LETTRE CCI. — A M. LE CHEVALIER DE LALLY-TOLENOAL
A Ferney, 28 avril 1773.
J'avais eu l'honneur, monsieur, de connaître particulièrement M. de Lally, et de travailler avec lui, sous les yeux de M. le maréchal de Richelieu, à une entreprise dans laquelle il déployait tout son zèle pour le roi et pour la France. Jp lus avec attention tous les mémoires qui parurent au temps de sa malheureuse catastrophe. Son innocence me parut démontrée : on ne pouvait lui reprocher que son humeur aigrie par tous les contre-temps qu'on lui fit essuyer. Il fut persécuté par plusieurs membres de la compagnie des Indes, et sacrifié par le parlement.
Ces deux compagnies ne subsistent plus, ainsi le temps paraît favorable; mais il me paraît absolument nécessaire de ne faire aucune démarche sans l'aveu et sans la prot'Ction de M. le chancelier ^.
Peut-être ne vous sera-t-il pas difficile, monsieur, de produire des pièces qui exigeront la revision du procès; peut-être obtiendrez-vuus d'ailleurs la communication de la procédure. Une permission secrète au greffier criminel pourrait suffire. Il me semble que M. de Saint-Priest, conseiller d État% peut vous aider beaucoup dans cette afTaire. Ce fut lui qui, ayant examiné les papiers de M. de Lally, et étant convaincu non seulement de son innocence, mais de la réalité de ses services, lui conseilla de se remettre entre les mains de l'ancien parlement. Ainsi la cause de M. de Lally est la sienne aussi bien que la vôtre : il doit se joindre à vous dans cette affaire si juste et si délicate.
1. Fils de ce comte de Lally, baron de Tolendal, qui avait été condamné àmorlet exécuté en 1766. — V. page 437, note 1. Le chevalier de Lally travailla pendant dix an3 à obtenir la revision du procès et la réhabilitation de son père. En 1773, Voltaire écrivit, dans le même dessein, ses Fragments historiques sur l'Inde et sur le général Lally. — Le chevalier de Lally-Tolendal, né en 1751. mou-
rat ea 1831. Député de la noblesse de Paris aux Etats-Généraux de 1789, il lut créé pair de France en 18 lo et entra à l'Académie française en 1816.