‹ Lettres choisiesChapitre 7 sur 456 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

Le jeune Arouet, en 1711, était élève pensionnaire de philosophie à Louis-le-Grand. Un de ses plus intimes amis, Fyot de la Marche, fils d'un président au parlement de Bourgogne, et destiné lui-même à la première présidence, où il monta en 1745, quitta le collège à Pâques; Arouet, qui acheva son année par l'expresse volonté paternelle, écrivit pendant l'été cinq lettres à son camarade émancipé pour lui exprimer ses regrets et lui donner des nouvelles de la maison. Nous publions, plus loin, trois de ces lettres, antérieures de plusieurs années à la correspondance générale et d'une authenticité certaine ; elles nous semblent piquantes et curieuses par l'agrément du siyle et la précoce vivacité de l'esprit : cette humeur moqueuse et caustique qui perce à chaque ligne dans les lettres du jeune Arouet, élève de philosophie, c'est déjà, dans tous les sens du mot, l'esprit voltairien.

En 1860, le Voltaire à Ferney de M. Evariste Bavoux* a complété toutes ces publications en y ajoutant trois cent dix lettres encore inédites : une trentaine se rapportent aux dernières années de Voltaire; cent quarante-deux appartiennent à des époques diverses et sont adressées à de nombreux correspondants ; cent vingt-quatre forment la correspondance de Voltaire avec la duchesse de Gotha, dont il fut l'hôte pendant un mois, en 1753, à son retour de Prusse et pour qui il écrivit les Annales de l'Empire. Ces lettres embrassent quinze années, de 1752 à 1767. L'édition Beuchot ne contenait qu'une seule lettre à l'adresse de cette même duchesse qui avait été l'amie fidèle de Voltaire proscrit de France et fugitif de Prusse.

On peut voir dans l'histoire de Voltaire, que M. Desnoiresterres vient d'écrire avec une érudition si scrupuleuse^, quels éléments précieux d'information ont été fournis au biographe par ces nouveaux recueils et quelles ressources y trouvent ceux qui aiment à tout savoir et à tout dire exactement.

Il nous reste à signaler le plus savant de ces recueils, le plus sérieusement intéressant, et le dernier publié : les vraies lettres de Voltaire à l'abbé Moussinot, par Courtat^. A la mort de Voltaire, le manuscrit de sa correspondance avec l'abbé Moussinot, contenant cent quarante-neuf lettres, fut remis par d'Alembert à l'abbé Duvernet, qui était allé chercher à Ferney même les éléments d'une biographie et qui la préparait : Duvernet eut l'idée singulière et l'audace de publier cette correspondance en la falsifiant. Il réduisit les cent quarante-neuf lettres à cent six, y ajouta quelques apocryphes, et fit paraître en 1781 un texte où l'on a pu relever environ deux mille amplifications, travestis-

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