‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 33 sur 98 · INTRODUCTION . XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION . XXXVII

« elles ne peuvent avoir qu'un médiocre mérite aux yeux de Dieu, et ne sauraient être une préparation à entrer dans son royaume.! » C’est l'intention, non l'acte, qu’elle veut que l’on considère. Aussi n'est-elle point d’avis qu’on pousse aucune observance à l'extrême rigueur. Le monde ayant vieilli, les règles ont été adoucies pour les hommes: à plus forte raison, doivent-elles l'être à l'égard des ” femmes, pour qui elles n’ont pas été faites? Les travaux manuels, par exemple, ne sont-ils pas en désaccord avec la faiblesse de leur sexe? L'idéal qu’Héloïse se fait de la vie religieuse est à la fois élevé et doux. Des vœux modestes, la volonté de s’y tenir, et, s’il se peut, d'y ajouter par une progression réfléchie d’humilité, de sagesse, d’obéissance, par-dessus tout, l’accomplissement des préceptes del'Évangile : voilà les bases du Règlement qu’elle propose?. Elle’ le résume, avec une précision heureuse, cn ces termes : « Quiconque ajoutera la continence aux vertus de l’Évangile réalisera la perfection monastique. Plût à Dieu que notre profession nous élevât jusqu’à atteindre la hauteur de l'Évangile sans prétendre la dépasser! n’ayons pas l'ambition d’être plus que chrétiennes $. »

A ces observations judicieuses, Abélard a reconnu l’esprit de sa doctrine, le fruit de ses leçons. Il y répond en les fortifiant de nouveaux arguments. Il n’admet aucune infériorité de sexe au détriment des femmes, et pour en convaincre Héloïse, il fait remonter à Jésus- Christ l'institution des congrégations de religieuses; il ne craint même pas d'aller rechercher jusque chez les vierges du paganisme l’exemple anticipé des vertus chrétiennes *. Ce n’est point une raison, toutefois, à son sens, pour imposer aux femmes les mêmes devoirs qu'aux

. Leltres, vi, p. 193, cf. 11, p. 96.

Id., 1bid., p. 186.

. Id, Ibid., p. 182,

. Id, NI, p. 278, 281, etc.

XXXVIII INTRODUCYION

hommes. Il entend que le fardeau soit mesuré aux forces, à la condition que, pour tout le monde, l'effort soit en proportion des moyens. La continence, la pauvreté, le silence, sont les trois règles de profession monacale qu’il établit comme les obligations communes à l’un et à l’autre sexe. Mais pour l’un comme pour l’autre sexe, il ne veut que Jl’utile et le possible : ni superflu, ni privations ; point de travaux excessifs, point d'oisiveté énervante : le corps allègre, l’âme saine, le cœur pur et haut ; car Dieu regarde plutôt les cœurs que les œuvresi, A ces enseignements généraux, il ajoute des recommandations spéciales sur le rôle qui convient à l’abbesse, à la tourière, aux diverses dignitaires ou officières du couvent; il passe en revue chaque emploi et en détermine le caractère. Puis de ces détails remontant bientôt aux principes dont la pensée le domine, il conclut en demandant, entre toutes choses, que, par l'étude approfondie, la méditation raisonnée des saintes Écritures, on combatte l'ignorance, ce fléau de la vie monastique et de la religion. | Ces instructions, dont nous retrouvons l'application fidèle dansla Régle attribuée à Héloïse?, sont, peu après, suivies d’un recueil d’hymnes et d’un choix de sermons pour toutes les grandes fêtes de l’année. Les cadres de la vie du Paraclet ainsi tracés, pour ainsi dire, Abélard revient au moyen de direction sur lequel il fait le plus de fond, à savoir la culture des lettres. Il y compte pour empêcher que, « tandis que les mains sont occupées, le cœur ne s'échappe, et, infidèle 4 son céleste époux, ne s’abandonne au commerce impur du siècle 5. » Il se fait gloire d’ailleurs de pousser ses filles dans les études qui peuvent contribüer à « régénérer la connaissance abâtardie de l’Écriture, et à tirer le monde, par le zèle des femmes, des

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