INTRODUCTION XIX
une religieuse contrainte et rebelle‘, De nos jours, sous l'influence des idées de Werther, de René, d'Obermann, on s'est demandé comment elle n’avait ps plutôt cherché dans la mort le remède et la fin de ses souffrances?. Et l’on n’a pas senti qu’il n’y avait place dans son âme ni pour le dépit, ni pour le repentir, ni pour larévolte, ni pour une résolution personnelle, quelle qu’elle pût être! Famille, honneur, religion, Héloïse a tout immolé à Abélard: elle a anéanti sa volonté dans la sienne; elle ne s’est rien réservé d'elle-même, rien que le droit de se faire toute à lui. Ce qu'une ‘instruction d’une profondeur et d’une étendue peu communes pour son siècle avait développé dans son âme d’élans généreux et de pieuses tendresses, s’est soudain converti en un sentiment unique. Elle aime Abélard, elle aime la créature, comme les grands saints aiment Dieu, d’un amour absolu, infini. Au moment de prendre le voile, la seule pensée qui l’eût pénétrée de douleur et, ajoute-t-elle, de honte, c’est qu’Abélard eût pu suspecter l'élan spontané de son immolation. « Moi qui sur un mot, Dieu le sait, » dit-elle 5, «t'aurais, sans hésiter, précédé ou suivi jusque dans les abîmes enflammés des enfers; car mon cœur n'était plus avec moi, mais avec toi et tout en toif » Et en effet, n’avait-elle pas accepté la plus cruelle de toutes les morts, l'oubli ? |
Par une interprétation plus déplorable, on a supposé qu’elle n’était pas restée étrangère aux désordres qui avaient motivé la dispersion du couvent d’Argenteuil#. Soutenir
4. Bayle, Dictionnaire philcsoph'que, articles Abailard et Hélvïse. Cf. D. Gervaise, la Vie d’Abeillard, préface. |