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triomphe à notre campement sur les bords du Niobrarah. De mon côté, je fais une petite distribution de tabac, présent qu'ils semblent apprécier plus que tout autre; on fume fraternellement le calumet qui passe de bouche en bouche, et bientôt ils me prodiguent, ainsi qu'à mes compagnons, les marques les plus affectueuses de bienveillance et de respect. Telle fut l'heureuse issue d'une rencontre qui nous avait d'abord inspiré de si justes: craintes. Mais les vues miséricordieuses de la Providence s'étendaient encore plus loin. Ils me prièrent de les accompagner dans leur village, à quatre milles de là, pour y passer la nuit au milieu d'eux. Je me rendis d'autant plus volontiers à leur invitation, qu’elle devait me procurer une occasion favorable de leur annoncer les vérités de la foi. Aussi ne perdis-je point de temps, et, peu après mon arrivée , toute la tribu , au nombre de plus de mille personnes, se trouvait rangée autour de: la Robe noire. C'était la première fois que les Ponkahs entendaient prêcher Jésus-Christ par la bouche de son ministre. Leur sainte avidité et l'attention qu'ils prétèrent à mes paroles me firent prolonger mes instructions bien avant dans la nuit. Le lendemain, je baptisai un grand nombre de leurs petits enfants, et quand le moment de la séparation fut arrivé, ils me prièrent avec les plus vives instances de renouveler ma visite et de venir me fixer au milieu d'eux. « Nous écouterons volontiers la parole du Grand-Esprit, me disaient-ils,
et nous nous soumettrons à ses ordres que tu nous feras connaître. » En attendant que leurs vœux puissent s'accomplir, je me crus très-heureux de rencontrer là un métis (1) catholique assez bien instruit dans sa religion, qui me promit de leur servir de catéchiste.
Cette attention si extraordinaire des sauvages, et cette espèce d'avidité qu'ils apportent à entendre la parole de Dieu, doivent paraître surprenantes dansun peuple qui semble réunir toutes les misères intellectuelles et morales. Mais l'Esprit du Seigneur souffle où il lui plaît; ses grâces et ses lumières préviennent et aident des hommes que l'ignorance a rendus méchants, bien plus qu’une volonté perverse et désordonnée. Du reste , ce même Esprit qui obligea les plus rebelles à s'écrier avec saint Paul : « Seigneur, que voulezvous que je fasse ? » peut aussi adoucir les cœurs les plus farouches, échautfer les plus froids, produire la paix, la justice et la joie là où auparavant régnaient l’iniquité, le trouble et le désordre. Le grand respect et la grande attention que les pauvres Indiens témoignent, dans toutes les occasions, au missionnaire qui vient leur annoncer la parole de Dieu, sont pour celui-c' la source de beaucoup de consolations et d'encouragements. Il trouve le
(1) Métis, qui est né d’un blanc et d’une Indienne (d'Amérique), ou d’un Indien (d'Amérique) et d'une blanche; on dit mulâtre quand ils’agit de l'enfant d’un blanc et d’une négresse, où d'un nègre et d'une blanche. (Nofe de la présente édition.)
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doigt du Seigneur dans les manifestations spontanées de ces hommes malheureux.
La langue des Ponkahs diffère peu de celle des Ottoes, des Kansas et des Osages. Intrépides et d'une bravoure éprouvée, ils savent, malgré leur petit nombre, se faire redouter de leurs voisins, plus nombreux. On pourrait bien les appeler les Têtes-Plates des plaines à cause de leur courage. Quoique attachés par goût à la vie nomade, ils ont cependant commencé à cultiver quelques champs de mais, de citrouilles et de’patates.
Voilà donc une terre encore en friche, mais qui n'attend qu'une main généreuse et charitable pour porter des fruits dignes de la céleste rosée. Le Seigneur pourrait-il refuser sa grâce et ses secours à l'homme apostolique qui abandonne tous les avantages de la vie civilisée, pour venir, au milieu des privations de tout genre, apprendre au pauvre sauvage les vérités salutaires et si consolantes de l'Évangile ?
