‹ Lettres choisis du révérend père Pierre-Jean de Smet de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 10 sur 27 · CE · texte numérisé non relu

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vres. Le choléra prend dans ces parages un caractère épidémique. Plusieurs maladies se manifestèrent bientôt à bord du Saint-Ange. Aux accès de Joie, aux conversations et aux chansons bruyantes de nos voyageurs , succéda un morne silence.

À peine six Jours s'étaient écoulés depuis notre départ , que le bateau ressemblait à un vaste hôpital. Nous étions à cinq cents milles de Saint-Louis, quand soudain le choléra se déclara dansle vaisseau. Le J0 , un commis de la Compagnie américaine , jeune homme vigoureux et dans la fleur de l'âge, fut saisi subitement de tous les symptômes du fléau et expira au bout de quelques heures. Les jours suivants, plusieurs autres en furent atteints et moururent bien vite. L'épidémie emporta treize personnes en peu detemps.

Une fièvre bilieuse me cloua sur mon lit environ dix jours. Le bon Père Hoecken donnait, jour et nuit, ses soins aux malades avec un zèle héroïque. I] les visitait, les assistait dans leurs souffrances ; il préparait et administrait les remèdes , frictionnait les cholériques avec l'esprit de camphre, entendait les confessions des mourants, et leur prodiguait les dernières consolations de la religion. Il allait bénir les fosses pour les morts creusées sur la rive etenterrait ceux-ci avec les prières et les cérémonies prescrites par le rituel romain. Ce cher collègue avait le tempérament assez robuste et était habitué à une vie de privations ; mais ses travaux et ses voyages continuels au milieu des

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sauvages l'avaient beaucoup affaibli ; ses soins assidus auprès des malades achevérent de l'épuiser. J'avais beau l'avertir de se ménager ; son zèle l'emportait sur toute autre considération ; au lieu de se prémunir contre. le danger, il paraissait le chercher. J'étais peiné de le voir remplir seul son œuvre héroïque de charité ; mais je me trouvais moi-même dans un tel état de faiblesse, que j'étais incapable de lui offrir le moindre secours. Le 18, on avait des craintes que mon mal ne prit le caractère du choléra. Je priai le Père Hoecken d’entendre ma confession et de me donner l'extrêmeonction ; mais en ce même moment il fut appelé auprès d'un malade qui était à l'extrémité. Il me dit: — «Je ne vois point de danger immédiat pour vous ; nous verrons demain. » — Il avait assisté trois mourants ce jour-là. Hélas ! jamais je n’oublierai la scène qui eut lieu quelques heures après. La chambrette du R. P. Hoecken était à côté de la mienne. Entre une et deux heures de la nuit, lorsque tout était tranquille et silencieux à bord, que les malades, dans leurs insomnies, n’entendaient que les soupirs de leurs voisins de cabine, la voix du Père Hoecken frappa mes oreilles. Il m'appelait à son secours.Réveillé comme d’un profond assoupissement, jereconnais sonaccent , je me traîne au chevet de son lit. Hélas ! je vois le Père à toute extrémité. Il me demande d'entendre sa confession ; je me rends aussitôt à ses désirs. Le docteur Evans, médecin d'une grande expérience

et d’une grande charité, surveillait le bon Père et tâchait de le soulager ; mais ses soins et ses remèdes furent inutiles. J'administre l’extrême-onction au révérend Père qui répond à toutes les prières ; son recueillement et sa dévotion ajoutèrent à la haute estime que tout le monde avait conçue pour lui à bord. Il s'affaiblissait à vue d’œil. Me trouvant moi-même dans un état si grave que je pouvais être enlevé peu de temps après lui et partager sa dernière demeure sur cette terre d'exil, je le priai de recevoir à son tour ma confession, s’il était encore capable de l'entendre. Je m'agenouille tout en larmes au chevet du lit de mon frère en Jésus-Christ, de 110n ami fidèle, de mon seul compagnon de voyage dans le désert. À lui, dans son agonie, je me confesse, malade et presque mourant.. Les forces l’'abandonnent... Bientôt il perd la parole, bien qu'il demeure sensible à ce qui se passe autour de lui. Me résignant à la sainte volonté de Dieu, je récite les prières des agonisants avec la formule de l’indulgence plénière que l'Église accorde à l'heure de la mort. Le P. Hoecken, mûr pour le ciel, remet sa belle âme entre les mains de son divin Rédempteur, le 19 juin 1851, douze jours après notre départ de Saint-Louis. Qui l'eût dit alors ? Il soupirait après la mission dans le désert, il avait si soif du salut des âmes, il voulait encore tant travailler pour le bon Dieu ! Que de projets évanouis ! cette mort eût été pour moi en d’autres circonstances un motif

