INTRODUCTION XXII
deau, on reconnaît aisément, à plus d'une expression décolorée, le produit d’une imitation greffée sur uneimitation, ses vers néanmoins ont de l'élégance et du tour; toutefois ils sont l’un et l’autre aussi loin de Pope que Pope l’est lui-même du-texte latin. A ne considérer que les règles du genre, l’épitre du poëte anglais est un chefd'œuvre, et l’on ne s'étonne pas qu’en un temps où l'Art poétique de Boileau régnait encore souverainement sur les esprits, elle ait suffi à fonder sa réputation. On ne saurait imaginer rien de plus méthodique. Le poëme, car c'en est un, commence par un monologue dramatique suivi de l’invocation sacramentelle aux murs, aux autels, aux images, ‘aux statues du monastère; puis se succèdent les récits et les réflexions, les confessions et les lieux communs, les transports et les affaissements, tout cela dans un savant désordre où chaque partie a sa place calculée en vue de l'effet, chaque sentiment, son nombre de vers mesuré pour le ‘contraste ; vient ensuite une comparaison développée entre le calme pur de la vierge sage et les fiévreuses agitations de la vierge folle, comparaison brusquement interrompue par l'apparition d’un fantôme sortant, pour ainsi dire, d’un songe ; enfin, dernier tableau, le ciel s’entr’ouvrant, Abélard appelle Héloïse auprès de lui à la place qu’il lui a réservée à ses côtés. Habilement combinée î, cette suite de scènes laisse dans l’esprit quelques images saisissantes, et partout on y sent la vie de l’art; mais comment la vérité des sentiments, la seule qui puisse nous toucher aujour- * d’hui, y'est-elle adaptée?
*Le rapprochement est curieux à faire, sous ce rapport, entre Bussy-Rabutin et Pope. Le fonds de l’imitation chez l’épistolier et chez le poëte est le même, et l’on a plus d’une raison de penser que Pope, comme les autres, n’a travaillé
4, Voir M. Villemain, Tableau de la Litléralure française au xvux° siècle, 1; lecon vue, p,. 140,