Fcnelon, dans la Lettre à l'Aca
démie (1714) avait déjà signalé le peu de fixité des règles et l'insuffisance des grammaires françaises : • 11 serait à désirer qu'on jolignît au dictionnaire une grammaire française.
Elle soulagerait beaucoup les étrangers, que nos phrases irrégulièrea embarrassent souvent, etc. » (§ ii, p. 25.) — L'abbé Ilegnier-Desmarais avait publié une grammaire française en 1705 ; les Essais de grammaire, de l'abbé d'Olivet, parurent en 1738. On avait les Doutes sur la langue française, et les Remarques nouvelles du P. Bouliours, publiés en 1673, et les Observations de Ménage (1672.
royale, une image brillante substituée à l'idée naturelle de la chose dont on veut parler ; par exemple, je dirai en prose : Il y a dans le monde un jeune prince vertueux et plein de talents, qui déteste l'envie et le fanatisme. Je dirai en vers :
0 Minerve! ô divine Âstrée*!
Par vous sa jeunesse inspirée Suivit les arts et les vertus; L'Envie au cœur faux, à l'œil louche, Et le Fanatisme farouche Sous ses pieds tombent abattus.
Un tour poétique, c'est une inversion que la prose n'admet point. Je ne dirai point en prose : D'un maître efjéminé corrupteurs politiques^ ^ mais corrupteurs politiques d'un prince efféminé. Je ne dirai point :
Tel, et moins généreux, aux rivages d'Épire^, Lorsque de l'univers il disputait l'empire, Confiant sur les eaux, aux aquilons mutins. Le destin de la terre et celui des Romains, Défiant à la fois et Pompée et Neptune, César à la tempête opposait sa fortune.
Ce César à la sixième ligne est un tour purement poétique, et en prose je commencerais par César.
Les mots uniquement réservés pour la poésie, j'entends la poésie noble, sont en petit nombre ; par exemple, on ne dira pas en prose coursiers pour chevaux, diadème pour couronne, empire de France pour royaume de France, cJiar pour carrosse, forfaits pour crimes, exploits pour actions, Yempyrée pour le ciel, les airs pour l'air, fastes pour registre, naguère pour depuis peu, etc.*
A l'égard du style familier, ce sont à peu près les
1. Astrée, déesse de la justice, qui, selon les poètes, a quitté la terre pour le ciel, depuis la fia de l'âge d'or.