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de ne pas continuer mon périlleux voyage; mais Dieu donne à l'homme des forces que la nature lui refuse ; je poursuivis mon but.

Le P. Chrétien Hoecken était né dansle Brabant septentrional. Il n'avait que quarante-trois ans au moment de son décès. Les quinze dernières années de sa vie s'étaient écoulées au milieu des Indiens, qui avaient conçu pour lui la plus haute vénération. Il était tout pour eux : leur père en Jésus- Christ, leur médecin dans les maladies, leur conseil dans toutes leurs difticultés, leur ami sincère et fidèle. Ilse réjouissait avec toute la simplicité d'un enfant lorsqu'il recevait quelque don pour ses pauvres néophytes. Toute sa consolation était de se trouver au milieu d'eux. Il fut un instrument actif entre les mains de Dieu, pour annoncer le saint évangile à des milliers de païens. Les églises qu'il a bâties et les ferventes congrégations d’Indiens qu'il a formées attestent sa ferveur et son zèle apostolique. Sa fin si édifiante a couronné tous ses travaux. Martyr de la charité, il a exercé le sacré ministère jusque dans son agonie. Elle sera toujours pour moi triste mais salutaire, la pensée qui me reportera à cette heure touchante et solennelle. Quels amis purent jamais se faire des adieux plus émouvants et plus religieux !

Les passagers furent profondément émus à la vue du corps inanimé de celui qui jusqu'à son heure suprême avait été « tout à tous, » selon le langage de l'Apôtre. Le bon Père les quittait au

moment où ses services semblaient être plus nécessaires. Je me souviendrai toujours avec reconnaissance de l'intérêt témoignéau R. P. Hoecken, dans ses derniers moments, par tous les passagers du bord. On approuva à l'unanimité ma proposition de ne pas laisser dans le désert le corps du pieux missionnaire. Un cercueil décent, très-épais et goudronné au dedans, fut préparé pour recevoir la dépouille mortelle ; une fosse temporaire fut creusée dans une belle forêt, aux environs de l'embouchure de la Petite-Siouse, et l'enterrement se fit avec toutes les cérémonies de l'Église, dans la soirée du 19 juin, tout l'équipage présent.

Environ un mois plus tard, au retour du Saint- Ange, qui passa près de cette tombe vénérée, le cercueil fut exhumé, mis dans le bateau et transporté au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Florissant. Là reposent les restes mortels du R. P. Hoecken au milieu de ceux de ses confrères.

Cette mort, si précieuse devant Dieu, remplit de tristesse tous les cœurs des passagers ; mais pour plusieurs ce fut une occasion de retour à Dieu. Beaucoup ne s'étaient pas approchés du tribunal de la pénitence depuis plusieurs années ; immédiatement après les funérailles, tous se rendirent les uns après les autres dans ma cabine pour se confesser.

