On pourrait citer ici le vers de Clément Marot
Cet homme-là, sire, c'était moi-même.
II écrivait à d'Argental, en 1767 :
0 Figurez-vous que j'ai fondé une colonie à Ferney; que j'y ai établi des marchands, des artistes, un chirurgien, que je leur bâtis des maisons...»
(Lettre du 4 mai.)
0. Ces horlogers venaient de Genève, d'où les factions et les troubles de la république (V. page 376, note 2) les avaient expulsés.
6. 11 avait établi à Ferney des fabriques de bas, des manufactures d'étoffes de soie et de blondes; il vendit pour 40,000 francs de montres à l'impér;itrice de Russie.
et celle grandeur qui ont donné tant d'éclat à toute s;i conduite*.
M. d'Ogny' les soutint par des bontés sans lesquelles ils étaient perdus.
M. Turgot, voyant en eux des étrangers' devenus Français, et des gens de bien devenus uliles, leur a donné toutes les facilités qui se concilient avec les lois.
Enfin, en peu d'années, un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente, habitée par douze cents personnes utiles, par des physiciens de pratique, par des sages dont l'esprit occupe les mains. Si on les avait assujettis aux lois ridicules inventées pour opprimer les arts, ce lieu serait encore un désert infect, habité par les ours des Alpes et du mont Jura.
Continuez, monsieur, à nous éclairer, à nous encourager, à préparer les matériaux avec lesquels nos ministres élèveront le temple de la félicité publique.
J'ai l'honneur d'être, avec une reconnaissance respectueuse, monsieur, etc.
LETTRE CCiv.— A M. LE BARON DE FAUGÈRES, OFFICIER DE MARINE.
3 mai 1776,
Vous proposez, monsieur, qu'autour de la statue élevée à Montpellier, à Louis XI V après sa mort, on dresse des monuments aux grands liommes qui ont illustré son siècle en tout genre. Ce projet est d'autant plus beau, que, depuis quelques années, il semble qu'on ait formé parmi nous une cahale pour rabaisser tout ce qui a fait la
1. Le duc de Choiseul plaça ces émigranls sous la protection du roi.
— Eii 1769, Voltaire envoyait des bas de soie de sa manufacture à la duchesse de Choiseul, avec de jolis vers, dont voici le pieinicr :
Je me met? à vos pieds, j'ai sur eux des [ileppeiii:^...
(Lettre du * septembre.)
i. Surintendant général des postes, BOUS le ministère do Choiseul. Dans une lettre du 3 juin 1772, Voltaire le
remercie des facilités qu'il avait accordées aux artistes de Ferney pour l'cApédition de leurs produits. « Je leur ai prêté, disait-il, cent mille francs sans aucun intérêt, et je leur ai bâii des maisons pour quatre cent mille francs; ils ne peuvent me payer que par leur travail. » (De Cayrol, l. n, p. 278.)
3. Turgot, à la sollicitation de Voltaire, avait allégé les impùts qui pesaient sur le pays de Gex, et notamment l'impôt sur le sel.
gloire de ces temps mémorables. On s'est lassé des chefsd'œuvre du siècle passé. On s'efforce de rendre Louis XIV petit, et onlui reproche surtout d'avoir voulu ctre grand. La nation, en général, donne la préférence à Henri IV, et l'exclusion à tous les autres rois. Je n'examine pas si c'est justice ou inconstance; si notre raison perfectionnée connaît mieux le vrai mérite aujourd'hui qu'autrefois; je remarque seulement que, du temps de Henri IV, elle ne le connaissait point du tout le mérite, elle ne le sentait point.
« On ne me connaît pas, disait ce bon prince au duc deSulli*, on me regrettera. » En effet, monsieur, ne dissimulons rien : il était haï et peu respecté. Le fanatisme, qui le persécuta dès son berceau, conspira cent fois contre sa vie et la lui arracha enfin, au milieu de ses grands officiers, par la main d'un ancien moine feuillant, devenu fou, enragé de la rage de la Ligue. Nous lui faisons aujourd'hui amende honorable; nous le préférons à tous les rois, quoique nous conservions encore, et pour longtemps, une grande partie des préjugés qui ont coneouiu à l'assassinat de ce héros.
Mais si Henri IV fut grand, son siècle ne le fut en aucun genre. Je ne parlerai pas ici de cette foule de crimes et d'infamies dont la superstition et la discorde souillèrent la France. Je m'arrête aux arts dont vous voulez éterniser la gloire. Ils étaient ou ignorés ou très mal exercés, à commencer par celui de la guerre. On la faisait depuis quarante ans, et il n'y eut pas un seul homme qui laissa la réputation d'un général habile, pas un que la postérité ait mis à côté d'un prince de Parme ^, d'un prince d'Orange ^ Pour la marine, monsieur, vous qui