Quand je pense aux espérances que me font concevoir les tribus de l'ouest et du nord des États- Unis, je ne puis m'empêcher de bénir la bonté et la miséricorde de mon Sauveur, et de trembler en pensant combien redoutables sont les jugements de sa justice. Tandis que l'Europe, ébranlée par les efforts incessants d’une impiété savante, semble n’avoir plus de force et de vigueur que pour secouer ce joug divin que le sang de Jésus-Christ a rendu si doux et si léger, l'infortuné habitant du
désert lève ses mains suppliantes vers le ciel, et se lui demande, dans toute la sincérité de son cœur, à de connaître la vraie foi, d'être dirigé dans les ‘4 sentiers qui conduisent au vrai bonheur. Tandis qu'au centre même du catholicisme (1), les minis- | tres du Seigneur succombent sous l'oppression, la n providence de Dieu, impénétrable dans ses vues, e. leur prépare secrètement les vastes solitudes d'un hémisphère éloigné. Peut-être est-ce là que le divin Maître fixera son sanctuaire, et se choisira de nouveaux adorateurs, dont les cœurs simples ne feront entendre que les accents de la reconnaissance.
Je suis avec le plus profond respect et en me recommandant à vos bonnes prières, Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur, P. J. DE SMET, S. d.
(1) Il est fait allusion aux événements révolutionnaires dont Rome fut le théâtre en 1848 et à la suite desquels le Souverain Pontife Pie IX, ne se croyant plus en sûreté dans la capitale de ses États, se vit obligé de prendre la fuite le 24 novembre au à soir. 11 se réfugia à Gaëte, dans le royaume de Naples. (Note de ee la présente édition ) À
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Université de Saint-Louis, 5 juin 1849.
Messieurs,
Il est temps de passer aux Sioux, dont j'atleignis le territoire peu de jours après ma visite aux Ponkahs. M. Campbell , un des meilleurs interprètes de ces contrées, s'offrit généreusement à m'accompagner chez les différentes tribus de cette nation. La connaissance qu'il a du pays et des mœurs de ces Indiens, ainsi que l'amitié et le respect qu'ils lui portent, contribuèrent beaucoup à faciliter mes rapports avec eux. Je dois en même temps ajouter, comme un tribut de ma juste reconnaissance, que les officiers du Fort-Sully et du Fort-Pierre m'accueillirent avec la bienveillance la plus déli-
cate, et que l'efficacité de leur concours aida puissamment à rendre plus faciles et plus fructueuses mes relations avec les sauvages.
J'ai fait plusieurs fois la remarque, dans d'autres lettres, que les Indiens qui habitent la vallée du Haut-Missouri sont, en général, plus cruels que ceux qui séjournent à l'ouest des montagnes Rocheuses. Cela provient probablement des guerres presque incessantes qu’allument eutre eux l'amour du pillage et le désir de la vengeance. A l'époque de ma visite chez les Sioux, une troupe de ces barbares revenait d'une guerre contre les Mahas, avec trente-deux chevelures humaines arrachées à des vieillards sans défense, à des femmes et à des enfants dont les pères et les maris étaient partis pour la chasse. Ils attachent ces abominables trophées de leur honteuse victoire au bout de leurs lances ou au mors de leurs chevaux, lorsqu'ils font leur rentrée dans le village après le combat. A la vue de ces dépouilles, la tribu entière jette des cris de joie, et tous se font une fête d'assister aux cérémonies atroces de la Danse et du Festin de la chevelure, célébrées au milieu des vociférations les plus discordantes et des contorsions les plus horribles. Ils plantent, à cette occasion, un poteau vermillonné au milieu du camp ; les guerriers l’entourent et agitent dans leurs mains les chevelures qu'ils ont rapportées du champ de bataille; chacun d'eux hurle sa chanson de guerre au son lugubre d'un tambour grossier ; puis, donnant
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tour à tour son coup de casse-tête au poteau, il proclame les victimes que sa hache a immolées et montre avec ostentation les cicatrices des blessures qu'il a reçues.