Cinq autres passagers succombèrent encore, et reçurent, avant d'expirer, les consolations de mon ministère. L'accablement et la faiblesse où la

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fièvre m'avait réduit me quittèrent insensiblement ;

je me trouvai, au bout de quelques jours, en pleine is- convalescence, très en état de célébrer la messe et ns de donner mon temps au soin des malades.

du Au fur et à mesure que notre bateau avançait de et gagnait les parties les plus élevées et les eux plus ouvertes du territoire indien, l'épidémie diset paraissait. Nous pouvions de nouveau consacrer oir quelques heures à contempler les merveilles du fut désert, à réfléchir sur l'avenir de ces vastes de solitudes, sur le sort surtout de leurs pauvres 1ent habitants. J’en rendrai compte dans la suite de lans mes lettres ; elles vous diront ce qui m'est arrivé d'intéressant dans mes rapports avec les sauvages, int- pendant le long et dangereux voyage que je viens e, le de terminer.

ans- Agréez etc .

8, à P. J. DE SMEr, S. d.

du res. P. S. Voici une notice qu'on attribue à Mgr it de l'archevêque. Elle à été insérée dans le Berger de pour la vallée de Saint-Louis, feuilie hebdomadaire : Dieu. « Le R. P. Chrétien Hoecken, de la Compagnie unal de Jésus, est mort du choléra, à bord du Saintnmé- Ange, sur la rivière Missouri. Ceux qui ont eu le rent bonheur de connaître le défunt peuvent se faire r se une idée de la perte que la religion a faite par sa mort. Cette perte, on peut le dire, est irréparable. e, et

A la connaissance de plusieurs langues indiennes, il joignait une intelligence parfaite des mœurs,

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des préjugés et des prédilections des sauvages ; il avait la plus grande attention pour tous leurs intérêts, tant temporels que spirituels. Il jouissait d'une constitution robuste, jointe à une énergie de caractère qui lui faisait entreprendre sans hésiter tout ce qui promettait d'augmenter la plus grande gloire de Dieu. Les qualités qui le distinguaient le plus au milieu de ses travaux et de ses privations étaient son admirable franchise, sa simplicité, son bon jugement, une disposition d'esprit et de cœur toujours joyeuse et tranquille, et un contentement inébranlable que l’auteur de cette notice n'a jamais trouvé au même degré dans aucun autre individu. Il serait impossible de rencontrer un missionnaire plus apostolique, et nous sommes convaincu que l'illustre Société dont il était membre ne comptait pas parmi ses enfants un religieux plus fidèle et plus fervent. »

Université de Saint-Louis , 18 janvier 1852.

L'embouchure de la rivière Platte où Nébraska est le point de division’ entre le haut et le bas Missouri. Elle fut pour les premiers explorateurs du fleuve Missouri une espèce de ligne équinoxiale où le tribut neptunien était exigé de tous les mangeurs de lard, sobriquet des individus qui se rendent au désert pour la première fois ; personne n'échappait à ce tribut.

Le pays plat, ou la vallée du bas Missouri, est couvert d'épaisses forêts : elles s'étendent depuis le fleuve jusqu'aux coteaux élevés et abrupts qui le bordent sur chaque rive à une distance de quatre à six milles. Ça et là, les forêts ont fait place à des

villes florissantes, à de riants villages et à des milliers de grosses fermes. Ce sol alluvial n’a probablement pas son pareil sur le globe pour la richesse de certains produits. Le bois en est fort recherché ; à mesure que le pays se peuple et que le commerce devient plus important, les moulins à vapeur s'y multiplient et préparent toutes les poutres de construction ou de charpente ; en outre, les steamers consomment une grande quantité de büûches dans leurs fourneaux.

Entre la Nébraska et la rivière Wasécha ou Vermillon, sur une étendue de pays d'environ quatre cents milles, les forêts sont également vastes et épaisses, entrecoupées d'immenses prairies riches en verdure. Ce contraste est très-agréable pour le voyageur ; chaque fois qu'on pénètre dans le désert, on ne peut s'empêcher d'admirer cette succession de forêts et de plaines, cette suite de coteaux et de collines, dont l'aspect est si varié, et qui sont couverts d'arbres et de broussailles de différentes espèces ; tantôt on voit des rochers escarpés qui s'élèvent à une hauteur de cent à deux cents pieds, tantôt de vertes plaines montant en pente douce, avec des bocages épars, si agréables à la vue qu'on les supposerait l'œuvre de l’art mélée à la nature. On s'étonne de n'y pas trouver la ferme avec ses granges et ses clôtures. Assurément un nouveau venu de l'Europe se croirait sur le domaine de quelque grand seigneur, et s'attendrait à y rencontrer le château avec ses dépendances.

