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le Missouri. Le bateau à vapeur que j'espérais y trouver était parti la veille de mon arrivée , et ainsi l'occasion d’un prompt retour à Saint-Louis parut perdue pour moi. Je pris la résolution de faire tout mon possible pour rejoindre le bateau. À bien des personnes “ette tentative paraîtrait une folie. Courir après un steamer qui marche sous une forte pression de vapeur paraît certainement ridicule. Je comptais sur les nombreux bancs de sable auxquels le navire pouvait difficilement échapper sans être retardé, surtout dans la saison avancée. J'avais bien calculé : vingt-quatre heures après, j'étais à bord.
Je me suis trouvé pendant quatre mois, nuit et
jour, exposé au grand air, et, comme dans tous mes
autres voyages, je ne m'étais servi pour litque d'une simple robe de peau de buffle. Ma santé avait constamment été bonne sans que j'eusse ressenti la moindre atteinte du plus petit ‘“aume. A peine fus-je exposé pendant un seul jour aux chaleurs du poêle de la cabine qu'un grand mal de gorge me saisit. Ce fut ma première indisposition dans mon long voyage. Enfin j'arrivai à Saint-Louis, où les charmes de la vie commune m'eurent bientôt fait oublier les fatigues de mon expédition.
Je suis avec le plus profond respect et l'estime la plus sincère, Messieurs, Votre très humble et otéissant serviteur, P.J. De SMer, S. J.
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P. S. Voici une listé des principales essences qui composent les forêts situées sur les deux bords du Missouri. Elle sera, j'espère, agréable aux amateurs de botanique.
Populus canadensis.
Platanus occidentalis.
Celtis crassifolia.
Gleditschia triacanthos.
Robinia pseudo-acacia.
Juglans olivæformis.
Cornus florida.
Aralia spinosa.
Gymnocladus canadensis.
Morus alba et rubra. Laurus sassafras.
Ulmus americana.
Acer rubrum et saccharinum.
Diospyros virginiana.
Salix nigra.
Cornus sericea.
Prunus serotina.
Pyrus.
Castanea pimula et americana.
| Quercus palustris, macrocarpa
et pimula.
Annona triloba.
Betula nigra, lenta et papyr'acea.
Sambucus canadensis.
Juglans nigra et squammosa.
Corylus americana.
Fraxinus americana, Pians.
Juniperus virginiana.
Vaccinium resinosum.
Magnolia fragrans.
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Université de Saint-Louis, 10 juin 1849.
Messieurs,
| Pour compléter l'aperçu que j'ai eu l'honneur
| . de vous présenter dans mes dernières lettres, sur (| * les tribus de l’ouest des États-Unis, je me propose
| ; de raconter certains faits touchant l'état actuel des Indiéns du haut Missouri et des montagnes Rocheuses.
Les faits — telle est du moins mon opinion — révèlent clairement le triste avenir qui, à une époque peu éloignée, attend ces sauvages , si l'on n'emploie des moyens efficaces pour prévenir les malheurs dont ils sont menacés. Mes visites à plusieurs tribus sauvages , et surtout celle que
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j'ai faite en dernier lieu à la grande nation des Sioux, n'ont fait que confirmer les fâcheuses prévisions qu'avait fait naître en moi l'expérience acquise par un long séjour parmi ces enfants abandonnés. Ces mêmes vues , je les ai communiquées , en substance ; à un agent honorable des États-Unis, qui travaille avec ardeur et constance à l'amélioration de la condition des Indiens, et qui joint, autant qu'il est en son pouvoir , l'emploi des moyens aux louables désirs de son cœur.
J'ai traversé à plusieurs reprises les vastes plaines qu'arrose le Missouri avec ses principaux tributaires, tels que la Platte ou Nébraska, la Roche-Jaune, la Mankizita- Watpa, le Niobrarah, le 'Téhan-Sansan, appelé par les blancs la Rivière à Jacques, le Wassecha ou Vermillon, et lestrois grandes fourches supérieures qui donnent naissance au Missouri, c'est-à-dire le Jefferson, le Gallatin et le Madison. Longeant la branche du nord et la branche du sud du Saskatchewan. j'ai pénétré à trois cents milles dans l'intérieur des forêts et des plaines qui bordent l’Athabasca. Par. tout les blancs, les métis et les naturels, qui habitent ces régions, s'accordent à dire que le bufile, le cerf et la biche, l'orignal ou le daim américain diminuent d'une manière alarmante, et que, dans peu d'années , ces races d'animaux auront entièrement disparu. Le territoire que traverse l'Athabasca fournissait, il y a quelques années, une chasse abondante à la plus grande partie de la
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nation des Crees et à une tribu d'Assiniboins, qui, une soixantaine d'années auparavant, s'était détachée du corps principal de leur nation. Eh bien, sur cette vaste étendue de terrain, je ne rencontrai, dans un de mes voyages, que trois familles, savoir : un vieux Iroquois avec ses enfants et ses petits-enfants, au nombre de trente-sept; une famille de métis, composée de sept personnes ; et un Sioux, avec sa femme et ses enfants. C'est que les Crees et les Assiniboins, jadis les habitants de ce désert, ont été forcés de suivre la trace du buffle, et commencent à empiéter sur le territoire des Pieds-Noirs. J'ai séjourné longtemps parmi les Têtes-Plates et les Kalispels ; j'ai visité, à des époques différentes, les Koetenays, au nord, et les Soshonies où Serpents, au sud. Leurs vastes territoires, qu'arrosent les branches principales de la Colombie supérieure et le Rio-Colorado occidental, étaient autrefois abondamment pourvus de toute espèce de gibier, qui leur fournissait le vétement et la nourriture.
