‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 25 sur 98 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

Loin, bien loin d'Héloïse, la préoccupation Aisérable de ce qu’un jour l'avenir pourra penser de ses infortunes! Le feu de la passion la dévore, jusqu’à lui faire oublier le soin de son salut. Une occasion inattendue s’est offerte de rentrer en rapport de pensée avec Abélard, de le revoir peut-être, elle la saisit. La réserve calculée des réponses qu’elle reçoit la pénètre de douleur, sans la décourager. Elle s’était flattée d’un retour d'affection; on ne lui renvoie que des conseils d’une haute raison, il suffit: Abélard a consenti, du moins, à entrer dans la voie d’une direction spirituelle; elle l’y retient, elle l’y engage; elle lui demande une Règle pour ses sœurs; elle l’intéresse à leurs occupations de chaque jour, à leurs moindres entretiens : lectures, prières, sermons, hymnes de fêtes, elle sollicite de lui tout ce qui doit contribuer à remplir leur solitude; elle en fait le secret témoin, l'arbitre suprême de leur vie. Tel cst le fonds solide des lettres d’Héloïse; telle est la communauté de sentiments qu’elle voudrait rétablir et perpétuer.

Et avec quelle grandeur d’éloquence elle la revendique et peu à peu la recouvre! Quels cris de douleur et de passion! Qui a lu la première de ses lettres, a-t-on dit excellemment! ne l’oubliera jamais. Certes, ce n’est pas elle que l'écriture d’Abélard a pu tromper; à la simplé suscription elle l’a reconnue, et elle a peine un moment à dominer son trouble. « Votre lettre, votre écriture... » dit-elle comme hésitante et ne sachant quel ton prendre, après tant d'années de silence; mais bientôt revenue à elle-même, tout son cœur éclate et se fond: « Oui, c'est bien là le tableau de tes épreuves sans merci ni : trêve, Ô mon bien suprême ; » et elle en analyse fidèlement le récit, « plein de fiel et d’absinthe, » comme pour le

1, M. de Rémusat, I, 1. p. 141. :

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