‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 35 sur 98 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

Fidèle à l'engagement qu’elle a pris vis-à-vis d’ellemême, Héloïse « a fait rentrer son cœur dans le silence ». Depuis qu’elle a promis de se contraindre, nous n'avons plus de sa main que la lettre où elle expose ses principes au sujet du gouvernement du Paraclet, et quelques lignes de billets d'envoi. Mais « lorsque la passion nous presse, qui pourrait toujours en maîtriser les impulsions 1? » Flamme recouverte, non éteinte, le feu qui la consume éclate, le sentiment qui la possède se fait jour, ici par. des exagérations de défiance d'elle-même, là, par des cffusions d’obéissance, ailleurs, par la vigueur d’une sim-. ple expression, où elle a fait passer soudain et concentré, pour ainsi dire, toutes les forces de son âme, ailleurs enfin, par des explosions de tendresse qu’elle arrête aussitôt, mais qu’elle n’a pu contenir. « O maître cher à tant de cœurs, mais à nul plus qu’au nôtre,» s’écriet-elle ?, « c’est toi qui as réuni dans ce temple, qui est tien, les servantes du Christ, tes filles spirituelles ; c'est toi qui les as soumises au joug du Seigneur; toi qui nous as pressées de nous appliquer à l'intelligence de la parole divine, toi qui t’es chargé de la direction de nos études et de nos vertus... ; » peu s'en faut qu’elle n’ait ajouté, appliquant la parole de saint Paul : « En toi nous existons, nous vivons, et nous sommes. » Elle n’oserait plus réclamer, mais elle implore, et sa prière est d'autant plus pénétrante qu’elle est plus contenue.

Abélard qu'une soumission si discrète a fini par émouvoir, ne se refuse pas à s’en montrer touché. Ce rôle tout spirituel de directeur de conscience le met à l’aise, ct à mesure qu'il s’y engage, sa sympathie se marque plus sensiblement. Si ses instructions intéressent toutes ses filles du Paraclet, c’est toujours à Héloïse particulièrement qu’il s'adresse, à sa sœur jadis si chère dans le siècle, plus

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