INTRODUCTION XXI
ment des mains de cet ami inconnu la lettre parvint entre celles d'Héloïse. C’est un hasard, dit-elle, qui me l’apporta. Ce hasard détermina une sorte d’explosion. Depuis douze ans, son cœur était comprimé dans le silence; il éclata.
La critique a, de tout temps, distingué deux parties dans les Lettres d'Héloise et d’Abélard, l’une composée des quatre premières lettres, qu’on appelle d'ordinaire assez improprement les lettres amoureuses; l’autre comprenant trois lettres et divers morceaux auxquels on peut donner le nom de icttres de direction. Les deux parties forment à nos yeux un ensemble inséparable; mais avec un fonds commun, elles présentent des phases diverses dont il est utile de marquer le mouvement, pour bien saisir la vie de l’œuvre entière et son admirable unité. |
La première partie est la seule qu’aient connue ou voulu connaître les traducteurs du dix-septième et du dix-huitiènie siècle; mais les imitations libres ont cela de bon, qu'elles servent à mieux faire sentir l'intervalle qui sépare les inventions de l’art des inspirations de la nature. Pour bien comprendre dans sa grandeur énergique Îa passion d’Héloïse, il n’est pas inutile de commencer par étudier l’image qu’en ont donnée Bussy-Rabutin, Pope et Colardeau. |
« En lisant l’histoire d'Héloïse et d’Abélard dans les lettres qu’ils se sont écrites, » dit Colardeau, « l'idée m'était venue de la mettre en vers; mais j'ai préféré le plan de.M. Pope qui, dans une seule lettre, a rassemblé les. principaux événements de la vie de ces deux infortunés. » Tel avait été également le plan de Bussy-Rabutin et de ses premiers imitateurs, bien qu’ils eussent marqué un peu plus les coupures entre les différents moments de la correspondance, Chez les uns comme chez les autres, les lettres d’Héloïse, tout à la fois si précises dans leur but et