INTRODUCTION XXXIX
ténèbres où l'incurie des hommes l’a fait tomber1.» Comme autrefois S. Jérôme à l'égard de Marcelle et de Paule, il les invite à s’attacher au texte même de l'Évangile, en répudiant toutes les traductions. « Heureuse, » dit-il, « l’âme qui, méditant nuit et jour sur la loi du Seigneur, étanche sa soif à la source même comme à une eau limpide, et ne s'expose pas, puisant un breuvage troublé au lieu d’un breuvage pur, à rejeter de dégoût ce qu'elle a pris? »
« Sensibles à ces avis, » répond aussitôt Héloïse, « et en cela, comme en tout le reste, faisant de notre mieux pour accomplir envers toi les devoirs de l’obéissance, nous avons été saisies, nos sœurs et moi, d’un ardent amour de la science des Écritures; suivant ta recommandation, nous avons travaillé à en approfondir le sens; mais souvent des obscurités nous arrêtent, et nous venons, comme des disciples à leur maître, comme des filles à leur père, te demander des éclaircissements#. » Ainsi s'engage un échange de questions et de réponses : questions simples, précises, parfois embarrassantes par leur netteté même et qui témoignent d’une lecture aussi attentive qu'intelligente ; réponses étendues, raisannées, érudites, plus subtiles en général que concluantes, mais pour lesquelles Abélard ne ménage ni son savoir ni son esprit *.
Ce n'étaient donc pas seulement ses principes qui présidaient à l’ordre général du Paraclet; sa pensée en inspirait, en réglait incessamment la pensée. Et qui ne sent que, dans ce commerce de direction souveraine et de subordination absolue, Héloïse et Abélard trouvaient, tous deux, autre chose qu’une pure satisfaction de savoir, d’intelligence et de raison?
14. Lettre aux vierges du Paraclet sur l'étude des lettres, p. 51. - Id., ibid. Cf, p. 50%
. Lettre d'Héloise, p. 515.
. Problèmes et réponses, p. 513 et suiv.