‹ Lettres choisiesChapitre 80 sur 456 · Plaçons ici une importante obser · texte numérisé non relu

Plaçons ici une importante obser

fort que celui d'un notaire ; il n'y a personne à qui je me fiasse dans le monde autant qu'tà vous; vous êtes aussi intelligent que vertueux ; vous étiez fait pour être le procureur général de Vordre des jansénistes , car vous savez qu'ils appellent leur union Vordre ; c'est leur argot ; chaque communauté, chaque société a le sien. Voyez donc si vous voulez vous charger de l'argent d'un indévot. Vous pourrez, dans l'occasion, en faire de bons marchés de tableaux ; vous m'emprunterez de l'argent dans votre coffre ; vous me direz : j'ai besoin de cinq cents livres, de six cents livres, et vous m'en donnerez une note ; vous aurez une bonne clef du coffre bien fermé ; vous aurez un petit registre à part ; vous augmenterez le commerce de Pinga % comme vous le jugerez à propos; vous serez mon surintendant en quelque endroit que je sois ; je vous donnerai un billet pour prendre chez Perret tout ce qui y sera ; je vous enverrai des procurations pour toucher d'autre argent. Dumoulin ^ vous

vation. La correspondance de Voltaire avec l'abbé Moussinot existe en original dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale : elle contient 149 lettres ou 153, e-n yjoignant quelques pièces adressées à d'autres personnes.

Or, ce texte authentique diffère sensiblement du texte de ces mêmes lettres, tel qu'il est imprimé dans la Corresrondance générale de Voltaire, publiée par Beuchot et reproduite, d'après son édition, par tous les éditeurs modernes. Quelle est la raison de cette différence? La voici: En 1731, l'abbé Duvernet, l'un des biographes de Votaire, qiji tenait de d'Alcmbert ces textes originaux, les a publiés en les falsifiant, ou si l'on veut, en les arrangeant, dans le dessein, sans doute, de les rendre plus agréables au lecteur. Ces chanç^ements sont considérables, ils s'élèvent à près de deux mille amplifications, travestissements et mutilations. Les 149 lettres écrites à l'abbé Moussinot ont été réduites par lui à 106; il a, en outre, paraît-il, composé lui-même cinq lettres qui ne sont pas dans le manuscrit. Or, c'est le recueil de l'abbé Duvernet, imprimé en 178i, qui est entré dans l'édition Beuchot et qui, jusqu'ici, a été partout

reproduit. Concluons que ce texte doit être écarté, et qu'il y faut substituer le texte authentique des lettres originales, toutes écrites de la main de Voltaire. Ces originaux, qui ont passé de la succession de l'abbé Duvernet à la Bibliothèque nationale par divers intermédiaires, ont été publiés à leur tour en 1875, avec une très curieuse introduction, sous ce titre : & Les vraies lettres de Voltaire à l'abbé Moussinot, etc., par Courtat (Adolphe Laine).

Nous emprunterons au livre de M. Courtat toutes les lettres de Voltaire à l'abbé Moussinot, qui seront publiées dans notre édition.

1. Pinga, sans doute, le marcliand de tableaux. — Perret, le notaire à qui Voltaire avait confié ses affaires avant de connaître l'abbé Moussinot.

11 en fut mécontent et le quitta.

2. Dumoulin, ou Demoulin, marchand de blés, que Voltaire avait connu chez Germain Dubreuil, l'ancien commis de son père, et le beau-frère de ce Demoulin. C'est dans sa maison, rue du Long-Pont, que Voltaire était allé demeuré en 1733. 11 avait mis des fonds dans l'entreprise de ce négociant.

en donnera aussi et le portera chez vous. Tout sera dans le plus profond secret ; nous pouvons avoir, l'un de l'autre, des nouvelles en quatre jours. Mandez-moi si cette charge vous plaît et comment va le commerce de Pinga.

Aimez-moi et resserrez les nœuds de notre amitié par la confiance et par les services réciproques*.

LETTRE xxxxix. — A M. DE LA CHAUSSÉES.

A Paris, 2 mai 1736.

Il y a huit jours , monsieur, que je fais chercher votre demeure, pour présenter Alzire^ a l'homme de France qui sait et qui cultive le mieux cet art si difficile de faire de bons vers. Je pense bien comme vous, monsieur, sur cet art que tout le monde croit connaître, et qu'on connaît si peu. Je dirai de tout mon cœur avec vous :

L'unique objet que notre art se propose E;t d'être encor plus précis que la prose, Et c'est pourquoi les vers ingénieux Sont appelés le langage des dieux*.

n faut avouer que personne ne justifie mieux que vous ce que vous avancez.

1. On peut comparer cette lettre authentique, qui est la deuxième du recueil original, à la lettre cdxxix de la Correspondance générale, dans l'édition Beuchot. La lettre cdxxix, fabriquée par Duvernet, emprunte à celleci le début, et tout le reste à d'autres lettres d'une époque différente, sans compter les passages inventés par l'éditeur. C est là un exemple des falsifications signalées plus haut.

2. La Cliaussée, l'inventeur de la comédie larmoyante, avait donné, en 1735, avec un grand succès, le Préjugé à la mod", qui inaugurait ce genre nouveau. Né en 169i,il mourut en 1734. Ses principales pièces sont, en outre : Mélamde (1741), l'Ecole des Afères (1745), la Gouvernante (1747), toutes en cinq actes et en vers. Voltaire a dit de lui qu'il était « l'un des pre-

miers après ceux qui ont eu du génie.»

3. Le récent succès à'Alzire et de graves discussions d'affaires avec son libraire Jore, l'éditeur des Lettres philosophiques, avaient momentanément appelé Voltaire à 'Paris. — Composée en 1734, Alzire fut représentée le 27 janvier 1736. C'est un des triomphes de Voltaire au théâtre.

On la joua vingt fois de suite, et la recelte totale monta au chiffre peu commun de 53,640 livres que Voltaire abandonna aux comédiens. La cour l'applaudit à Versailles, le 21 février et le 15 mars suivants.

4. Ces vers sont de V Epître à Clio, publiée par La Chaussée en 1732, réponse poétique aux Dissertations en prose de La Motte, déjà combattues par Voltaire dans la préface d Œdipe en 1730.

On m'a parlé aujourd'hui d'une place à l'Académie française^ ; mais ni les circonstances oii je me trouve, ni ma santé , ni ma liberté , que je préfère à tout , ne me permettent d'oser y penser. J'ai répondu que cette place devait vous être destinée, et que je me ferais un honneur de vous céder le peu de suffrages sur lesquels j'aurais pu compter, si votre mérite ne vous assurait de toutes les voix^.

J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec toute l'estime que vous méritez, votre, etc.

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