Catherine II. — V. page 393, note
4. Dans la langue classique, lorsque deux verbes se suivent, dont le second dépend du premier, le pronom personnel, ré;;ime du second verbe et qui, régulièrement, devrait se placer avant ce verbe, se place fort souvent avant le premier verbe. C'est ainsi que Voltaire écrit : 7ne sont venus voir, au lieu de, sotit venus me voir.
Pardonnez aux efforts que je vienp de [tenter,
Pour prévenir les pleurs que je leur vais
[coûter.
(Racine, Iphig., a. IV, s. iv.)
le Cid, et le Cid n'est pas de lui^ L'amour est ridicule ou insipide dans presque toutes ses autres pièces*.
Je pense encore comme vous sur Quinault* : c'est un grand homme en son genre. Il n'aurait pas [^\iV Art poétique, mais Boileau n'aurait pas fait Armide,
Je souscris entièrement k tout ce que vous dites de Molière et delà comédie larmoyante*, qui, à la honte de la nation, a succédé au seul vrai genre comique, porté à sa perfection par l'inimitable Molière.
Depuis Regnard% qui était né avec un génie vraiment omique, et qui a seul approché^ Molière de près, nous
i. Il y a ici une erreur et une injustice. Corneille, tout le monde le sait, a emprunté aux Exploits de la jeunesse du Cid, pièce de Guilliem de Castro (1567-1630), jouée à Valence en 1618, le sujet du Cid, sur les indications que lui avait fournies un M. de Chalon, ancien secrétaire des commandements de la reine mère : il a pris à l'auteur espagnol la donnée générale, les principaux personnages, la marche de l'action, et il n'a jamais dissimulé ces emprunts ; mais ce qui fait la beauté du Cid, les passions, les sentiments, les caractères, l'éloquence et le style, il ne doit cela qu'à lui-même. Voltaire croyait, en outre, et il l'a dit dans son" Commentaire, écrit en 1761, que Corneille avait imité un autre poète espagnol, Juan-Bautisla Diamante, auteur d'une pièce intitulée El Cid honrador de su padre, le Cid vengeur de son père ; mais il est prouvé, jusqu'à l'évidence, que cette seconde pièce n'est qu'une assez mauvaise traduction libre du Cid français.
2. Autre assertion inexacte dans sa forme tranchante et absolue. — Bien que le dix-huitième siècle, en général, ait adopté les jugements de Voltaire sur Corneille et, comme lui, ait préféré Racine à son illustre devancier, certains esprits, libres de préjugés et restés fidèles aux traditions du grand goût, blâmaient la sévérité de ces critiques et sentaient les beautés supérieures de Corneille comme l'avait tait le dix-septième siècle. M'^'duDeffand, en 1764, répondait à l'auteurdu Commentaire, qui lui avait écrit, o Racine m'enchante et Corneille m'ennuie : »
rJevous en demande très humblement pardon, mais je vous trouve un peu injuste sur Corneille... Le style de Racine est enchanteur et continuement admirable. Corneille n'a, com me vous dites, que des éclairs, mais qui enlèvent, et qui font que, malgré l'énormité de ses défauts, on a pour lui du respect et de l'admiration . « (Corresp. générale,édit. deLescure,t.I, p. 310-311.) Un autre jour, revenant sur le même sujet, dans une lettre à Walpole, elle s'exprime avec une chaleur et une vivacité qui rappellent les élans d'enthousiasme que la lecture de Corneille excitait dans M^^de Sévigné : o Corneille me ravit d admiration; je lui pardonne tous ses défauts; il n'a jamais la faiblesse de notre nation, mais il manque souvent de l'élégance de notre style. » (T. I, p. 412. — 1767.)