Tel est encore aujourd'hui l’état de barbarie où vivent ces tristes Indiens. Ils n'entreront point en campagne sans avoir tâché d'attirer sur eux les faveurs du Grand-Esprit, soit par des rites diaboliques, soit par des jeûnes rigoureux ou par des macérations et d'autres peines corporelles. Ils vont même jusqu'à se couper les phalanges des doigts. Ajoutez aux profondes ténèbres du paganisme un débordement de mœurs effrayant, et vous aurez une faible idée de l'affreuse position de ces infortunées tribus. Eh bien, ces mêmes hommes me reçurent à bras ouverts, comme un envoyé du Grand-Esprit. Une vive émotion, peinte sur tous les visages, accompagnait en eux l'attention la plus respecteuse à mes discours , pendant que je les instruisais des grandes vérités de notre religion.
Un événement, qui survint deux jours après mon arrivée au Fort-Pierre , contribua beaucoup à augmenter en ma faveur la confiance des sauvages. Le voici tel qu'il se passa. La tribu des Ogallallas avait pénétré hostilement sur les terres de leurs voisins les Absharokés (ou Corbeaux), et leur avait livré bataille. Ceux-ci se défendirent en braves, mirent les agresseurs en déroute et leur tuèrent dix ou douze guerriers. Ils avaient
même usé d'un système de châtiment qui couvre à jamais d'infamie la tribu qui en a éprouvé les effets ; ils avaient chassé les Ogallallas avec la verge et le bâton. Ce qui signifiait, selon eux, que leurs adversaires ne valaient ni le plomb ni la poudre qu'il aurait fallu employer pour les mettre à mort. Une défaite si honteuse décourage l'Indien, et il n'ose plus se présenter devant un tel ennemi.
Dans cette affaire, le chef de la peuplade vaincue, nommé le Poisson-rouge, avait perdu sa fille, prisonnière des Corbeaux et conduite par eux en captivité. Triste et humilié, il quitta les loges de sa tribu, que la perte de son honneur et la mort de tant de guerriers plongeaient dans le deuil et l’affliction. Ce fut le lendemain de mon arrivée au Fort-Pierre qu'il s'y présenta lui-même. L'objet de son voyage était d'obtenir, par l'entremise des officiers du fort, la liberté de sa fille ; il offrait pour sa rançon quatre-vingts belles robes de buffle et ses meilleurs chevaux. Dans la visite qu'il me fit, tenant ma main serrée dans les siennes, les larmes aux yeux et le cœur brisé par la douleur, il m'adressa ces paroles souvent interrompues par ses sanglots : « Robe noire, je suis un père bien malheureux. J'ai perdu ma fille bien-aimée. Aie pitié de moi. J'ai appris que la médecine (la prière) des Robes noires est puissante auprès du Grand- Esprit. Parle au Maître de la vie en ma faveur, et je conserverai encore l'espoir de revoir mon enfant. »
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À ce peu de paroles, que les émotions du vieillard rendaient singulièrement éloquentes, je répondis que je prenais part à son affliction, mais que lui-même devait préparer les voies aux faveurs du Ciel, et que ce serait par des actions honnêtes qu'il obtiendrait du Grand-Esprit l'accomplissement de ses vœux. J'ajoutai que, sans doute, le Maître de la vie avait été offensé par cette coupable attaque contre les Corbeaux, dont lui-même avait été le principal moteur, en sa qualité de grand chef, et qu’à lui-même il devait attribuer l'infortune de sa fille et tous les malheurs qui avaient été !2 suite de cette expédition. Je l’engageai à renoncer désormais à toute agression injuste contre ses voisins, et à presser sa tribu d'écouter les ordres du Grand-Esprit que je venais leur communiquer. Je finis en lui parlant des miséricordes du Seigneur, qui écoute toujours la voix des affligés, pourvu qu'ils veuillent l'aimer et le servir. Je lui promis aussi le secours de ma prière ; et lui, de son côté, promit de suivre mes conseils.
