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secrets, et à y contempler la beauté et la puissance du Créateur. Il s'attachait surtout à l'étude de la botanique, et il acquit vne connaissance vaste et approfondie de cette branche de l'histoire natarelle. Il traversa une grande partie de l’Ohio et de l'Illinois à la recherche de fleurs curieuses et de toutes sortes de plantes rares, et en fit une collection, belle, exquise même, que l'on conserve au collége Saint-François-Xavier, à Cincinnati. La société de botanique de cette ville admit le P. Duerinck comme membre perpétuel et lui offrit la chaire de professeur ; mais sa modestie et ses nombreux devoirs ne lui permirent pas d'accepter cette charge. Une nouvelle plante qu’il découvrit, et qui reçit, en son honneur , le nom de Prunus Duerinchiana , montre combien l’on estimait ses recherches en ce genre.
Le trait distinctif de son caractère était une grande énergie naturelle , jointe à un zèle ardent pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Lorsqu'il s'agissait de gagner son prochain à Dieu, nul obstacle ne semblait pouvoir l'arrêter. Il se faisait tout à tous , selon l'exemple de saint Paul, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Il avait admirablement adapté ses manières aux coutumes et aux idées de ce pays. S'il ne put convertir les nombreux protestants avec lesquels il ‘était en relation, il manqua du moins rarement de gagner leur bienveillance, et c'est un grand pas de fait vers leur conversion, que de leur faire estimer le prêtre catholique. |
En 1849, le P. Duerinck fut envoyé parmi les Indiens. C'était l'accomplissement du désir qui l'avait conduit en Amérique. Il employa toute son énergie et tous ses talents à cette œuvre diffcile. La mission des Potowatomies, dont il devint supérieur, lui doit en grande partie sa prospérité actuelle. La plupart des sauvages de cette tribu avaient été convertis depuis plusieurs années ; il s'agissait donc surtout de consolider l'œuvre de leur conversion, en les attachant à la vie civilisée et en les amenant à préférer l'agriculture et les autres arts utiles aux plaisirs de la chasse et à l'insouciance si caractéristique de la vie sauvage. Déjà, avant lui, les missionnaires leur avaient persuadé de cultiver quelques petits champs, en les anitaant par leur exemple et par les motifs de la foi. On avait trouvé que lorsqu'il s'agit du labeur agricole, les motifs de religion sont les seuls qui aient quelque empire sur les cœurs des Indiens, et on était parvenu à les faire travailler en esprit de pénitence. Profitant de cette foi vive et simple, le P. Duerinck s’efforça de les exciter à entreprendre de grands travaux, et, en leur faisant trouver une certaine abondance par la culture, il leur fit oublier presque entièrement la vie vagabonde des plaines et des forêts. Dans le dessein de former les sauvages à un travail intelligent, des écoles d'arts et métiers avaient été établies pour les jeunes gens de la tribu. Il fit deux voyages à Washington afin d'intéresser le gouvernement à
cette œuvre et d'en solliciter des secours. Ces écoles ont obteïu un subside permanent.
Durant ces dernières années, la mission de Sainte-Marie a été exposée à de grands dangers de démoralisation ; d'abord, par le grand nombre de caravanes qui ont traversé ces parages depuis la découverte des mines d'or de la Californie, et ensuite à cause de l'immense émigration qui se fait vers le Kansas, érigé récemment en territoire. Au milieu de ces dangers, les néophytes , grâce aux soins des missionnaires, ont su conserver leur ancienne régularité et leur primitive ferveur.
Au son de la cloche, les sauvages s’assemblent avec la même piété qu'autrefois, soit à l'église, soit dans leurs demeures. Les confessions et les communions ne sont pas moins nombreuses. Tous, sans excepter les protestants, admirent le zèle et la piété des Indiens de cette contrée.
