XXIV INTRODUCTION
que d’après Bussy-Rabutin. Mais tandis que l’un s’abandonne au ton de la simplicité négligée, l’autre se tend jusqu’au lyrisme. On sent d'autant mieux, par le contraste, à quels écarts les imaginations les plus heureuses sont exposées, le champ de la fantaisie une fois ouvert. Leur premier mot est, aux extrêmes opposés, un égal contre-sens. Pope suppose qu'Héloïse a complétement oublié Abélard. « Quoi! aimerais-je encore? » se demandet-elle. Elle s'étonne qu’une lettre ait réveillé en elle quelque sentiment. Ce n’est qu'après une longue hésitation qu’elle semble se douter de la main qui l’a écrite, et elle se reproche de l’avoir devinée. « Nom cher et fatal, je ne veux plus te prononcer; ne passe plus ces lèvres... que ma main s’arrête... mais je viens de l'écrire, c’est à mes larmes à l’effacer. » A entendre Bussy-Rabutin, un commerce régulier de correspondance n’a jamais cessé d'exister entre elle et Abélard, et le courrier est là qui attend, pour la reprendre avec la réponse, l’épître qu’il vient de lui apporter. « J’aurais eu le plaisir de vous renvoyer votre lettre effacée par mes larmes, » lui dit-elle, «si l'on n’était venu un peu trop tôt me la demander... » En l’invitant à la réplique, chez Bussy-Rabutin; elle badine, elle se joue. « Si vous voulez attendre pour écrire que vous ayez des choses agréables à me mander, j'ai peur que vous n’attendiez trop longtemps. La fortune et la vertu s'accordent rarement. Donnez-moi donc le plaisir de recevoir de vos lettres, sans attendre un miracle de la fortune. C’est pour soulager les personnes enfermées comme moi que les lettres ont été inventées. Écrivez-moi sans application, avec négligence ; que votre cœur parle, et non votre esprit.» Une nuance de moins dans le goût et le tour du style, nous voilà dans la platitude. Les imitateurs à la suite n’y ont pas échappé.
Mais si mon fol amour exige trop de vous, Du moins, cher Abélard, du moins écrivez-nous,