Le Poisson-rouge retourna bientôt après dans sa tribu et rassembla tous les principaux chefs pour leur communiquer ce qui s'était passé au fort, et particulièrement ses entretiens avec la Robe noire au sujet de sa fille. Au même instant un cri de joie se fait entendre à l'extrémité du camp. On accourt de tous côtés ; on s’informe ; on
annonce enfin la joyeuse nouvelle que la fille cap-
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live s'est échappée saine et sauve des mains de ses ennemis. Le vieux chef ose à peine croire ce qu'il entend. Il se lève, et, au sortir de sa loge, il a la douce consolation de revoir cette enfant chérie, que la Providence vient de lui rendre. Jugez, si vous le pouvez, de son étonnement et de son bonheur, que partage avec joie toute sa tribu ! Toutes les mains se lèvent vers le ciel pour remercier le Grand-Esprit de la délivrance de la captive. Le bruit en vola bien vite d'une peuplade à l’autre ; et cette heureuse coïncidence, que la divine Providence permit pour le bien des Ogallalas, fut pour eux la preuve certaine du grand pouvoir de la prière chrétienne, et contribuera, j'espère, à raffermir ces pauvres sauvages dans leurs bonnes dispositions.
Le nombre d'enfants métis et indiens baptisés chez les Sioux s'élève à plusieurs centaines. Je conférai le même sacrement à six adultes fort avancés en âge, dont deux étaient nonagénaires et habitaient une petite loge en peau de buffle, où un pauvre feu réchauffait à peine leurs membres glacés par les années. Ils me reçurent avec bonheur. Je leur parlai du Grand-Esprit, de la nécessité du baptême, de la brièveté de la vie, de l’éternité heureuse ou malheureuse qui doit suivre. Ils écoutèrent avec avidité les instructions que je leur répétai pendant plusieurs jours, et reçurent enfin le sacrement de la régénération. Ils ne se lassaient pas de me redire qu’ils n'avaient jamais
cessé d'aimer le Grand-Esprit, et qu'ignorant des prières plus convenables, ils lui avaient oftert chaque jour les prémices du calumet.
Ceci me rappelle un fait assez insignifiant par lui-même, mais qui n'a pas moins été pour moi la source d'une bien vive consolation. À mon arrivée dans la tribu des Brälés, je fus singulièrement surpris de me voir abordé par un enfant de quinze ans environ, à qui ma présence semblait causer une joie qu'il serait difficile de décrire. Quelques petites caresses, par lesquelles je répondis à cette manifestation si extraordinaire de contentement, me concilièrent si bien son affection que les efforts et les menaces des sauvages qui m'entouraient ne purent le séparer que momentanément de ma personne. À peine l'avait-on éloigné par la violence, qu'un petit détour le ramenaït à mes côtés; il pénétrait même dans le grand conseil des chefs, où la diplomatie assez expéditive des Brüiés agitait les questions dont mon arrivée au milieu d'eux exigeait la solution. La nuit vint mettre fin aux délibérations de l'assemblée, et dut me soustraire aussi aux incessantes caresses de mon nouvel ami. Son front extrêmement étroit et aplati, son regard niais, ses gestes désordonnés m'avaient bientôt fait comprendre qu'il était du nombre de ces êtres chez qui le défaut de raison est une sauvegarde contre la perte de l'innocence, et je me déterminai à le régénérer le lendemain dans les eaux salutaires du baptême. Je fis donc rassembler toute
la tribu, et après avoir donné une courte explication des bienfaits du sacrement que j'allais conférer , }2 leur parlai du bonheur qui était réservé pour toute l'éternité à un être en apparence si vil, et qui n'avait été jusqu'alors que l'objet de leur mépris ou au moins de leur pitié. Cette allocution fit sur mon nouvel auditoire une profonde impression, et fut suivie de nombreuses demandes pour obtenir la grâce d'appartenir au Grand- Esprit, comme mon pauvre Pascal (c'est le nom du petit bonhomme), qui est entouré maintenant du respect, je dirais presque de la vénération de toute sa tribu. Mais ne devant rester au milieu d'eux que peu de jours, ‘e me contentai de baptiser un grand nombre de leurs enfants ; aux autres je fis espérer que, plus tard, nous reviendrions les visiter, et que nous pourrions alors les instruire et leur accorder ainsi plus utilement la faveur qu'ils sollicitaient.
