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LETTRE XXVII. — A M. LEFEBVRE

Votre vocation, mon cher Lefebvre, est trop bien marquée pour y résister. Il faut que l'abeille fasse de la cire, que le ver-à-soie file, que M. de Réaumur^ les dissèque et que vous les chantiez. Vous serez poète et homme de lettres, moins parce que vous le voulez, que parce que la nature l'a voulu. Mais vous vous trompez beaucoup en imaginant* que la tranquillité sera votre partage. La carrière des lettres, et surtout celle du génie, est plus épineuse ^ que celle de la fortune. Si vous avez le malheur d'être médiocre (ce que je ne crois pas), voilà des remords pour la vie; si vous réussissez, voilà des enne-

1. Une édition de Charles XII, où il répond aux critiques de La Motraye.

2. Jeune homme de 20 ans, sans fortune, qui annonçait quelque talent pour les vers et qui avait adressé à l'auteur de Zaïre une pièce qui ne déplut pas à celui-ci. Cet essai et un fragment de tragédie, du même débutant, ont été conservés. (La Place, Pièces intéressantes, etc., 1785, t. m, p. 338.) Voltaire avait recueilli chez lui ce jeune littérateur ; il écrivait à ce sujet à son ami Cideville : « J'aime mieux avoir des amis que du superflu ; et je préfère un homme de lettres à un hou cuisinier et à deux chevaux de carrosse. » Lefèvre mourut cette même année.

3. Physicien et naturaliste, né en i683, mort en 1757, membre de l'A-

cadémie des sciences (170S), inventeur de l'art de faire l'acier et le fer-blanc, d'une sorte de porcelaine et d'un thermomètre qui portent son nom ; auteur de Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des insectes.

4. En imaginant que... Ce verbe peut s'employer ainsi sans le pronom vous. — a J'imar/ine fort bien la nécessité de vos dépenses... Que M""= de Seignelay est à plaindre, et qu'elle a perdu de choses dont elle n'avait pas imaginé d'être jamais séparée. » (M°"= DE SÉviGNÉ, t. VI, page 403 ; t. ix, page 607.)

o. C'est l'expression même de Boileau, dans VArt poétique. — On peut aussi rapprocher de cette réflexion celle que fait La Bruyère dans le ebApitre àQ?> -Biens de fortune .\<<^ll faut une sortff d'esprit pour faire foi<jàim, \

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