‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 10 sur 98 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

de Saint-Gildas lui rendant le séjcur de son abbaye intolérable, 1l semble qu'il ait un moment songé à s’y faire une retraite où, comme dans un port tranquille, il pût goûter la tranquillité qui partout lui échappait. Quoi qu’il en soit, il ne lui en coûte point de le laisser entendre, le soin de sa gloire et de son repos était le seul mobile qui l'eût conduit dans la pensée de cet établissement ! ; Héloïse n’en était que l'instrument ?.

Le ton dont 1l parle d’elle, il est vrai, s’est alors rasséréné; il rend hommage à ses vertus 5, et l’on peut prévoir que

1, Lettre à un Ami, p. 66.

2. On ne sait même pas au juste si, dans cette occasion, il rentra en rappor avec elle. C’est une question sur laquelle Ja critique a été de tout temps fort divisée. (Correspondance lilléraire, tone 1, n° 2, p. 27 et suiv.) Héluise se plaint expressément de « n'avoir jamais revu Abélard depuis sa cen-

* version, » et certains passages de la Lettre à un Ami paraissent contraires À cette affirmation, (Lettre à un Ami, p. 68.) Le juge le plus autorisé à trancher la difficulté (M. de Rémusat, liv. I, p. 131) évite de se prononcer.Il ne nous parait pas impossible d'arriver à une sorte de certitude d’après les textes mêmes. En effet, nul doute, d'abord, qu'Abélard ne soit jamais retourné au convent d'Argenteuil, et conséquemment, que de 1119 à 11929, il soit resté sans relations avec Héloïse : les textes sont, sur ce point, très-catégoriques par leur silence. D’antre part, il n’est point contestable qu’Abélard soit venu et qu'il ait, à diverses reprises, deux ans de suite, séjourné au Paraciet pour la donation du couvent d'abord, puis pour l'instruction des religieuses et pour des prédications publiques dont le revenu constitua les premières ressources de la communauté elle-même, (Lettre à un Ami, p. 66 et suiv.) Héloïse ne nie le fait en aucune façon. Mais de quoi se plaint-elle (Lettres, II, p. 95,96; Cf. IIS, 102, 111)? De n'avoir eu avec lui, depuis sa conversion, aucun de ces entretiens personnels, par écrit ou de vive voix, qu’elle appelle avec tant d’ardeur dans ses premières lettres et dont elle n’écarte que plus tard l'idée. (Voir plus bas, page xxxi). Rien n’empêche donc que les formalités de la donation aient été accomplies sans sa participation directe; rien n’empêche même, à la rigueur, qu'elle ait vu et entendu Abhélard à la tête de sa communauté; ce qui suffit pour justifier les calomnies qui empêchèrent Abé- Jard, paraît-il (Lettre à un Ami, p. 68), de continuer ses visites au Paraclet, Mais ele n'a jamais obtenu de lui cette direction intime dont sa passion non moins que sa foi avait besoin, et voilà ce dont elle gémit. Tel est le sens auquel conduisent les textes pris à la lettre : il concilie toutes les opinions, et nous parait le vrai. |

Page 1