‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 17 sur 98 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

une telle conjecture, c’est ne rien connaître au cœur humain, c’est n'avoir rien compris de cette âme que, pendant plus de quarante ans, une seule passion, une seule image a possédée. À Argenteuil, comme plus tard au Paraclet, la vie d'Héloïse était austère et retirée. « Les évêques la chérissaient comme leur fille, les abbés comme leur sœur, les laïques comme leur mère,» dit, à la fin de la Lettre à un Ami !, Abélard si réservé jusque-là, si sec dans ses jugements; «tous admiraient sa piété, sa sagesse et son incomparable douceur de patience: moins elle se laissait voir, plus elle se renfermait dans son oratoire pour se livrer à ses méditations saintes et à ses prières, et plus on sollici- tait avec ardeur sa présence et les instructions de ses entretiens. »

Mais ce qu’il semble ne pas soupçonner, cecœur si haut était loin d’être calme; ces méditations saintes se perdaient en de profanes extases; cette sérénité apparente cachaït des transports désespérés. Héloïse va lui découvrir elle-même le fonds de son âme; et en présence d’une telle torture, ses sympathies se réveillant, ‘il reprendra enfin un rôle digne de son grand esprit. |

Il serait difficile de dire dans quelles circonstances et pour qui fut écrite la Lettre à un Ami. Ona pensé que la forme épistolaire du récit qu’Abélard y fait de ses propres épreuves n'était qu’un cadre, et le correspondant, un Philinte imaginaire?. Si rien n'autorise cette conjecture, rien ne la détruit absolument; et, à vrai dire, qu’elle soit ou non fondée, il importe peu. Il sérait plus intéressant de savoir com-

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