Mais aujourd'hui que le buffle a disparu de ces contrées, les pauvres Indiens se voient forcés d’aller passer une bonne partie de l'année à l'est des montagnes Rocheuses pour chercher leur unique moyen de subsistance. Souvent aussi, poursuivant leur proie, ils sont entraînés jusque dans l'intérieur du pays des Corbeaux et des Pieds-Noirs, et obligés de s’y frayer un chemin les armes à la main. Les Yanctions et les Santees, tribus siouses,
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qui, 1 commencent à empiéter sur le pays de chasse des léta- 4 Brüûlés, partie de la nation des Sioux. Les Ponkahs ien, L. se trouvent souvent dans la nécessité d'aller chascon- 1 ser sur les terres des Sioux et des Sheyennes. illes, E Autrefois les Iowas, les Omahas et les Ottoes t ses 4 subsistaient principalement du produit de leur
une 1 chasse au buffle ; aujourd'hui on les voit réduits à s ; et 4 l'état le plus pitoyable, n'ayant pour toute nourrit que ‘4 ture qu'une bien petite quantité de chevreuils, ts de k | d'oiseaux et de racines sauvages. Leur misère est uffe, L. telle, qu'ils sont forcés, pour se procurer le nécese des saire, de battre la campagne dans tous lesendroits, ii les et par petites bandes ; très-heureux s'ils échappent à des 4 aux embüûches d'un ennemi plus puissant qu'eux, d, et F et qui souvent massacre les vieillards, les femmes vastes 4 et les enfants. Il n'est pas rare ici d'avoir à déploles de 4 rer de semblables cruautés. Chaque année voit
occi- 4 augmenter le nombre de ces scènes révoltantes, us de 4 tristes avant-coureurs d'un dénoûment prochain et ; vête- À tragique.
‘4 Les Pawnees et les Omahas sont dans un état de ces de dénûment presque absolu. Entourés d'ennemis, s d'al- 3 où iront-ils poursuivre l'animal sauvage qui soust des vent leur manque et émigre dans d’autres parages ?
nique n. Il est vrai que, depuis assez longtemps, il est uivant d'usage parmi eux de cultiver un petit champ de l'inté- 3 citrouilles et de maïs ; mais souvent aussi, lorsque Noirs, la moisson paraît répondre à leur attente et à sa la leurs travaux, l'ennemi vient soudainement encore
ouses, leur arracher cette triste et dernière ressource.
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J'ai dit que les buffles disparaissent et diminuent chaque année dans les plaines du haut Missouri. Cela n'empêche pas toutefois de les voir paître encore, en troupeaux très-nombreux, dans certaines localités; mais le cercle de terrain que ces animaux parcourentse rétrécit de plus en plus. D'ailleurs, ils ne séjournent jamais longtemps dans le même endroit et changent constamment de pâturages selon les saisons. De là les incursions que font les Sioux sur les territoires des Riccarees, des Mandans, des Minatarees, des Corbeaux et des Assiniboins ; de là aussi les invasions mutuelles des Corbeaux et des Pieds-Noirs dans les chasses respectives. Ces sortes de déprédations se commettent par toutes les tribus nomades du: désert € nt naître des dissensions et des guerres incessantes et cruelles, qui, chaque année, se renouvellent et se multiplient au grand détriment et pour le malheur de toutes ces tribus. Il n'est donc point étonnant que le nombre de ces sauvages aille en diminuant. Dans les plaines, ce sont les guerres et la famine; sur la frontière de la civilisation, ce sont les vices, les liqueurs et les maladies qui les moissonnent par milliers. |
J'ai visité les Pieds-Noirs, les Corbeaux, les Mandans, les Assiniboins, le Riccarees, les Minatarees, cic., qui possèdent toute la région du haut Missouri et de ses tributaires. La condition dans laquelle tous ces sauvages se trouvent, loin des. influences de tous les principes religieux, les rend
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à peu près semblables les uns aux autres, ejusdem farinæ. Chez tous, on rencontre la même cruauté, la même barbarie, la même paresse ou indolence, enfin, les mêmes superstitions basses et révoltantes, poussées aux dernières limites où l'esprit humain, abandonné à lui-même et sous l'empire des viles passions, est capable de conduire.