Il existe parmi les Indiens une coutums qui fatigue beaucoup l'étranger ou le missionnaire visitant un de leurs villages. Immédiatement après son arrivée, un grand nombre de festins se donnent en son honneur. La politesse sauvage exige qu'il accepte toutes les invitations. L’Indien prépare aussitôt tout ce qu'il a de meilleur et de plus délicat. Le chien gras, qui remplace ici le veau, est le mets le plus recherché ; il est réservé pour les grandes occasions. Viennent ensui'’. les langues, les côtes de buffle, etc., etc., et une grande variété de fruits, de grains et de racines.
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Dans tous les camps que je visitai, je fus conduit d'un festin à l'autre par les principaux chefs. Partout on me présenta un plat si bien rempli de leurs friandises, que chaque portion aurait pu me suffire pendant plusieurs jours. Il faut que tout soit consommé. La chose serait impossible, si l'on n'avait pas l'heureux privilége d'amener un ou deux mangeurs avec soi. Dans quelques camps sioux, on permet aux invités de toucher seulement le plat et de l'emporter dans leur loge.
Dans les différents camps que je visitai, je fis présent à chacur. des grands chefs d'une médaille à l'effigie de notre très Saint-Père le Pape Pie IX. A ce sujet, je leur expliquai la haute position du grand chef de toutes les Robes noires, le respect,
*la vénération et l'amour que toutes les nations fidèles au Grand-Esprit témoignent à son représentant sur la terre, etc., etc. Aussitôt on apporta le calumet, st après l'avoir offert d’abord au Maître de la vie, en implorant ses bienfaits, les sauvages, dans leur naïve simplicité, le présentèrent à son chef visible, me priant de lui faire connaître l'estime et l'amour qu'ils lui portent et le désir ardent qu'ils ont d'écouter les Robes noires envoyées en son nom.
Dans une distribution de médailles aux sauvages, des explications deviennent nécessaires ; car étant naturellement superstitieux, ils attachent souvent plus que du respect à ces sortes d'objets. Un chef sioux m'en donna une preuve bien étrange. Comme
je lui pendaïis au cou la médaille de Pie IX, il m'en témoigna une joie et une reconnaissance extraordinaires. « Je la placerai, me dit-il, avec mon Manitou de la guerre ; elle saura me rendre aussi sage dans les conseils de paix, que l'autre a su me rendre fort dans les combats. » Je lui demandai le sens de ces paroles. Il ouvre aussitôt une petite boîte et en sort un rouleau enveloppé soigneusement dans une peau de chevreuil ; à le déroule, et à ma grande surprise, je vois l'image coloriée du général Diebitsch (1), en grand uniforme et monté sur un beau coursier. Depuis j "ieurs années, le Russe avait été le Manitou üc ia guerre
(1) Jean-Charles-Frédéric-Antoine comte DIEBITSCH, général russe, né en 1785 à Grossleippe (Silésie), entra d'abord dans les cadets de Berlin (1797 1805), puis passa au service de la Russie. Il se distingua dans les batailles d'Austerlitz, de Friedland, de Dresde et de Leipzig. Lieutenant général en 1813, il engagea les alliés, en 1814, à se porter sur Paris, après les défaites qui avaient marqué la campagne de France. Alexandre l'attacha , plus tard, à sa personne, la nomma major-général de l’armée, 1820, et se fit accompagner par lui à Tangarog. À l’avénement de Nicolas Ier, Diebitsch montra, dans la répression de la réve::: du prince Troubetzkoï, la plus grande décision. 1825. Nom: gouverneur des colonies militaires, il s'illustra encore, dans la guerre de Turquie, par la prise de Varna, 1828, et surtout par le passage des Balkans, 1829 : exploit que Nicolas Ie: récompensa en donnant à Diebitsch le surnom de Zabalkanski (l'au delà-Balkanien) et le titre de feld-maréchal. Envoyé contre les Polonais insurgés, il leur livra la bataille d'Ostrolenka, et mourut du choléra près de Pultusk (juin 1831). (Mo’: : la présente édition.)
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du chef sioux, qui l'invoquait et lui présentait le calumet avant toutes ses entreprises contre l'ennemi, et lui attribuait toutes les victoires qu'il remportait. J'aitâché de désabuser le pauvre Indien de son étrange culte, et j'ai l'espoir que mes efforts n'ont point été inutiles.