Jusqu'à présent les néophytes ont su maintenir la paix avec les blancs. Chose rare; car ordinairement l'approche des blancs est le signal d'une guerre d'extermination. Toutefois, on ne peut se dissimuler les dangers de la situation présente. Les Potowatomies sont déjà entourés de blancs, avides de prendre possession de trente milles carrés ou 19,200 arpents de terre que le gouvernement leur a solennellement alloués par traité. C'est surtout dans une situation pareille et toute nouvelle que la mort du P. Duerinck, leur père et bienfaiteur, qui leur était si tendrement dévoué et qu'ils con-
sultaient dans leurs entreprises importantes et dans toutes leurs difficultés, se fera vivement sentir. Sa perte est, sans contredit, un véritable malheur pour cette intéressante tribu.
Le P. Duerinck a été surintendant des écoles catholiques parmi les Potowatomies. Plusieurs de ses lettres ont été publiées dans les documents annuels qui accompagnent le message du président des États-Unis. Elles se trouvent dans le Report of the Secretary of the Interior, tome [°*. Toutes portent la date de S'Mary's Potowatomie Mission, Kansas territory. En voici la liste et les dates : 1"° lettre, 24 septembre 1852, pp. 379-381 du Report. — 2° lettre, 31 août 1853, pp. 325- 327. -— 3° lettre, 25 septembre 1854, pp. 317-319. — 4° lettre, l* octobre 1855, pp. 422-425. — 9° lettre, 20 octobre 1856, pp. 666-669. — 6° lettre, septembre 1857. Cette dernière a été publiée, le 17 octobre dernier, dans le Boston Pilot, et paraîtra, comme les autres, dans le prochain rapport du secrétaire de l'Intérieur.
Les officiers ou agents du gouvernement des États-Unis ont toujours rendu les témoignages les plus honorables au zèle et au succès du P. Duerinck. En 1855, le major G. W. Clarke, inspecteur du gouvernement auprès des Potowator: 58, faisant son rapport annuel au commissaire des affaires indiennes des deux écoles établies à la mission, l'une sous la direction des Pères, l'autre sous celle des Dames du Sacré-Cœur, s’exprimait ainsi :
« Je ne saurais parler en termes trop favorables de la condition de ces deux établissements. Outre le cours ordinaire d'instruction littéraire qu’on donne aux filles, elles apprennent à coudre, à tricoter, à broder et tous les autres travaux d’un bon ménage. Une école industrielle est attachée à l'institution des garçons. On y enseigne aux jeunes gens les arts utiles et pratiques, tels que l'agriculture, l’horticulture, etc. Le P. Duerinck est un homme doué d'une grande énergie. Il s'entend bien aux affaires. Il est entièrement dévoué au bien-être des Potowatomies, dont il s’est montré l’ami et le père, et lesquels, de leur côté, ont pour lui la plus haute estime. Je n'hésite aucunement à exprimer ma conviction sur l'utilité de cet établissement. On en voit les effets dans les maisons proprement tenues et les petits champs bien cultivés des Indiens de la mission, et dans l'esprit d'ordre qui règne aux alentours. »
Dans son rapport de 1856, le major Clarke renouvelle son approbation. « Depuis l’année dernière, — dit-il, — les Indiens de cette agence ont fait des progrès sensibles. Ils ont cultivé des champs plus étendus et ont manifesté, en diverses manières, leur désir de se conformer aux coutumes de la vie civilisée.. L'école de la mission de Sainte-Marie occupe le premier rang parmi les écoles des missions (protestantes), et mérite mes louanges les plus sincères. Les travaux du P. Duerinck et le zèle des Dames du Sacré-Cœur, qui ont
soin de cet établissement, servent non-seulement à améliorer la génération naissante et à la former aux coutumes de la vie civilisée ; mais leur bon exemple et leurs conseils ont évidemment une grande influence sur le bien-être de la population adulte. »
Les nombreux émigrés qui se sont fixés dans le voisinage de la mission ont toujours montré la plus haute estime pour le P. Duerinck.
Les feuilles publiques ont annoncé sa mort comme une calamité qui non-seulement laissera un grard vide dans la mission indienne, mais causera de vifs regrets à ses nombreux amis, dans différents États, et surtout aux habitants du nouveau territoire , qui ont eu le bonheur de le connaître (1). Il jouissait de l'estime universelle.