La nature a été prodigue de ses dons envers cette contrée et, sans être prophète, on peut prédire qu'un avenir florissant se prépare pour ce désert. Le texte du Psalmiste lui sera bientôt appliqué : « La terre a été créée pour servir d'habitation à l'homme et pour être le théâtre où la gloire du Seigneur et ses perfections seront manifestées. » Ces plaines, naturellement si attrayantes et si fécondes, semblent raviter le laboureur à y tracer des sillons et promettent une ample récompense à ses moindres travaux. Les chênes antiques attendent le bûcheron, et les rochers, le tailleur de pierre ; les bruits de la hache et du marteau retentiront un jour dans ces solitudes ; des fermes étendues, environnées de vergers et de vignobles, des troupeaux nombreux d'animaux domestiques sont destinés à couvrir ces plages inhabitées, et à pourvoir aux besoins des villes qui viendront s'y élever comme par enchantement , avec leurs dômes , leurs tours, leurs chapelles, leurs maisons, leurs colléges, leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs asiles.

Je parle ici principalement de la région qui s'étend de l'embouchure de la rivière Kansas à celle de Niobrarah ou l'Eau qui coule, et se prolonge au delà des Côtes-Noires , jusqu'aux monts Rocheux ; de là elle suit, vers le sud, les limites déjà tracées des territoires d'Utah, du Nouveau- Mexique et du Texas (1). Tout ce pays renferme

(1) Le Texas est aujourd'hui un État de l'Union américaine

et non un territoire. (Note de la presente édition ) ÿ

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plusieurs grandes rivières avec leurs nombreux tributaires : les principales sont la Platte, les deux rivières déjà nommées, les têtes ou sources de l'Arkansas, de l'Osage et de la Rivière-Rouge ; elles présentent Les plus grandes ressources pour la civilisation.

Le général Pierce, président de la république, n'essayera-t-il pas, comme ses devanciers, d'arracher, lui aussi, quelques plumes de l'aigle indien, pour les placer dans la couronne qui doit orner les trophées de son administration ? Dans les limites que je trace, il trouvera une étendue de pays assez vaste pour être représentée par trois ou quatre étoiles de la première grandeur, qui augmenteront le lustre de la galaxie du drapeau de l'Union. Ce grand territoire pourra contenir une population immense , destinée à former plusieurs États , qui seront un Jour des plus prospères.

Mais alors, que deviendront les Indiens qui habitent aujourd'hui ce territoire ? Que deviendront les aborigènes , eux qui l'ont possédé de temps immémorial ? C'estune question bien sérieuse et qui fait naître des idées fort sombres dans l'esprit d'un observateur qui a suivi la politique envahissante des États-Unis. J'ai remarqué avec plaisir ou'il y a un rayon d'espoir pour l'avenir de ces pauvres et malheureuses tribus. Les sauvages envoient volontiers leurs enfants aux écoles, ils font de grands progrès dans l’agriculture et inême dans plusieurs arts mécaniques de première néces-

sité ; ils élèvent avec soin des bestiaux et des volailles... Espérons que les tristes restes de ces nombreuses nations qui couvraient jadis le sol de l'Amérique, réduits aujourd'hui à gagner leur vie à la sueur de leur front (car la chasse ne peut plus les nourrir), trouveront une demeure permanente, et qu'ils seront incorporés dans l'Union avec tous les droits de citoyens. C'est l'unique espoir qui leur reste ; l'humanité et la justice semblent exiger qu'il ne soit point frustré. S'ils étaient repoussés de nouveau et relégués plus avant dans les terres, ils périraient infailliblement ! Quant aux Indiens qui refuseraient de se soumettre ou d'accepter l'arrangement définitif et le seul aui leur soit favorable, ils reprendraient la vie nomade des plaines ettermineraient leur malheureuse existence à mesure que les buffles et les autres animaux qui les nourrissent viendraient à disparaître (1).