Je l'ai déjà dit, on m'a envoyé chez les tribus siouses pour sonder leurs dispositions au point de vue religieux et moral. La courte relation que j'ai l'honneur de vous présenter fait connaître le résultat de ma visite. Tout ce que je viens do raconter sur ces pauvres habitants du désert n'es! pas três-encourageant pour un missionnaire. [l y a loin de ces sauvages aux Tétes-Plates et à tant d’autres Indiens qui demeurent à l'ouest des montagnes Rocheuses. Ces premiers enfants de mon apostolat m'ont donné des consolations que je chercherais en vain chez les Sioux. Une mission parmi ces derniers serait-elle donc sans espoir de succès ? Le peu d'expérience que j'ai pu acquérir, et mon séjour au milieu d'eux m'inspirent plus de confiance en Celui qui tient entre ses mains les cœurs les plus durs et les volontés les plus récalcitrantes. J'espère que, dans le courant de cette année, quelque chose sera fait en faveur de ces malheureux Indiens , si longtemps privés des secours de la religion. Le même bonheur sera accordé à la nation des Pieds-Noirs, qui compte déjà onze cents néophytes dans son sein. C'est une bonne œuvre dont les prières des pieux asso-
ciés de ‘la Propagation de la Foi contribueront puissamment à aplanir les difficultés.
Je quittai les terres supérieures du Niobraral et dela Mankizita, vers la fin d'octobre 1848, avant la saison des pluies et des neiges. Ces lieux sont le séjour où différentes tribus des Sioux se rendent en automne, pour faire la chasse aux animaux sauvages qui y abondent alors, et afin de se pourvoir de peaux et de viande pour l'hiver qui approche. La consommation de peaux dans le Missouri doit
e immense, car tous les Indiens s’en servent pour la construction de leurs loges, pour les harnais de leurs chevaux et pour leurs habillements. L'année dernière, cent dix mille peaux de buffle et autres dépouilles de cerf, de gazelle, de chevreuil, de grosse corne, de loutre, de castor, etc., et vingt-cinq mille langues salées ont été reçues dans les magasins de pelleteries à Saint-Louis. Par là vous aurez une idée du nombre extraordinaire de buffles tués, et de l'étendue du vaste désert is sert de pâturage à ces animaux.
Nous partimes en esquif du Fort-Sully, qui se trouve près de l'embouchure de la petite Rivière-à- Médecine. Notre voyage fut des plus heureux. Le temps était magnifique, et les deux rives du Missouri, peuplées dans cette saison d'une quantité extraordinaire de gibier de toute espèce, offraient le spectacle le plus gracieux et le plus varié, en même temps qu'elles ouvraient un vaste champ à la convoitise et à l’habileté de nos chasseurs.
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Parvenus à Council-Bluffs, le ciel, qui jusqu'alors avait été clair et serein, changea tout à coup pour faire place aux vents, à la tempête, et à d'épais nuages de neige qui nous accompagnèrent pendant deux jours ; nous nous réfugiâmes dans une forêt profonde pour nous mettre à l'abri de la tourmente. Le miel qui y abondaït fut notre principale ressource. Un seul peuplier que nous abattimes nous en fournit bien au delà de nos besoins.
Nous fimes peu de progrès pendant dix jours , à cause des vents contraires, des pluies et des neiges. Avant d'arriver à l'embouchure du Grand- Tarkio , le Missouri était tellement couvert de glaçons, que , dans notre frêle barque , nous nous trouvâmes exposés aux plus grands dangers, surtout à cause d’un très-grand nombre de chicots dont le lit de la rivière est parsemé , et qui montrent ou cachent de tous côtés leurs têtes menaçantes. Ce sont des arbres ou des troncs d'arbres que la rivière détache et enlève de ses bords , et dont les racines s'enfoncent fort avant dans la vase. Comme il n'y a, dans ce pays, ni chaussées ni digues qui empêchent la rivière de s'étendre, souvent des forêts entières sont déracinées et englouties ; elles causent beaucoup d'embarras et parfois des obstacles insurmontables à la navigation.
La prudence nous fit abandonner notre esquif. Je louai un chariot de fermier, qui nous conduisit sains et saufs à Saint-Joseph, après une course de deux jours à travers une grande forêt qui borde