INTRODUCTION | XV
et, chose peu commune, de la sagesse, sans que les plaisirs du monde, ses frivolités et ses désirs pussent l’en arracher.» Suivant Abélard, Héloïse savait, outre le latin, le grec et l’hébreu. Par là il faut entendre, sans doute, qu'elle comprenait les quelques mots de grec et d'hébreu que ramenait le plus ordinairement sous ses yeux l'étude de la théologie. Quant au latin, ses lettres attestent qu'elle en possédait et qu'elle en maniait habilement tous les secrets. Sénèque était son auteur de- prédilection, elle se plaît à le citer, et c’est évidemment son style qu'elle a pris pour modèle. Quelle cest la part qui revient à Abélard dans cette éducation? Il serait difficile de le dire. Les premières années d'Héloïse s'étaient passées au couvent d'Argenteuil, Elle avait ensuite reçu les leçons de Fulbert, et sans doute aussi de quelques clercs, que Fulbert, si fier de la supériorité de son intelligence, lui avait donnés pour maîtres. Mais ce qu’elle avait appris n'avait fait qu'’allumer dans son vif et solide esprit le désir d'apprendre ; son imagination, excitée plutôt que satisfaite, rêvait, au delà des horizons qu'il lui avait été donné d’entrevoir, de plus vastes champs.
Que l’on se représente maintenant, à l'extrémité d'une de ces ruelles que la foi du moyen âge avait entassécs aux pieds des tours de Notre-Dame, une humble demeure, enfoncée d’un côté et comme perduc dans l'ombre de la cathédrale, ouverte de l’autre aux libres et vivants espaces du quai de la Grève et du port Saïint-Landry ! : c'est là que, dans le silence d’une studieuse retraite, sous une tutelle plus affectueuse qu'éclairée, vivait cette jeune fille de seize ans, l'esprit replié sur iui-même, le cœur ardent. A quelques pas, autour des églises et des cloîtres qui formaient comme le rempart de Notre-Dame, était l’école où Abélard régnait. Plus d’une fois, les méditations et les rêves de la jeune fille avaient été traversés par les cla-