‹ Lettres choisiesChapitre 42 sur 456 · Une seconde édition de la Ilen · texte numérisé non relu

Une seconde édition de la Ilen

riade, bien plus complète que celle de 1723. avait paru à Londres pendant l'exil de Voltaire avec le plus grand succès. Une troisième et une quatrième édition suivirent en moins de trois semaines, mais le poème, sous cette forme perfectionnée, était prohibé en France, et les exemplaires destinés aux souscripteurs français furent saisis à Calais.

Quelques volumes parvinrent à Paris clandestinement, ce qui n'eut d'autre effet que de les mettre hors de prix. C'était donc, à celle date, un présent rare que celui d'une Henriade.

3. Personnage de femme, dans la tragédie de Brutus, sur lequel comptait l'auteur pour animer cette pièce un peu froide. — Voltaire avait ébauché son Brutus en Angleterre ; il avait même écrit le premier acte en anglais. Cette tragédie, composée dans le goût anglais, et « pleine de traits républicains », comme disent les critiques contemporains, obtint un éclatant succès à la première représentalion ; mais dès le second jour, la recette tomba de b,065 livres à 2,o40 livres.

Brutus disparut de la scène pour y revenir après 1789: celte tardive reprise fut des plus brillantes.

mes ouvrages à celle qui les embellit. J'ai pensé mourir cette nuit, et je suis dans un bien triste état; sans cela, je serais à vos pieds, pour vous remercier de l'honneur que vous me faites aujourd'hui. La pièce est indigne de vous; mais comptez que vous allez acquérir bien de la gloire en répandant vos grâces sur mon rôle de Tullie. Ce sera à vous qu'on aura l'obligation du succès. Mais pour cela souvenez-vous de ne rien précipiter, d'animer tout, de mêler des soupirs à votre déclamation, de mettre de grands temps. Surtout jouez avec beaucoup d'âme et de force la fin du couplet de votre premier acte. Mettez de la terreur, des sanglots, et de grands temps dans le dernier morceau. Paraissez-y désespérée, et vous allez désespérer vos rivales. Adieu, prodige.

Ne vous découragez pas ; songez que vous avez joué à merveille aux répétitions, qu'il ne vous a manqué hier que d'être hardie. Votre timidité môme vous fait honneur. 11 faut prendre demain votre revanche. J'ai vu tomber Mariamne^^ et je l'ai vue se relever.

Au nom de Dieu! soyez tranquille. Quand môme cela n'irait pas bien, qu'importe? Vous n'avez que quinze ans; et tout ce qu'on pourra dire, c'est que vous n'êtes pas ce que vous serez un jour. Pour moi, je n'ai que des remercîments à vous faire; mais, si vous n'avez pas quelque sensibilité pour ma tendre et respectueuse amitié, vous ne jouerez jamais le tragique. Commencez par avoir de l'amitié pour moi, qui vous aime en père, et vous jouerez mon rôle d'une manière intéressante.

Adieu; il ne tient qu'à vous d'êlre divine demain.

LETTRE XXI. — A M. DE CIDEVILLE 2, rqe de l'écureuil, a ROUEN.

A Paris, ce 2 mars 1731.

Comme je vis ici moitié en philosophe, moitié en hibou, je n'ai reçu qu'hier votre lettre du 27, et les vers

1. Mariamne tomba à Paris et se releva à Versailles, sur le théâtre de la cour.

Page 1