Une observation assez commune, et je l'ai moimême entendu faire par plusieurs personnes, c'est que l'état religieux, aussi bien que l'état social des Indiens de ces contrées, n'est aucunement susceptible d'amélioration. Je suis loin de partager cette opinion. Qu'on enlève les obstacles qui viennent de la part même des gens qui s'appellent civilisés ; qu'on empêche, avant tout, l'importation des liqueurs fortes, fléau destructeur des sauvages ; qu'on leur envoie des missionnaires, dont le zèle n'ait pour mobile que l'amour de notre divin Maître, et pour‘objet que le bonheur des pauvres âmes qui seront confiées à leurs soins, et j'ose dire que bientôt on aura le consolant spectacle d'une amélioration sensible parmi eux. Mes observations personnelles servent de fondement à ces espérances. J'ai eu des entretiens fréquents avec les Pieds- Noirs, les Corbeaux, les Assiniboins, les Riccarees et les Sioux ; toujours ils ont prêté l'attention la plus assidue à toutes mes paroles ; toujours ils ont écouté avec le plus grand plaisir et le plus vif intérêt les saintes vérités que je leur annonçais. Ils me suppliaient, avec une ingénuité charmante,
d'avoir pitié de leur misère, de m'établir au milieu d'eux, me promettant de joindre la pratique exacte à la connaissance des vérités que je voudrais bien leur annoncer. Parmi les Indiens du grand désert américain, je n'en ai jamais trouvé un seul qui osât se permettre des railleries contre notre sainte religion.
Mettre un terme aux guerres cruelles qui déciment ces nations ; arracher tant d'âmes aux suites funestes de l'idolâtrie dans laquelle £iies sont ensevelies ; empêcher la destruction totale de ces tribus déjà si malheureuses et rachetées, elles aussi, du sang précieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ, n’est-ce pas là une entreprise capable d'enflammer le zèle d'un ministre de l'Évangile ? n'est-ce pas là une œuvre digne de réclamer l'efficace coopération et les secours d'un gouvernement aussi puissant que celui des États-Unis ?
Quant à l’agriculture envisagée comme moyen de civilisation, l'introduction en sera toujours difficile parmi les Indiens, tant qu'il leur restera quelque espoir de se procurer des bufiles et d’autres animaux sauvages. Ce serait, à mon avis, une chimère que de prétendre, de prime abord, introduire parmi eux l'agriculture sur une échelle un peu large. Nous savons pourtant, par expérience, que, quoique peu habituées à la fatigue du travail assidu qu’exige l’agriculture, quelques tribus ont déjà essayé de cultiver leurs petits champs. Ce premier pas fait, chaque année, à mesure que l'abondance
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augmenterait, on pourrait étendre les limites de ces champs. Comme leurs frères, qui habitent à l'ouest des montagnes Rocheuses, ils s'attacheraient de plus en plus aux terres, dont le produit serait le fruit de leurs sueurs. Leurs habitudes nomades, les guerres qui souvent en sont la suite, feraient insensibiement place à une vie plus paisible et plus douce. Les animaux domestiques qu'ils élèveraient remplaceraient le buffle, dont l'abondance au milieu de laquelle ils vivraient leur ferait bientôt perdre le souvenir.
Depuis dix ans, une grande partie des fonds disponibles de la vice-province du Missouri ont été empioyés pour le bonheur des Indiens. Les libéralités de la société de la Propagation de la Foi établie à Lyon, et celles de nos amis, nous ont puissamment aidés à convertir et à civiliser les tribus d’au delà des montagnes Rocheuses. Plusieurs de nos confrères y poursuivent encore la même œuvre de charité ; plusieurs de nos Pères et Frères désirent visiter les tribus que je visitai moi-même l'année dernière. Un établissement fondé au milieu d'elles, à l’est des montagnes, serait très-désirable ; mais les secours pécuniaires qu'ils ont à leur disposition sont bien loin de répondre à l'œuvre qu'ils méditent. Le vif intérêt que vous portez, messieurs, au salut et à la civilisation de tant de milliers d'infortunés habitants du désert m'inspire assez de confiance pour oser m'adresser à votre générosité, qui seule peut nous
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fournir les moyens de mener à bonne fin une entreprise si vaste et si éminemment catholique.
Il y a, parmi ces Indiens, plusieurs centaines d'enfants de race mêlée, à qui leurs parents désireraient pouvoir procurer les bienfaits de l’instruction. Il faudrait pour cela des écoles et des établissements d'agriculture où l'on pourrait aussi recevoir beaucoup d'enfants de race pure, que les chefs de famille veulent confier aux soins des missionnaires. Une courte statistique donnera une idée du bien qui pourrait se faire parmi ces Indiens. Chez les Pieds-Noirs, le R. P. Point et moi, nous avons baptisé au delà de 1,100 enfants ; chez les Gens du sang, tribu pied-noire, M. Tribaut en a baptisé 60 ; le R. M. Belcourt, de la rivière Rouge, a visité le fort Berthold sur le Missouri et a baptisé un bon nombre d'enfants de Mandans : tous les sauvages lui présentaient leurs enfants pour le baptême ; le P. Hoecken, dans une excursion faite parmi plusieurs tribus du Missouri, a baptisé au delà de 400 personnes ; M. Ravan, qui a visité quelques tribus de Sioux, en 1847, et a poussé jusqu'au Fort-Pierre, a été écouté partout avec une consolante avidité, et a baptisé un grand nombre d'enfants ; dans mon dernier voyage chez les Sioux, les Ponkahs, etc., J'ai baptisé au delà de 300 enfants et plusieurs adultes.
De tous ces faits ne pouvons-nous pas conclure avec assez de fondemert que ces pauvres âmes
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semblent mûres pour une vie éternité meilleure ?
J'ai l'honneur d'être, etc.
Messieurs, - Votre, etc.
P. J. De Sue, S.J.
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Nous croyons ne pouvoir mieux préparer le lecteur aux récits intéressants qu'il va lire, qu'en reproduisant la lettre du R. P. De Smet écrite au propriétaire-gérant du Journal de Bruxelles :
Bruxelles, le 30 juin 1853.
