‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 19 sur 98 · Lellres d'Héloïse à Abélard, Avertissement · texte numérisé non relu

Lellres d'Héloïse à Abélard, Avertissement

Xx11 INTRODUCTION

si diverses de mouvement et de ton, sont fondues en une sorte decomposition oratoire ou lyrique, mélange singulier d’images sensuelles, d'effets dramatiques et de lieux communs, sans réalité, sans vérité, sans objet.

Que se propose, en effet, l’Héloïse de Pope? Quel est le but de son épiître? Elle en appelle à l'avenir; digne fille du dix-huitième siècle, elle offre, pour ainsi dire, en sujet de concours aux Pope futurs son cœur et ses souffrances : au ‘plus sensible la palme! C’est sur la même pensée que conclut Colardeau, qui, « sans s’assujettir au sens littéral du poëte anglais, toute traduction servile étant, » à son sens, «froide et languissante, s’est attaché à rendre, autant qu’il a pu, les beautés de l'original ; » il veut que, passant au pied du monument qui enferme les restes d'Héloïse et d’Abélard, le voyageur s’écrie :

...... Ils s'aimèrent trop : ils furent malheureux; Gémissons sur leur tombe, et n’aimons pas comme eux 2.

Poussant plus librement encore Héloïse dans cette voie d’apologie, Bussy-Rabutin lui fait écrire résolûment : « Je suis décidée à publier en toutes les langues nos disgrâces, pour faire honte au siècle injuste qui ne nous a pas connus, Je n’épargnerai rien, puisque rien ne vous épargne, et je vous attirerai tant de pitié que l’on ne parlera plus de mon cher Abélard que la larme à l'œil ?. »

Ainsi comprises et ramenées à ce but, les lettres d'H6loïse, on le conçoit, ne sont plus qu’un thème de convention “où peuvent se jouer toutes les fantaisies du talent. Celui que Pope y a déployé est, au point de vuè littéraire, incontestablement supérieur. La prose de Bussy-Rabutin ne manque pas d'agrément dans son laisser-aller; et si, chez Colar-

1. Leitres d’Héloïse et w'Abélard, Avertissement, . 2. Golardeau, Épître.] 3. Lettres d'Héloïse à Abélard, 1,

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