INTRODUCTION | XXV
traduit M. de Beauctiampt, C'est avec une sorte d’emportement, au contraire, que, sous la plume de Pope, Héloïse réclame la même faveur. «Une lettre!» s’écrie-t-elle; «un soupir, par les lettres, passe de l’Inde jusqu'aux pôles. » À la scène de la prise de voile, scène si grande dans sa simplicité, telle qu'Abélard l’a reproduite lui-même ?, ils substituent, l’un, une invention de roman, l’autre, un tableau de drame. Au moment où s’accomplit le sacrifice, chez Pope, les autels tremblent, les lampes pâlissent. « En prononçant mes vœux, » dit Héloïse dans Bussy-Rabutin,
«j'avais sur moi un billet de vous par lequel vous me
juriez que vous seriez toujours à moi : » et aussi, sans
- doute, ce portrait qui lui servait « de consolation dans sa
prison monastique. » Par un étrange oubli de toutes les vraisemblances, ils lui font reprendre tous deux, chacun à sa manière, le récit de la mutilation d’Abélard. « Si j'avais été auprès de vous, quand on vous mit dans le triste état où vous êtes, je vous aurais défendu au péril de ma
vie; mais n’en parlons plus, » dit Bussy-Rabutin avec un
sans-façon qui, au milieu de cette émotion si saisissante, amène presque le sourire sur les lèvres, « Quelles hor-