Monsieur,
Après de longs voyages dans les déserts de l'Amérique septentrionale, je revois de nouveau ma patrie, heureux de pouvoir exprimer aux bienfaiteurs de nos pauvres Indiens toute la reconnaissance des missionnaires.
Depuis mon dernier départ de la Belgique, j'ai pu parcourir des sayanes où aucune mission n'était établie, où jamais peut-être aucun Européen n'avait pénétré. as.
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juin 1853.
serts de nouveau aux bienla recon-
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Nous avons remonté le Missouri sur une distance de septcent trente lieues, et parcouru un plateau de plus de cent lieues. Celui-ci sépare les eaux de la rivière Roche-Jaune de celles du Missouri. De la Roche-Jaune, nous nous dirigeâmes vers le sud-ouest, et nous traversâmes encore une terre de trois cents lieues pour atteindre aux Côtes-Noires et aux Montagnes-aux-Loups, deux branches des montagnes Rocheuses. Nous sortimes de ces lieux sauvages, à l'entrée de la route qui conduit des montagnes Rocheuses à la Californie.
Le 2 septembre 1851, nous nous trouvâmes sur la grande voie battue par les Européens qui sont allés aux mines d'or pendant ces dernières années. Ce chemin est beau, large, et peut-être le plus long de l'univers. Sur la trace des caravanes d'émigrants, on se transporte aisément jusqu’à l'océan Pacifique. Cette immense avenue est semblable à une aire constamment balayée par les vents, où le moindre brin d'herbe ne pourrait pousser, tant elle est foulée sans relâche sous les pieds des Européens et des Américains qui se rendent en Californie. Nos sauvages, qui n'avaient Jamais vu que des déserts sans chemin, ou tout au plus quelques sentiers de chasse, pensaient, en voyant cette route, que toute la nation des Blancs avait passé par là, et que le vide avait dû se faire dans les contrées où se lève le soleil. Ils’ me croyaient à peine quand je leur disais qu'on ne
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s'apercevait nullement, chez la nation des Blancs, du départ de cette multitude.
La Providence a soutenu mon faible courage, guidé mes pas, fécondé la semence de l'Évangile dans des terres qui ne l'avaient pas encore reçue. Aprèsavoir parcouru plusieurs centaines de lieues, J'ai pu voir le bien que nous pourrons faire parmi ces tribus errantes, toujours en guerre entre elles, sans consolation dans le malheur parce qu'elles ne connaissent guère les espérances d'une vie meilleure. Aussi, avec la grâce de Dieu, j'espère y retourner au printemps prochain, avec Mgr Miége, évêque de Messenia, in part. infid., et vicaire apostolique du Kansas (1). Nous pourrons y établir des missions, fixer ces tribus nomades sur un sol assez fécond pour les nourrir, ôter par là même une foule d'occasions de guerre, et faire luire dans ces parages, avec la lumière de la foi, l'aurore de la civilisation.
Les bornes d’un journal ne me permettent pas, monsieur, d'entrer dans les détails de cette expédition au Grand Désert (2), sur laquelle je n’ai publié qu’une seule lettre. D'ailleurs je me propose d'en
(1) Mgr Miége, de la compagnie de Jésus, vient de résigner son vicariat pour motifs de santé. Mgr Fink, évêque de Eucarpia, ix part. infid., lui avait été donné en qualité de coadjuteur, en 1871. (Note de la présente édition.)
(2) Sous le nom de Grand Désert Américain, on a désigné de temps immémorial la vaste région sablonneuse qui s'étend, d'un côté, depuis le Kansas occidental jusqu’à la Sierra Ne-
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faire paraître la relation dans les Précis historiques. Je prépare aussi pour cette même Collection, outre une Notice sur les Mormons , secte nouvelle qui ne date que de l'année 1826 et qui menace de jouer aux États-Unis le rôle des Sarrasins en Asie, d'autres aperçus qui pourront faire connaître en Europe l'état si peu connu de la religion dar: cette vaste partie du monde, et laisser à l'histoire des documents authentiques sur l'Église naissante dans nos déserts. J'entremélerai ces données historiques de notes, que j'ai prises dans les déserts mêmes, sur la géologie, la zoologie et la botanique; sur le culte, les mœurs et les coutumes des sauvages, etc.
De cette manière, on verra, ce qu'on oublie trop souvent en Europe, combien la religion catholique, par la nature même de ses missions, contribue à la civilisation des peuples et au développement des connaissances humaines. Le gouvernement des États-Unis le sait; il ne cesse d'encourager nos travaux (1).
vada ; et de l’autre, depuis les possessions anglaises , au nord des États-Unis, jusqu'à la partie septentrionale du Mexique. (Note de la présente édition )
(1) Il n’en est malheureusement plus de même aujourd'hui. Le fait est certain. Sous l'administration du général Grant, le président actuel des États-Unis, les pauvres Indiens sont persécutés : tantôt on leur entève les missionnaires, tantôt on défend à ceux-ci d'exercer les offices du culte catholique ; dans plusieurs cas, on est allé jusqu’à imposer aux sauvages convertis, des ministres méthodistes. (Note de la présente édition.)