Dans les environs de la Mankizitah ou riviere Terre-Blanche , les coteaux sont noirâtres et doivent probablement cette apparence à des feux souterrains ; le sol y est très-léger et stérile sur une étendue d'environ cent milles ; les hautes terres y ont peu de verdure, et le pays plat, ou la vallée

(1) L'extinetion totale des Indiens de l'Amérique du Nord nest évidemment plus qu'une question de temps : la petite vérole, les vexations iniques des blancs , et surtout les wuerres injustes que leur font les États-Unis, sont les causes principales et infaillibles de leur destruction future, (Note de la présente édition.)

du fleuve, y est très-étroit. Quelques plateaux s'y élèvent presque à la hauteur des montagnes.

Les îles du Missouri sont en général bien boisées et présentent des vues très-agréables ; on se procure dans quelques-unes une quantité de cèdres rouges, le bois le plus durable de ces parages et qui résiste le mieux à l’action du temps, quand il est plongé dans l'eau ou enfoncé dans la terre. Si l'on excepte l'étendue de pays entre la Niobrarah et la Mankizitah, où les prairies basses sont rares et où les terrains élevés sont presque entièrement dépourvus de bois, on trouve dans ces îles plusieurs sites magnifiques qui semblent inviter le pionnier et lui dire : « Le temps n'est pas éloigné ; vous aussi vous élèverez ici votre cabane et cultiverez votre champ. » Le charbon est partout trèsabondant et suppléera au manque de bois.

Depuis la Mankizitah jusqu’au grand détour du Missouri, et depuis ce détour jusqu'au fort Mandan, et même jusqu'au-dessus de l'embouchure de la Roche-Jaune, sur les deux bords du fleuve, l'aspect du pays est superbe ; le sol y est très-fertile et donne les récoltes les plus abondantes. Çà et là le long des grands cours d’eau, les forêts sont assez touffues, tandis que dans les plaines supérieures et à mesure qu'on s'éloigne des rivières, le pays est dépourvu d'arbres et même d’arbrisseaux.

Dans mes excursions auprès des tribus indiennes, j'ai traversé plusieurs fois les immenses plaines de l'Ouest, et visité différents endroits

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dans les régions de la mer Pacifique ; je suis allé du territoire de la baie d'Hudson , le long des rivières Saskatschewan et Athabasca, jusqu'au grand lac Salé, où se trouve aujourd'hui la capitale des Mormons. Chaque fois que j'ai revu ces plaines, je me suis trouvé péniblement impressionné ; des milliers de pauvres européens qui demandent du pain et errent sans abri se présentaient à ma pensée. Souvent je m'écriais : « O malheureux, que n'êtes-vous 1c1! Votre travail et votre industrie mettraient fin à vos misères. Vous élèveriez ici une demeure agréable, et recueilleriez avec abondance les fruits de vos travaux. » Oui, des populations laborieuses et persévérantes dans leurs entreprises pourraient ici trouver une honnête existence.

Un silence de mort règne dans ce vaste désert. On peut y passer des semaines entières dans de longues courses sans apercevoir une seule per. sonne. Et cependant on se familiarise avec la solitude ; on finit même par s'y plaire. Elle donne de l'essor aux facultés de l'homme ; l'intelligence y devient plus vigoureuse, les pensées y naissent plus rapides et plus claires. Il m'a toujours paru que lorsqu'on voyage dans ces plaines, on se sent plus porté à la prière , à la méditation, à la confiance en Dieu ; on songe davantage à Celui qui seul est notre refuge et pourvoit à tous nos besoins. Sans doute l'isolement absolu où l'on se trouve , les dangers auxquels on est exposé de la

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