‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 60 sur 98 · RE NS · texte numérisé non relu

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drai le mal pour le mal; altends le Seigneur, et il te délivrera.

Lorsque ton ennemi aura succombé, ne le réjouis pas: que ton cœur ne tressaille pas de joie à la vue de sa ruine, dans la crainte que le Seigneur ne le voie, qu’il n’en soit affligé et qu'il n’écarte de lui sa colère. Ne dis pas : « comme il m’a fait, je lui ferai; je rendrai à chacun selon ses œuvres. » Et encore : « si ton ennemi a faim, nourris-le; s’il a soif, donne-lui à boire, autrement tu amasseras des charbons ardents sur sa tête, et le Seigneur te les rendra. » Et le bienheureux Job : « c’est que je me suis réjoui de la ruine de celui qui me haïssait, et que j'ai itriomphé de le voir tombé dans le malheur. Je ne lui ai pas donné mon cœur pour pécher, je n’ai pas été chercher son âme pour la maudire. »

Donc la Loi ne prescrivait ni n’accordait de haïr ses ennemis : c'est là, je le répète, le fait de la tradition humaine, non des préceptes divins. Quand donc Notre-Seïgneur dit : « plus que celle des scribes et des pharisiens, » cela ne veut pas dire plus que la Loi; nous ne sommes nullement obligés par là de reconnaître que le Seigneur établit la supériorité de l’Évangile sur l’imperfection de la Loi. Mais nousnemaintenons pas moins

dicas : reddam malum pro malo; expecta Dominum, êt liberabat te. » Quum ceciderit inimicus tuus, ne gaudeas, et in ruina ejus ne exultet cor tunm : ne forte videat Dominus, et displiceat ei, et anferat ab eo iram suam. Ne dicas : quomodo fecit mihi, sic faciam ci, reddam unicnique secundum opns suum. » Item : « si esurierit inimicus tuns, ciba illum : si sitieri:, da ei aquam bibere, Prunas enim congregabis super caput ejus, et Dominus reddet tibi. » Et beatus Job : « si gavisus sum, inquit, ad ruinam ejus, qui me oderat, et exultavi, quod invenisset eum malum. Non enim dedi ad peccandum guttur meum, nt expeterem maledicens animam ejus. » Non crgo antiquis hoc jussum vel concessum fuit in lege, ut odio haberent inimicum, sed magis, ut dictum est, in traditionibus hominnm, quam in præceptis Dei habebatur. Quum ergo dicit Dominus : « plus quam scribarum et pharisæorum, » non plus qnam legis: nequaquam hinc cogimur fateri Dominum hanc abundantiam Evangelii præfèrre imperfectioni legis. Non tamen ideo minus concedimns legem in præ-

que la Loi était imparfaite dans ses préceptes et qu'il fallait que l'Évangile la remplaçât; l’Apôtre, je le répète, le déclare formellement. Le commandement de l'amour du prochain" ne pouvait être parfait avant l'arrivée du Christ; il fallait qu'il vint, et que se faisant notre prochain en prenant notre corps, non moins qu'en nous témoignant son amour, il lui donnât sa perfection; en sorte que chacun, l'aimant dès lors comme son prochain, il devint parfait par cet amour. Ainsi, au même riche qui lui demande quel est son prochain, il répond sous forme de parabole, en lui donnant à entendre que son prochain est représenté par le Samaritain qui eut compassion du blessé, et que le riche luimême, en suivant sa compassion, reconnut comme son véritable prochain.

Qu'il y ait donc dans la Loi : « tu aimeras ton ami, vou « ton prochain, » ce mot employé dans un sens tel que nous reconnaissions comme prochain celui qui nous est uni par un lien de parenté ou d'amour, personne ne peut plus justement que le Christ être appelé notre prochain. Car c’est en lui qu'a été rendu parfait l'amour du prochain, imparfait jusque-là et tout le temps que la Loi, qui dura jusqu'à Jean, conserva sa force et son em-

ceptis suis ita imperfectam fuisse, ut ei necessarium esset Evangelinm succedere : sicut et Apostolus, ut supra meminimus, patenter profitetur. Sed nec præceptum de dilectione proximi, ante adventum Ghristi perfectunm esse potuit, quod ipse veniens, et proximus noster factus, tam susceptione carnis, quam exhibitione dilectionis, perfectum fecit : ut jam quilibet eum tanquam proximum diligens, ex hac perfectus dilectione fiat. Unde et eidem diviti requirenti quis esset proximus ejus, paraholice respondens, se illum proximum esse significavit, quem ille Samaritanus expressit, qui vulnerati misertus est : et qnem ex affectu compassionis ipse quoque dives vere proximum fuisse professus est. Sive ergo in lege habeatur : « diliges amicum tunm, » sive « proximum, » ut eum videlicet ibi proximum intelligamus, qui vel cognntione, vel amore est nobis conjunctus : nemo rectins proximus noster, quam Chrisius est dicendus, ut in eo nunc dilectio proximi perfecta sit facta, quæ antea fuerat imperfecta, quamdiu videlicet statum suum lex habuerit, quæ usque ad Joannem vigorem

pire. Bien qu'imparfaite, tant qu’elle dut être appelée la Loi, il fallait lui obéir en tout; mais elle fut rejetée pour cette imperfection même, et remplacée par la perfection de la loi évangélique, où tout ce qui est nécessaire est indiqué en termes propres, non sous forme de parabole. Car, si rigoureusement qu'on presse la lettre de la Loi, d’après le texte dunné au seul peuple des Juifs, on ne peut entendre par le prochain que le prochain des Juifs.

Le commandement du Christ sur l’amour du prochain ne peut donc concerner un autre peuple que les Juifs, puisque les Juifs étaient les seuls qui fussent sournis à l'empire de la Loi. L’Évangile doit donc nécessairement remplacer la Loi, comme une loi générale et par laquelle tous les hommes peuvent se sauver.

Ainsi, c'est au prochain dont je viens de parler, c’està-dire au Christ, que l’Apôtre fait allusion, quand, après avoir dit : « celui qui aime son prochain accomplit la Loi, » il ajoule immédiatement comme confirmation : « car tu ne forniqueras pas, {u ne tueras pas... » En effet, si le Juif le comprend parmi ses prochains et l’aime, suivant le précepte : « si quelqu'un

suum custodivit. Prius ergo imperfecta, quamdiu lex proprie fuit dicenda, ut ei obediendum esset per omnia : pro hac ipsa imperfectione sui reprobata est, evangelicæ doctrinæ superveuiente perfectione, ubi quidquid est necessarium, liquide magis quam parabolice est expressum. Nam etsi diligenter legis litteræ insistamus, quo soli populo Judæorum data est, nequaquam proximus nisi eorum est intelligendus. Unde nec per Christum illud præceptum de dilectione proximi, ad alios pertinere videtur, quum ipsi soli sub lege continerentur. Quapropter necessario succedere legi Evaugelium debuit, omnibus generaliter injunctum, ut omnes debeant salvari per ipsum. Ad prædictum itaque proximuum, id est Christum Apostolus respexit, quum eo præmisso: « qui diligit proximum, legem implevit; » statim hoc tanquam pro probatione adjunxit : « nam non adulterabis, non occides, ete. » Si enim Judæus hunc inter proximos suos comprehensum diligat, sicnt ipse ait: « si quis diligit me, mandata

m'aime, il accomplit ma Loi,» il ne commettra plus ni adultère, ni homicide, il évitera tous les autres péchés qui sont indiqués dans Ja Loi, et accomplira tous ses préceptes.

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