‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 11 sur 98 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

bientôt il condescendra à recevoir au moins et à écouter ga prière. Il n’est que juste d’ailleurs de faire la part de la réserve que lui imposait sa propre situation. Mais quelque eifort que l’on fasse pour entrer dans sa pensée, la sécheresse de ce sentiment personnel, tour à tour superbe ou indifférent, parfois cruel, laisse une pénible impression. Elle devient plus pénible encore, quand on en rapproche l'héroïque abnégation d'Héloïse.

= De la jeunesse ct de l'éducation d’Héloïse, nous ne savons guère que ce qu'Abélard nous en apprend, et il ne nous en aporend que ce qu’il importe à sa gloire de nous faire connaître. Quelques biographes prétendent qu’elle tenait, par sa mère, à la race des Montmorencyt. Le silence d’Abélard ne peut laisser aucun doute sur ce point; iln’aurait pas manqué de faire allusion à une filiation flatteuse pour son orgueil, et se borne à constater, au sujet du nom d'Héloïse rapporté à l’un des noms du Seigneur, Héloïm, un signo de sainte prédestination ?. D'après Abélard également, tout ce que l’on peut dire de sa figure, c’est qu’elle n'avait rien qui la distinguât ni en bien nien mal; le portrait du Roman de la rose 3 est de pure fantaisie. Son témoignage, plusexplicite sur la rare aptitude dont elle était douée pour toutes les choses de l'esprit, est confirmé par Hugues de Métel * et par Pierre le Vénérable. « Je n'avais pas franchi les bornes de l'adolescence, » écrivait le savant abbé de Cluny, « quand j’entendais dire qu’une femme, encore retenue dans les liens du siècle, se consacrait à l’étude des lettres,

4. Turlot, déjà cité, p. 154. — On se rappelle qu'Héloïse était née, à Paris, en 1101; et qu'elle mourut au Paraclet, le 16 mai 1164. 2. Leitres, V, p. 151.

3. Le Roman de lu Rose, vers 999 et suivants. — On sait que l’un des autenrs du Roman de la Rose, Jean de Meung, a, le premier, traduit en prose les Lettres d'Héloïse et d’Abélard.

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