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son grand sac de médecine ; mais elle ne bougea point ; elle ne lui donna que des pleurs et des gémissements. Il approcha ensuite sa bouche de
faim !... Donnez-moi à boire et à manger !.… femme crut entendre un sourd bourdonnement dans l'oreille, et en fit la remarque à une de ses compagnes. Le Chef, dans son impatience, la frappa fortement au front; elle porta tranquillement la main à l'endroit frappé et dit : « Je sens un léger mal de tête. »
Frustré à chaque pas et dans toutes ses tentatives pour se faire reconnaître, le Chef se mit à réfléchir sur ce qu'il avait entendu dire , dans sa jeunesse, par les grands hommes de médecine. Il avait appris que quelquefois l'esprit, ou l'âme, quitte le corps et erre çà et là à l'aventure selon son bon plaisir. Il pensa donc que peut-être son corps gisait sur le sol du combat et que son esprit seulement avait accompagné les guerriers dans leur retour au village. Il prit la résolution de retourner par le sentier qu'il avait suivi, à une distance de quatre journées de marche. Les trois premiers jours, il n'eut aucune rencontre. Dans la soirée du quatrième, lorsqu'il approchait du terrain de la lutte, il remarqua un eu au milieu du chemin qu'il suivait. Voulant l'éviter, il changea de route ; mais le feu, au même instant , prit une autre direction et vint se placer devant lui. Il eut beau essayer d'aller à droite ou à gauche, le même
feu mystérieux le précédait toujours, comme pour lui barrer l'entrée du champ de bataille. « Moi aussi, — se disait-il, — je suis un esprit; je cherche à rentrer dans mon corps ; je veux accomplir mon dessein. Tu me purifieras, mais tu n'empêcheras pas la réalisation de mon projet. J'ai toujours remporté la victoire contre mes ennemis, malgré les plus grands obstacles.
Aujourd'hui je la remporterai sur toi, Esprit du feu! » Il dit, et faisant un grand effort, il se lança à travers la flamme mystérieuse... Il sortit comme d'un long ravissement..….. Il se trouvait assis sur le champ de bataille, adossé à un arbre. Son arc, ses flèches , ses habits , ses ornements, son appareil de guerre , le poteau des braves, tout se trouvait dans le même état et dans la même position où ses soldats l'avaient laissé au jour de la rencontre. Il leva les yeux et vit un grand aigle, perché sur la plus haute branche au-dessus
de sa tête. À l'instant il reconnut son otseau-:
manitou , le même qui lui était apparu en songe dans son premier jeûne à sa sortie de l'enfance , l'oiseau qu'il avait choisi pour son esprit tutélaire et dont jusqu'alors il avait porté la serre au cou. Son manitou avait soigneusement gardé son corps et avait empêché les vautours et les autres oiseaux de le dévorer. Le Chef se leva et se tint quelques instants debout ; maisil se trouvait faible et abattu. Le sang de sa blessure avait cessé de couler, et il la pansa. Il connaissait l'efficacité de certaines