‹ Lettres choisis du révérend père Pierre-Jean de Smet de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 11 sur 27 · TE CS · texte numérisé non relu

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part des animaux féroces qu'on peut rencontrer à chaque pas, contribuent à faire surgir ces sentiments dans l'âme.

On m'a fait observer plusieurs fois que le chant des oiseaux est plus doux et plus agréable à l'oreille dans le désert qu'au milieu des forêts ; eton attribue ce phénomène aux effets de la société, si l'on peut s'exprimer ainsi, dans laquelle ces volatiles sont forcés de vivre. Faute de rencontrer des arbres nombreux et variés, ils vont se percher sur le même arbrisseau ou chercher le même bocage ; ils s’instruisent ainsi les uns les autres. Cette explication vaut peut-être quelque chose.

Pour vous faire une idée de l'étendue de nos plaines de l'Ouest, imaginez-vous la France, l'Allemagne, la Belgique changées en une seule prairie entrecoupée çà et là par des cours d'eau et des bois de moyenne grandeur. La vuë s'y perd et l'imagination aussi.

Nous nous trouvions enfin au bas du grand détour où le bateau avait pris terre vis-à-vis d'un camp de Yanktons, tribu puissante de la nation des Sioux. Dès que ces sauvages nous aperçurent, ils éclatèrent en cris de joie et saluèrent notre arrivée de plusieurs décharges de fusils. Leurs femmes avaient préparé une grande quantité de bois sec qui nous .ut offerte ; on l’accepta avec plaisir, et elles reçurent en retour un cadeau de tabac, de poudre, de plomb, de farine, de café, de sucre. C'est ce qu'elles apprécient le plus.

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Les Indiens nous donnèrent la triste nouvelle des ravages que la petite vérole causait en ce moment au fort Sully, situé près de la petite rivière la Médecine, qui se jette dans le Missouri à l'anse supérieure du grand détour. Ce détour ou cireuit est de trente-six milles, tandis que la distance par terre n’est que de quatre milles. À ma demande, le capitaine me mit à terre, et deux heures après, je me trouvai au milieu des malades. J'administrai le baptême à tous les petits enfants qui n'avaient pas encore eu le bonheur de recevoir ce sacrement. Je passai la nuit avec eux, leur prodiguant tous les soins qu'il était en mon pouvoir de leur donner. La maladie ressemblait au terrible fléau qui ravagea Londres en 1665 (1). Ceux qui y échappêrent retinrent longtemps des taches noirâtres sur tout le corps. Même pendant cette épidémie , les sauvages, suivant leur ancienne coutume de donner une singulière sépulture aux défunts, placaient les cadavres de leurs parents, enveloppés seulement dans une couverture ou dans une peau de buffle, sur des tréteaux dressés dans la plaine. Is les laissaient ainsi exposés aux chaleurs brûlantes d'un soleil de juillet, le plus ardent de l'année. Il en résultait nécessairement des exhalaisons pestilentielles qui infectaient toute l’atmosphère à plusieurs milles de distance.

On m'indiqua dans le camp un jeune orphelin

(1) H y périt alors 100,000 personnes, (Note de la présente édition.) .

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qui, attaqué par la maladie et réduit à l'extrémité, avait été jeté hors de sa loge, au milieu de la nuit et pendant une pluie affreuse, par son père adoptif, homme cruel et impitoyable. Le lendemain matin, il était encore en vie lorsqu'un Canadien l'aperçut et l'emporta dans sa hutte; ce bon samaritain prodigua au petit malheureux les soins les plus assidus. J'ai eu le bonheur de voir l'orphelin convalescent et de le baptiser.

Quelques jours plus tard, je me trouvais au fort Pierre (1), situé sur la rive sud du Missouri, à quinze cents milles au-dessus de Saint-Louis, et près de l'embouchure de Bad River, ou la Mauvaise- Rivière. Une grippe assez maligne avait régné quelque temps dans le fort ; une terreur panique s'empara des esprits à la nouvelle que la petite vérole venait d'éclater dans le voisinage et que le choléra avait été à notre bord. En effet, immédiatement après le départ du bateau, cette dernière maladie se mit à sévir avec fureur et enleva beaucoup de monde. Les sauvages des alentours, effrayés du danger, se réjouirent de ma présence ; leurs enfants, et ceux des blancs me furent présentés au nombre de cent quatre-vingt-deux, et régénérés dans les eaux du saint baptême.

La même inquiétude régnait au fort des Aric-

(1) Le fort Pierre est à 2,664 milles de distance, et à 1,456 pieds au-dessus du golfe du Mexique. Ilse trouve par 44° 2328 latitude nord, et 100° 12/30 (ou 6h 40" 505) longitude ouest de Greenwich. (Note de la présente édition.)

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