Voir la lettre précédente
3. Voltaire, par précaution, avait semé lui-même ce bruit, et il le fit courir de nouveau après son retour en France, an printemps de 1737.
4. Voltaire venait y surveiller l'impression de son Essai sur la philosophie de Newton.
à ma sincérité de vous dire l'excès de considération qu'on a ici pour moi.
Je ne sais quelle gazette impertinente, misérable écho des misérables Nouvelles à la main de Paris*, s'était avisée de dire que je m'étais retiré dans les pays étrangers pour écrire plus librement. Je démens cette imposture en déclarant, dans la gazette d'Amsterdam^, que je désavoue tout ce qu'on fait courir sous mon nom, soit en France, soit dans les pays étrangers, et que je n'avoue rien que ce qui aura ou un privilège ou une permission connue. Je confondrai mes ennemis en ne leur donnant aucune prise, et j'aurai la consolation qu'il faudra toujours mentir pour me nuire.
J'ai trouvé ici le gouvernement de France en très grande réputation ; et ce qui m'a charmé, c'est que les Hollandais sont plus jaloux de notre compagnie des Indes ^ que Rousseau ne l'est de moi*. J'ai vu aujourd'hui des négociants qui ont acheté, à la dernière vente de Nantes, ce qui leur manquait à Amsterdam. Voilà de ces choses dont Pollion^ peut faire usage auprès du ministre, dans l'occasion ; mais, comme je fais plus de cas d'un bon vers que du négoce et de la politique, tâchez donc de me marquer tout ce que vous trouvez de si négligé dans les vers dont vous me parlez. Je suis aussi sévère
1. On appelait ainsi ces feuilles manuscriles que certains entrepreneurs
.de publicité colportaient dans Paris, tantôt avec la tolérance de la police, tantôt clandestinement. En 1728, un certain Dubreuil avait ouvert, rue Taranne, un bureau de Nouvelles à la main \ l'abonnement était fixé à six livres par mois pour quatre pages in-4" manuscrites, et à douze livres.
pour huit pages. On en possède quatre années. Ces feuilles s'expédiaient aussi en province. — V. Hatin, Histoire de la Presse, T. IV, p. 454, 459, 499, 501. — V. en outre notre livre sur VEsprit public ou xviii»
siècle, 3« partie, ch. ii, p. 380-3S2.