XXXVI INTRODUCTION
Notre unique prétention est de relever, dans cette seconde phase de la correspondance d’Abélard et d'Héloïse, comme nous l'avons fait pour la première, ce qui peut préparer à en comprendre et à en goûter l'esprit.
. Si les lettres qui se rapportent à cette phase nouvelle diffèrent essentiellement des précédentes par les matières qui en sont le sujet, elles participent au fond du même sentiment, de la. même vie; elles en sont la suite naturelle et le couronnement. Toutefois, le premier effet qu’on éprouve en les abordant est celui d’un saisissant contraste.
Héloïse se tient parole. Autant le ton de ses réponses jusque-là était vif, pressant, tumultueux, autant il devient grave et recueilli. Il semble qu'aux sourds grondements d’une nuit de tempête ait succédé le calme d’une aube pure. En se soumettant, elle avait demandé à Abélard, tant en son nom qu'au nom de ses compagnes, une histoire de l’erigine des ordres de religieuses et une Règle pour Je Paraclet. Allant elle-même au-devant des prescriptions qu’elle sollicite, elle. développe ses idées personnelles sur les fondements de la discipline monacale, tels qu'elle en comprend l'application à des femmes, et sa haute raison.se déploie dans cet exposé de principes avec une remarquable sérénité. Elle ne se fait pas illusion sur les faiblesses et les désordres de son temps; elle sait que, «sil'on se précipite dans la vie monastique, on y vit plus irrégulièrement encore d'ordinaire qu’on n’y est entré, et qu’on y brave la règle d’autant plus facilement qu’on l’a acceptée sans la connaître ?. » D'autre part, clle se refuse à attacher une importance souveraine aux pratiques extérieures. « Communes aux réprouvés et aux | péniients, aux hypocrites et aux vrais dévots, » dit-elle,
Jeloë a, 1793; Fessler, Abælard and Helvisa, 1808; Moriz a Abaelard und Ileloise, 1844; Feuerbach 4 baelard und Heloise, 1844; Gallia Christiana, t. xu; Col, 567 et seq.; Brucker, Hist. crit. phil. IL, p. 755, etc.