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XIV INTRODUCTION

c'est la passion du théâtre et des triomphes de la scène qui le possède; les autres talents, les autres goûts qui naissent à leur tour et se développent dans l'ardente fécondité de cette nature infatigable, subissent l'ascendant de la faculté maîtresse et grandissent à l'ombre du laurier dramatique. Zaïre, Alzire, Mèrope, Mahomet^, sont les œuvres éclatantes et retentissantes de ce moment de sa vie, celles qui, on dépit des rivaux et des ennemis, forcent l'admiration publique et fondent sa renommée.

Ce même temps nous montre aussi Voltaire dans tout le brillant de ses relations mondaines et de sa faveur à la cour. Soutenu par le crédit du duc de Richelieu et du ministre d'Argenson, lié avec Frédéric, dès 173G^ le bon air de cette royale amitié, les services diplomatiques qu'elle lui permit de rendre en 1742 et 17i3, lui avaient concilié ou ramené l'esprit de Louis XV et de son gouvernement -. en le chargeant d'embellir les fêtes de Versailles, lors du mariage du dauphin 3, Richelieu lui fournit l'occasion décisive des honneurs et le prétexte obligé des récompenses. L'auteur de la Princesse de Navarre est devenu le poète ordinaire de la cour ; il compose le Temple de la Gloire et \% Panégyrique dj Louis XV, il chante Fontenoy*, il rédige des circulaires et des mémoires pour le ministre des affaires étrangères, il écrit, sur documents officiels et dans les archives d'Etat, la guerre de 1741; on le nomme historiographe, gentilhomme de la chambre^ ; il est des Compiègae et des Fontainebleau ; l'Académie, qui l'avait écarté, l'accueille^ ; Benoit XIV accepte la dédicace de Mahomet et lui envoie des médailles "^ : Voltaire est rentré en grâce auprès des puissances de l'ancien monde, et l'envie désarmée, étonnée, est réduite à se taire et à se résigner sous l'éclat de cette soudaine et universelle faveur dont ill'accable.

On connaît les raisons qui l'on conduit en Prusse, au mois de juin 1750; et celles qui l'en ont fait sortir trois ans après. La mort de M"^" du Ghâtelet*», la rupture des liens qui, pendant vingt ans, l'avaient uni à la brillante société dont cette marquise était l'âme, la diminution très sensible de son crédit à la cour, la recrudescence passionnée des attaques qui, de tout temps, avaient troublé sa vie et menacé son repos, les promesses de Frédéric, l'apparente sincérité de ses démonstrations d'amitié, voilà ce qui décida Voltaire à quitter la France. Une fuis établi à Potsdam, avec vingt mille francs de pension,

1. Zaïre, en 1732; Alzire, en 1736; Mérope, ea 1743; Mahomet, en 1742.

2. La piemièr« lettre du Frédéric à Voltaire est du id août 1736.

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