— JÙ —
Le bien à faire est immense. Les catholiques et les nouveaux convertis ont besoin de prêtres pour se conserver dans la foi ; les infidèles, pour apprendre la bonne nouvelle de l'Évangile. Le petit nombre des ministres du Seigneur qui sont dans ces contrées ne suffit pas pour les besoins de 4,000,000 de catholiques (1) et pour venir en aide aux sauvages qui désirent avec ardeur la visite d'une Aobe noire. Je suis donc venu en Europe faireappel aux cœurs généreux.
J'exprimerai un autre vœu, monsieur, et je l'exprimerai avec franchise : je viens aussi demander l'aumône. Je n'ignore pas que la Belgique est constamment visitée par des missionnaires de l'Amérique, des Indes, de l'Orient ; je n'ignore pas que les personnes bienfaisantes ont peine à satisfaire à ces quêtes réitérées ; mais les Européens ignorent la nécessité absolue de secours qu'on ne peut éluder dans us contrées. Il faut empêcher les défections, convertir les infidèles , former des ouvriers évangéliques, établir des écoles, bâtir des églises, etc.
Veuillez bien, monsieur, contribuer par la publicité de votre journal à faire connaître le double but de mon voyage en Europe, où je resterai jusqu'à la fin de septembre. À
Agréez, etc. | :
P. J. DE Smer, S. J. he.
(1) On cornpte plus de cing millions de catholiques aujourd'hui aux États-Unis. (Note de la présente édition.)
1es et ; pour >pren- , nomns ces 00,000 X Sau- Le Robe pel aux
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Université de Saint-Louis.
Mon Révérend Père,
Voici une briève notice biographique sur notre compatriote le R. P. Elet, de la Compagnie de Jésus. Ce religieux a fait beaucoup de bien en Amérique, et sa mémoire y est en bénédiction.
Jean-Antoine Elet naquit en Belgique. à Saint- Amand, dans la province d'Anvers, le 19 février 1802. Après avoir fait ses premières études au collége de Malines, avec beaucoup de distinction, sous la direction du vénérable M. Verloo, il entra au grand séminaire de la même ville. Ces deux établissements, qui ont donné tant d'hommes instruits à notre pays, ont toujours été chers à son cœur :
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jusqu'à sa mort, c'était pour lui un sujet de vrai bonheur que d'en apprendre des nouvelles et d'en parler.
A l'âge de dix-neuf ans, il prit la généreuse résolution de quitter sa patrie, pour se dévouer aux missions abandonnées de l'Amérique du Nord. Il s'embarqua, en 1821, sous la conduite de M. Nerinckx, l'apôtre du Kentucky (1), et le 6 octobre de la même année , il commença son noviciat au Maryland. Avant la fin de ses deux années d'épreuve, il fut envoyé au Missouri avec plusieurs Pères, quelques frères lais et des novices, tous Belges, à l'exception d'un frère américain.Il s'agissait d'établir une mission au centre des anciennes colonies françaises, en faveur des populations nouvelles d'Américains et des tribus errantes de sauvages, répandues sur ce vaste territoire.
Le R. P. Elet acheva ses études de philosophie et de théologie sous les RR. PP. Van Quickenborne, né à Peteghem lez-Deynze (2), et de Theux,
(1) Nous avons donné une notice biographique de ce prêtre belge si distingué, dans le livre : VoyaGEs Aux MONTAGNES Roceuses , par le R. P. J. De Smet, page xim. Édition Devaux ET Cie. Bruxelles, 26, rue Saint-Jean, 1873. (Note de la présente édition.)
(2) Le R. P. Van Quickenborne est mort au Portage des Sioux (Missouri), en 1837, après vingt années de travaux : ce fut une grande perte pour les missions que la Compagnie de Jésus avait entreprises parmi les sauvages. Ce Père était en Amérique depuis 1817. (Note de la présente édition.)
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né à Liége (1), et fut ordonné prêtre en 1827 par Mgr Rosati, évêque de Saint-Louis.
Il eut la consolation de voir la mission du Missouri, si petite et si faible d'abord, s’ériger en vice-province, s'étendre dans l'Ohio, le Kentucky, le pays des Illinois, la Louisiane, le Grand Territoire Indien, aujourd'hui le Kansas et le Nébraska, et jeter, au delà des montagnes Rocheuses, dans les territoires de l'Orégon, de Washington et dans la Californie, le noyau d'une nouvelle mission, qui promet d'égaler bientôt les plus florissantes. Il avait lui-même beaucoup contribué à ces succès.
Le P. Elet fut l’un des premiers fondateurs de l'université de Saint-Louis, dont il occupa la charge de recteur pendant plusieurs années.
En 1840, il partit pour Cincinnati, capitale de l'Ohio, et prit la direction du collége Saint-François Xavier, que Mgr Purcell (aujourd'hui archevêque) venait de confier à la Compagnie de Jésus. Le P. Elet y fit bâtir, en outre, une école libre, assez vaste pour admettre quatre à cinq cents enfants pauvres.
(1) Le R. P. de Theux naquit le 25 janvier 1789. Étant déjà prêtre, il partit pour l'Amérique le 15 avril 1816. Le 7 août suivant, il entra au noviciat des Jésuites à Whitemarsh (Maryland). Il mourut à Saint-Charles (Missouri), le 28 février 1846, et fut enterré à Saint-Stanislas, près Florissant. Il était frère de feu M. le comte de Theux, ministre d'État, chef du cabinet, et l’un des hommes politiques les plus honorables et les plus distingués qu’ait produits la Belgique. (Note de la présente édition.)
