‹ Lettres complètes d'Abélard et d'HéloiseChapitre 3 sur 28 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

une banale aventure de galanterie. Bussy-Rabutin avait donné le ton. Sous prétexte « d’embellir la réalité, » Pope et Colardeau achevèrent de la fausser. Entre les mains de Bussy-Rabutin, Héloïse était devenue une sorte de Longueville repentante, poussée au couvent par le remords de ses fautes. Le dix-huitième siècle en fit une religieuse contrainte et rebelle?. « Il n'y a pas plus d’éloignement entre le ciel et la terre, » disait dom Gervaise, « qu'il n’y en a entre les lettres d’Héloïse et d’Abélard et ce que leur font dire les infidèles traductions qu’on en a données ?. » Dom Gervaise parlait en homme qui, du moins, avait vu les textes ; mais lui-même, comment les avait-il compris? Il était resté sous l'influence du roman mis en cours par Bussy-Rabutin. Entrevues secrètes, mystérieuses confidences , billets en prose et en vers, il ne manque à sa « relation des premières amours » d'Héloïse et d’Abélard, rien de ce qui en avait fait « un commerce galant, » sous la plume de l'auteur de l'Histoire amoureuse des Gaules.

Les travaux de la critique moderne ont mis en leur vrai jour cet épisode de la vie morale du moyen âge, di gne d’être illustré par le génie du Dante. Deux grandes

1. Héloïse et Abailard, Lettres traduites du latin par le comte de Bussy- Rabutin, avec les imitations en vers, par de Beauchamp, Colardeau, Dorat, Mercier, Fleury, B... Douxigné, Saurin. — Garnier, 1843.

2, Vie de Pierre Abeillard, abbé de Saint-Gildas de Buys, et celle d'Heloise, son épouse, 2 vol. in-12, 1720,

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