XXVI INTRODUCTION
reurs se retracent tout à coup à mon imagination, à mes yeux ! » s’écrie tragiquement Pope. « Où était Héloïse dans ces affreux moments? Barbares, arrêtez. par pitié, par pudeur, cessez.... Mes sanglots redoublés et ma rougeur brûlante m'ôtent la force d'achever. » Suivant enfin tous les entraînements de leur imagination, ils poussent leur héroïne aux provocations les plus inouïes : « Je ne saurais plus vivre, si vous ne me dites que vous m’aimez. Le sacrement a rendu notre commerce hors de scandale; vous pouvez venir me voir sans danger,» avait écrit Bussy-Rabutin. « Viens donc, » dit Pope, « que ma tête se repose encore sur ton sein; que je boive à longs traits le délicieux "poison que j'ai pris dans tes yeux ; que je retrouve ce poison sur tes lèvres : donne ce qui est en ton pouvoir, et laisse-moi ‘imaginer le reste. » | On a beaucoup admiré la grâce lascive de ce dernier trait, et la traduction qu’en a faite Colardeaut a certainement contribué, pour une large part, au succès de son épître. Le trait cependant est faux, comme tous ceux qui précèdent. Contre-sens d'autant plus révoltants, que les lecteurs qui prennent une idée des choses par les quelques mots saillants que.tout le monde répète, et c’est le grand nombre, ont jugé par là de l’âme d'Héloïse. Les lettres d'Héloïse, est-il besoin de le dire? n’ont ni ces mignar=dises ni ces hardiesses d’impudeur. «Si l’on voulait apprécier la correspondance d’Abélard et d'Héloïse par les traductions qu’on en a données jusqu’à présent, » disait dom Gervaise?, « on ne pourrait les regarder que comme un commerce de galanterie … or, il n’y a pas plus d’éloignement entre le ciel et la terre qu’il n’y en a entre leurs lettres et ce que ces infidèles traductions leur font dire.» Dom Gervaise parlait en homme qui, du moins, avait vu les textes;
1, Convre-moi de baisers... je réverai le reste. 2. La Vie d'Abeillard, préface,