Mgr Flaget (1) fut le premier et longtemps le seul évêque dans toute l'immense vallée du Mississipi : elle s'étend depuis la partie occidentale des monts Alleghanys jusqu'à la partie orientale des montagnes Rocheuses. Il invita les Jésuites à venir au Kentucky, et leur offrit, par l'intermédiaire de son coadjuteur et successeur Mgr Spalding, le beau collége Saint-Joseph de Bardstown,
(1) Parmi les pieux et savants évêques qui ont été la gloire de l'Église aux États-Unis, il n'en est aucun qui se soit distingué davantage, par ses travaux et la sainteté de sa vie, que Mgr Benoît Joseph Flaget. Né le 7 novembre 1763 à Contournat, petit village de l'Auvergne, il eut bientôt le malheur de devenir orphelin : son père et sa mère moururent avant que Benoît eùt atteint l'âge de trois ans. Un de ses oncles, excellent chrétien, prit soin de l'éducation du pauvre petit. Une vive piété se développa en lui et le porta vers le service des saints aut2}:. Benoît entra au séminaire sulpicien de Clermont, fut ordonné prêtre quelques années après, et admis ensuite dans la congrégation de Saint-Sulpice. La révolution française venait d'éclater ; il s’offrit à Mgr Carroll et s'embarqua pour l'Amérique. Il y arriva le 7 novembre 1793, à Philadelphie. Sa premiere mission fut à Vincennes (Indiana), une des plus anciennes colonies françaises, dans l’ouest. Il en fut rappelé en 1795, et appliqué à l’enseignement dans le collége de Georgetown. Un peu plus tard, on l’envoya à la Havane, où devait s'ouvrir un collége de Saint-Sulpice ; il revint ensuite à Baltimore, et se disposait à devenir trappiste, lorsque Mgr Carroll le proposa au Pape pour le siége de Bardstown, dans le Kentucky. En dépit de la résistance que lui fit opposer à cette nomination sa modestie profonde, il fut consacré évêque, le 4 novembre 1810, Déjà, il est vrai, de zélés missionnaires s'étaient employés avec ardeur à défricher le champ nouvellement confié à ses
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situé à treize lieues de Louisville. C'est une des maisons d'éducation les plus anciennes et les plus renommées de la grande Confédération américaine; elle a produit plusieurs évêques illustres et un grand nombre d'hommes éminents dans le clergé et dans l'État. L'offre de l'évêque fut acceptée. Le P. Elet était alors vice-provincial. Il ouvrit, peu
de temps après, un nouvel établissement à Louisville.
soins, mais que de travaux importants restaient à faire ! Ceux que réalisa la piété de l'évêque Flaget subsistent encore aujourd'hui. Sa soumission et son dévouement au Saint-Siège étaient sans bornes. Les préoccupations de son zèle et sa sollicitude apostolique s’étendirent même à la Nouvelle-Orléans et à Saint- Louis ; grâce à ses instances, un évêché fut créé dans la dernière de ces deux villes. Il établit un Séminaire dans son diocèse, et secondé par des prêtres tels que David, Nerinckx, Elder et Byrne, des apôtres comme les dominicains et les jésuites, il eut la consolation de voir les institutions religieuses surgir comme par enchantement pour subvenir aux besoins pressants de son troupeau. Il assista, en 1829, au premier concile provincial de Baltimore, et se démit de son siége en 1822, a vac l'agrément de la cour de Rome. En 1819, il avait reçu pour coadjuteur Mgr l'évêque David, mais celui-ci vint lui-même à résigner son office. Mgr Flaget fut réintégré dans la charge épiscopale. En 1834, Mgr Chabrat devint coadjuteur. Ce fut alcrs seulement que, pour la première fois, l'évêque Flaget put se rendre à Rome. Grégoire XVI le reçut avec la plus affectueuse estime et lui recon:manda de visiter le nord de l'Italie et la France pour y faire connaître et apprécier de plus en plus l’œuvre de la Propagation de la Foi.
La vie du saint évéque était on ne peut plus édifiante. Ses prières semblent avoir été favorisées souvent de grâces extraor-
Ce fut pendant son provincialat qu'il perdit son frère, le R. P. Charles-Louis Elet, qui était venu en Amérique en 1848. Il mourut au collége Saint- Joseph, le 23 mars 1849, à l'âge de 37 ans. Cette mort faisait perdre au Père Jean non-seulement un frère, mais un prêtre zélé , à la fleur de l'âge, et dont on pouvait attendre d'éminents services. Son frère avait laissé en Belgique le souvenir d’une vie exemplaire et toute consacrée au bien du prochain; pendant son court séjour en Amérique, il avait été un modèle de religieux fervent et charitable. Une mort sainte couronna une viesiédifiante. L’évêque de Louisville, qui avait visité le Père Charles à ses derniers moments, annonça sa mort au R. P. provincial, par une lettre aussi honorable pour celui qui l'a écrite que pour le pieux défunt dont elle déplore la perte. En voici la traduction :
Bardstown, 23 mars 1R49. « Mon cher Père Elet,
« Permettez-moi d'unir ma voix à celle de tant d'autres pour vous exprimer la part que je prends
dinaires. Toujours est-il que les guérisons qu'on leur attribuait donnaient du relief à la male éloquence du prélat et à sa répu-
tation de haute vertu. Revenu au Kentucky, il reprit ses rudes 1 travaux, en voyant autour de lui ses anciens amis succomber à leur tâche. Le siège de Bardstown fut vers cette époque transféré à Louisville. Mgr Chabrat résigna son office de coadjuteur et céda sa place à Mgr Spalding. Celui-ci devint plus tard archevêque de Baltimore, où il mourut le 7 février 1872. Enfin Mgr Flaget se sentit ployer sous le poids du gread âge. Il fut
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à un événement que vous apprendrez sans doute par le courrier d'aujourd'hui: c'est la mort de votre très-saint et très-aimable frère.