(1) Le P. De Smet, écrivant sa lettre le 23 décembre 1857, ne pouvait avoir connaissance de l’article suivant, où le Freeman's Journal de New-York, du 2 janvier 1858, rend hommage aux vertus du religieux défunt. « La mort si regrettable du P. Duerinck suffit en elle-même pour éveiller toutes les sympathies des catholiques; mais cette sympathie est augmentée par la réflexion qu'il était proche parent du P. De Smet. Le P. Duerinck, comme son cousin, a été un dévoué et zélé missionnaire parmi les Indiens. Depuis plusieurs années, il était chargé de la mission de Sainte-Marie. Ses supérieurs lui ayant donné l'ordre de revenir à Saint-Louis pour sa profession , il ne put trouver de séeamboat pour son voyage, à cause des eaux basses du Missouri. Il s'embarqua donc sur un frêle canot avec quatre autres passagers ; mais l’embarcation a été défoncée par un chicot, et le digne Père a été noyé avec deux de ses. compagnons. Le P. Duerinck avait été notre professeur et était resté
Voici l'hommage rendu à la mémoire du P. Duerinck par ses confrères de la mission de Sainte- Marie parmi les Potowatomies.
« Le R. P. Duerinck, que nous regrettons tous avec larmes , était arrivé à la mission de Sainte- Marie au commencement de novembre 1849, dans les circonstances les plus critiques et les plus embarrassantes, au jugement de tout homme versé dans les affaires. La mission venait d'accepter une école de garçons et une autre de filles, à des conditions si onéreuses, que le bon sens les déclarait intolérables. On ne s'était obligé à rien moins qu’à entretenir annuellement environ 120 enfants pensionnaires pour la somme modique de cinquante piastres par tête (250 francs), c'est-à-dire que pour moins de 70 centimes par jour (et cela aux États. Unis), il fallait fournir à chaque enfant, logis, nourriture, habillement, livres, papiers, etc. ; tandis qu'aucun maître d’hôtel de l'endroit n’eût consenti à loger seulement quelqu'un pour moins de cinq piastres (25 francs) par semaine. De plus, le gouvernement des États-Unis avait alloué une somme pour l’ameublement ou la construction des édifices, et , par "in surcroît de circonstances malheureuses, la tâche était à peine commencée, que l'argent était déjà totalement dépensé. Eh bien, grâce à l'intelligence et à l'activité du
notre ami. Nous pouvons rendre témoignage que la Compagnie perd en lui un membre précieux la religion un prêtre zélé, ‘ses fidèles et ses néophytes indiens un père tendre et vénéré, »
P. Duerinck, la mission fit face à toutes les dépenses et triompha de tous les obstacles. Mais qu'il lui en coûta de peines et de fatigues pour mettre sa grande famille, ses chers enfants indiens à l'abri de l'indigence ! Traverser d'immenses déserts pour acheter des animaux à un bas prix et les amener à Sainte-Marie; descendre et remonter le Missouri, l'espace de plusieurs centaines de milles ; être continuellement aux aguets afin de découvrir une occasion favorable pour le placement et la disposition des produits de la ferme ; s'évertuer de toutes les manières à trouver des moyens de subsistance ; inventer toujours de nouvelles ressources , former de meilleurs plans, et exécuter de nouveaux projets pour aller audevant des besoins de ceux qui lui étaient confiés, voilà ce que le P. Duerinck a noblement entrepris pour le bien de sa mission, et en quoi il a parfaitement réussi.
« Le Père avait le caractère fortement trempé, ou plutôt une âme vertueusement courageuse. Les infirmités auxquelles il était sujet ne lui arrachaient aucune plainte, ni ne produisaient la moindre altération dans l’affabilité de ses manières. Pour ai, l'hiver semblait avoir perdu ses frimas, et l'été ses chaleurs étouffantes. Sans cesse il bravait l'intempérie des saisons. Nous l'avons vu entreprendre un long voyage par le plus grand froid, et le continuer en dépit du souffle glaçant de l’aquilon, si bien qu'en arrivant dans la maison où il se propo-
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