‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 13 sur 98 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

meurs de la troupe des clercs amenant le maître à une nouvelle victoire, ou le reconduisant à sa demeure, tout émus de son irrésistible dialectique. Plus d’une fois aussi, peut-être, mêlée à la foule, elle l'avait vu passer, le front rayonnant, la démarche haute, parmi les milliers d’auditeurs que lui envoyaient «la Bretagne, l'Angleterre, le pays des Suèves et des Teutons, Rome même, » et que ne suffisaient plus à loger les hôtelleries de la Cité. Et un jour, ce fut à elle qu’au sortir de ces triomphes, ce maître souverain de l’éloquence et de la philosophie vint rapporter l'éclat d'une gloire qui faisait pâlir celle des empereurs et des rois. Tout ce qu’il y avait dans son esprit, dans son cœur, dans son imagination, d'énergie naissante, s’épanouit aussitôt et se fixa. Deux talents contribuèrent, entre tous, à ravir son âme passionnée : la verve du poëte et la grâce du chanteur. Mais bientôt gloire, génie, talents, tout s’effaça devant un charme unique. « Dieu m'en est témoin, » disait-elle ? : « en toi, je n’ai jamais cherché, jamais aimé que toi. »

Quelque soin que prenne Abélard de laisser dans l’ombre cet enivrement généreux, on en sent l’exaltation sous la réserve intéressée de sa confession, et elle éclate dans la résistance opposée par Héloïse à la résolution que, pour en finir, 1l avait prise de l’épouser secrètement. Le résumé qu’il nous a donné de ses objections s’applique-t-il à une lettre ou à un entretien, on ne sait. Qu'il s'agisse d’une lettre ou d’un entretien, cette aralyse peut être considérée comme le premier morceau que nous ayons de la main d’Héloïse, et il n’est pas le moins énergique ni le moins touchant, N

Elle était partie en Bretagne avee lui, par son ordre; elle attendait son ordre pour en revenir; il était allé la retrouver,

Page 1