« La Providence a permis que je me trouvasse ici, à ce moment. J'ai eu le bonheur de le visiter deux fois. À cette occasion, je lui donnai, de tout mon cœur, ma bénédiction épiscopale. Il baiïsa pieusement ma croix pectorale, qui contient les reliques de la Sainte Croix. Il m'a édifié au delà de ce que je puis dire, par sa douce tranquillité au milieu de la plus pénible agonie. Il donnait toutes les marques d'un élu de Dieu ; et si Dieu l'a plus aimé que vous ne l'avez aimé vous-même, abandonnez-le volontiers entre les mains du Père céleste. N'’est-1l pas mieux pour vous d'avoir un frère dans le ciel que d'en avoir un sur la terre ?.….
« J'espère assister à ses funérailles et j'offrirai le saint sacrifice pour le repos de son âme.
« Au milieu de l’affliction que cause ce triste et mystérieux décret de la Providence, j'ai lieu de me réjouir de ce que le Kentucky possède le trésor des restes mortels de votre bon frère.
« Déplorant très-sincèrement la perte que vous venez de faire, je suis, ete.
€ T M. J. Spazpra, évêque, etc. »
forcé de ralentir ses travaux ; une courte maladie précéda sa mort précieuse qui arriva le 4 février 1850. Il finit comme il avait vécu, c'est-à-dire en saint. Le dernier jour de son existence fut peut-être le plus intéressant et le plus instructif de sa longue carrière : aussi à Louisville le souvenir ne s’en perdra jamais. (Note de la présente édition.)
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Le R. P. Jean-Antoine Elet ne survécut pas longtemps à son digne frère. Il n'avait jamais joui d'une santé robuste ; ajoutez-y environ trente ans passés en Amérique, dans des travaux continuels. Jeune encore, il montrait les symptômes d’une espèce de phthisie ; ils se manifestèrent de nouveau, d'une façon plus alarmante, vers la fin de 1850, pendant un voyage qu'il fiten Louisiane, pour des affaires de la Compagnie. Il continua toutefois à remplir sa charge de vice-provincial jusque vers le milieu de l’année suivante, époque où il se retira au noviciat de Saint-Stanislas pour se préparer à la mort. Il la vit approcher rapidement ; mais, loin de la craindre, il la désirait de tout son cœur. Non qu'il voulût être délivré de ses souffrances ; mais parce que son amour pour Jésus-Christ lui faisait souhaiter de s'unir au divin Sauveur. Sa piété, qui avait toujours été éminente, prit un élan nouveau, et, comme au soir d'un beau jour, elle jeta les brillants reflets des vertus qu’il avait pratiquées durant sa vie. Quelques jours avant de mourir, quoiqu'il pât à peine se tenir debout, il se traîna une dernière fois à la chapelle domestique et y resta, pendant un temps considérable, prosterné devant l'autel dans une adoration profonde. Le 1‘ octobre, veille de la fête des saints Anges, au moment où on lui porta le saint Viatique et qu'on prononça ces paroles : « Domine non sum dignus, » on l'entendit répéter distinctement : « Non sum dignus, Domine, non sum dignus. (Je ne
des 1s à vers tira er à nas, œur.
ces ; st lui r. Sa élan +, elle prait de il se stique proonde.
inges, que et h sum «Non Je ne
suis pas digne, Seigneur ; je ne suis pas digne.) »
— À une prière qu'on lui fit en l'honneur de l'Immaculée Conception de Marie, il ajouta à haute voix ces paroles : — « Credo, credo, Domine Jesu. (Je crois, je crois, Seigneur Jésus.) » — Il exprima ensuite un vif désir de quitter la terre le jour de la fête des saints Anges. Dieu , dont il avait si fidèlement rempli la volonté, se plut à exaucer les désirs de son serviteur. Le lendemain, vers minuit, comme on voulait lui donner la dernière absolution : —« Oui, dit-il, c'est le moment.»— Quelques instants après, on récita une belle prière de saint Charles Borromée. Arrivé à l'endroit de cette oraison où le saint avoue « qu'il a péché, mais qu'il n'a jamais renié le Père, le Fils et le Saint-Esprit,» le P. Elet s’écria avec effort: —« Jamais, jamais !» — Après avoir embrassé pour la dernière fois le crucifix avec une dévotion affectueuse, à minuit précis, pendant qu'on renouvelait l’absolution, il expira paisiblement, comme quelqu'un qui s'endort d'un doux sommeil.
