes les langues du monde, une logique secrète qui conduit les idées des hommes sans qu'ils s'en aperçoivent, comme il y a une géométrie ca-

répoque classique ce mot est pris dans une acception conforme à rétymologie latine, successus, « issue, événement » : le sens a besoin d'être déterminé et précisé par l'adjectif: un bon succès, un mauvais succès.

J'ignore quel succès le sort garde à mes [arme?.

(Racine, Andromaque, vers 1022.)

Le succès du combat réglera leur conduite. (Racine, Bajazet, vers 53.)

« Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu un succès si heureux du temps d'Euripide.» (Racine, préface de Phèdre.) — « Malgré les mauvais succès de ses armes infortunées. » (BossuET, Or. f. de lareine d'Angleterre.)

1. Grammairien français d'une grande réputation au dix- huitième siècle : né en 1717, il mourut en 1789. Professeur à l'école militaire, successeur de Duclos à l'Académie en 1772, il refusa les offres de Frédéric H qui l'appelait à Berlin. Il a publié une édition augmentée des synonymes de Girard (1770), des traductions de Sallvste (1770) et de Quinte-Curce (1789), une Grammaire générale {Il 67)

où les principes sont exposés avec méthode et avec clarté.

2. La Sibérie touche d'un côté à la Russie d'Europe, de l'autre au Turkestan et aux annexes de l'empire Chinois.

3. Les relations de toute sorte, la circulation des choses et des personnes.— Sur le sens de ce mot. Voir page 85, note 3. C'était l'effet du blocus de Genève. V. page 376, note 2. — M"" de Sévigné a dit dans le môme sens : (I Le P. Bourdaloue tonne à Saint-Jacques de la Boucherie... La presse et les carrosses y forment une telle confusion que le commerce de ce quartier en est interrompu. » (T. V, p. 522.)

4. Grammaire générale, ou Exposition rnisonnée des éléments nécessaires du langage, pour servir de fondemeiit à l'étude de toutes les lan gués (1767.) C'est, comme on le voit, la description complète de la région métaphysique de la grammaire : cette métaphysique est pleine de vues fines, mais souvent subtiles. Après la mort de Dumarsais (1756) Beauzée avait été chargé des articles de grammaire dans .'"Encyclopédie.

clîée dans tous les arts de la main, sans que le plus grand nombre des artistes s'en doule. Un instinct heureux fait apercevoir aux femmes d'esprit si on parle bien ou mal : c'est aux philosophes à développer cet instinct. Il me paraît que vous y réussissez mieux que personne. L'usage, malheureusement, l'emporte toujours sur la raison. C'est ce malheureux usage qui a un peu appauvri la langue française, et qui lui a donné plus de clarté que d'énergie et d'abondance^; c'est une indigente orgueilleuse^ qui craint qu'on ne lui fasse TaumônB. Vous êtes parfaitement instruit de sa marche, et vous sentez qu'elle manque quelquefois d'habits. Les philosophes n'ont point fait les langues, et voilà pourquoi elles sont toutes imparfaites. J'ai déjà lu une grande partie de votre livre. Je vous fais, monsieur, mes sincères remerciements de la satisfaction que j'ai eue, et de celle que j'aurai. J'ai l'honneur d'être, etc.

LETTRE CLIXII. — A M. MOREAU.

A Ferney, 18 janvier 1768.

Je vous renouvelle, monsieur, cette année, les justes remerciements que je vous ai déjà faits pour les arbres que j'ai l'eçus et que j'ai plantés^ M ma vieillesse, ni mes maladies, ni la rigueur du climat, ne me découragent. Quand je n'aurais défriché qu'un champ, et quand je n'aurais fait réussir que vingt arbres, c'est toujours un bien qui ne sera pas perdu. Je crains bien que la glace, survenant après nos neiges, ne gèle les racines; car notre hiver est celui de Sibérie, attendu que notre horizon est borné par quarante lieues de montagnes de glaces. C'est un spectacle admirable et horrible, dont les Parisiens

1. « Notre langue manque d'un prand nombre de mots et de phrases, il me semble même qu'on l'a gênée et appauvrie depuis environ cent ans, en voulant la purifier. » (Fénelon, Lettre à l'Académie, § lU.) Singulier reproche adressé à notre langue par deux écrivains d'un génie si riche et si facile ! Ce n'est pas du moins en les lisant qu'on songe à se

plaindre de cette prétendue pauvreté.

2. Dans une séance de l'Académie française, où il assistait, le 27 avril 1778, Voltaire, parlant sur le même sujet, reprit cette expression en lui donnant un accent de familiarité plus énergique : « Notre langue est une gueuse fière ; il faut lui faire l'aumône malgré elle. »

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