Le R. P. Elet avait eu une dévotion toute particulière aux saints Anges. Chaque année, pendant son rectorat, le jour de la fête des saints Anges, il demandait à tous les Pères d'offrir la messe en leur honneur, afin d'obtenir une protection spéciale pour la maison. Il avait aussi introduit en plusieurs endroits la dévotion au Sacré Cœur de Jésus et la pratique qui s'observe le premier vendredi de chaque mois, de recevoir la sainte communion et
de faire au Sacré Cœur un acte d'amende honorable qu'un prêtre récitait à haute voix devant l'autel ; le service finissait par la bénédiction du très-saint Sacrement. On a remarqué qu'il expira précisément à l’heure où se terminait la fête des saints Anges et commençait le premier vendredi du mois.
Le R. P. Jean-Antoine Elet, aimé et respecté partout où il avait été connu, fut universellement regretté après sa mort. Aux États-Unis, où les ouvriers évangéliques sont si peu nombreux (1), la mort de tout bon prêtre laisse un sensible vide dans les rangs. La perte du P. Elet plongerait bien des catholiques dans un abattement complet, si l'on ne pouvait espérer que, du haut du Ciel, il intercédera pour la malheureuse Amérique, bien plus puissamment qu'il ne l'aurait pu faire au milieu de nous.
P. J. DE Smer, $. J.
(1) L'Église catholique compte actuellement aux États-Unis un cardinal-archevêque, dit archevêques, cixquante-six évêques, plus de quatre mille prêtres, et quatre mille six cents églises. (Note de la présente édition.)
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bien re au
ts-Unis svêques, églises.
Université de Saint-Louis, 16 janvier 1852.
Le 7 juin dernier, accompagné du R. P. Christian Hoecken, je quittai Saint-Louis à bord du vapeur le Saint-Ange, pour aller aux montagnes Rocheuses. Notre bateau se rendait au fort Union, qui se trouve situé à trois milles au-dessus de l'embouchure de la Roche-Jaune, sur la rive du nord, et à deux mille milles, ou sept cent trente lieues, au nord-ouest de Saint-Louis. Plusieurs passagers, membres de la Compagnie américaine des pelleteries, partaient pour se rendre aux différents postes de commerce établis au milieu des Indiens sur le haut Missouri. Ils emmenaient avec
eux environ quatre-vingts hommes ; c'étaient prin-
cipalement des Canadiens, quelques Américains, quelques Irlandais, Allemands, Suisses et Italiens, et plusieurs Français de France, nom qu'on leur donne ici pour les distinguer des créoles français du pays. Ils allaient en quête des biens de la terre ; le P. Hoecken et moi nous allions à la recherche des biens du ciel, à la conversion des âmes.
Nous avions eu un printemps désagréable, et jusqu’au moment de notre départ, la pluie avait été très-abondante. Les neiges et les glaces qui s'étaient amoncelées dans les régions plus septentrionales , se fondant tout à la fois, grossirent bientôt les mille et mille tributaires du Mississipi (1). Ces rivières y précipitèrent leurs ondes torrentielles et gonflèrent tellement le fleuve, qu'il déborda , roulant ses eaux bourbeuses de côté et d'autre , couvrant un terrain de huit, quinze , et, dans plusieurs endroits, de vingt milles de largeur. Le grand fleuve ne connaissait plus de bornes : sous ses ondes disparaissaient la verdure des riantes plaines, les majestueuses forêts, et les fleurs variées du printemps qui récréent les yeux du voyageur. Une vaste mer, pour ainsidire, couvrait maintenant la terre ferme, et portait la ruine et la désolation parmi les habitations nombreuses qui occupent les bas-fonds le long de chaque bord.
(1) Le fleuve Mississipi, nom qui dans la langue des Algonquins veut dire la grande rivière , et non le père des eaux, comme quelques auteurs l'ont prétendu , fut découvert, en 1674, par un missionnaire jésuite, le célèbre père Marquette. (Note de la présente édition.)
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En temps ordinaire, les chicots et les bancs de sable sont les principaux obstacles à la navigation dans les grands cours d'eau de l'Ouest ; mais ils avaient entièrement disparu et n'inspiraient aux pilotes aucune inquiétude. D'autres dangers avaient pris leur place ; toute la surface du fleuve était couverte de débris : maisons , granges , écuries , clôtures des champs et des jardins, étaient empor-tés pêle-mêle avec des milliers d'arbres déracinés. Au milieu de ces masses flottantes de bois dont nous ne pouvions pas toujours éviter le choc , Le Saint-Ange faisait force vapeur, et avait à surmonter un courant presque irrésistible. Plusieurs fois il fut entraîné à la dérive ; dans deux occasions surtout, la lutte contre le fleuve fut terrible. Le steamer durant un bon quart d'heure sermblait comme immobile au milieu des flots impétueux ; mais enfin il triompha, grâce à la quantité de poix et de goudron qu'on jeta dans les fourneaux pour en activer le feu.
Au sein de périls si effrayants, le missionnaire prend courage et s'anime, à la pensée du but surnaturel qu'il poursuit. Il sait qu'il est sous la main de
Celui qui met un frein à la fureur des flots.
Le débordement des rivières , les pluies continuelles au printemps, les transitions alternatives , fréquentes et soudaines du froid au chaud , sont dans ce climat les avant-coureurs certains des fiè-.