‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 62 sur 98 · DIX-HUITIÈME QUESTION D’HÉLOISE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME QUESTION D’HÉLOISE

Que signifient ces mots dans le même évangéliste : « ne dites point avec inquiétude : que mangerons-nous? » Et ailleurs : « ne prenez pas inquiétude du lendemain; demain s’inquiètera de lui-même ; à chaque jour suffit son tourment?» Y a-t-il là quelque interdiction d’avoir la prévoyance de l'avenir? Dieu ne prévient-il pas celui qui veut bâtir une tour de songer à la dépense ? Et PApôtre ne dit-il pas : « celui qui commande est dans le souci ; » comme il faisait lui-même quand il disait : « mon inquiétude incessante, c’est l'avenir de toutes les églises. »

Réponse d'Abélard. | Dee

. Notre-Seigrieur dit que tout souci de l'avenir est superflu, en ce sens que pour préparer certaines choses, on en néglige quelque-

uxori ? noli quærere solutionem. » Persuasio vero consilii, quum statim supponitur: « solutus es ab uxore ? noli quærere uxorem. »

PROBLEMA HELOISSÆ XVII,

Quid est in eodem evangelista : « nolite solliciti esse dicentes : quid manducabimus ? » Et rursum : « nolite solliciti esse in crastinum. Crastinus enim dies sollicitus erit sibi ipsi. Sufficit enim diei malitia sua. » Nunquid enim providentiam prohibet futurorum? Nunquid et ipse Dominus eum qui turrem vult ædificare, de sumptibus cogitare admonet ? Et Apostolus : « qui præest, inquit, in sollicitudine ; » sicut et ipse faciebat , de seipso dicens: « instantia mea quotidiana, sollicitado omnium ecclesiarum. »

Solutio Abelardi.

Sollicitundinem proprie Dominus dicit superfluam curam de futuris, quando

fois de plus nécessaires. Bar exemple, omettre, pour préparer le repas du lendemain, de prier Dieu que son règne arrive, c’est faire que le péché, et non Dieu, règne en nous. Quand il parle des soucis du lendemain, c'est comme s’il disait : ne vous affligez pas de soins superflus pour l'avenir, avant que l'avenir vienne : quand il sera venu, il apportera par lui-même assez d'inquiétude à ceux qui n’ont pas confiance en Dieu pour le nécessaire et ne réfléchissent pas à ce mot du prophète : « remettez-vous de vos inquiétudes au Seigneur, et il vous nourrira. » « À chaque jour suflit, etc. » Cela veut dire qu'à chaque moment de la vie suffit le tourment que nous apporte le soin superflu des choses de ce monde, lequel nous fait oublier le soin de l'éternité,

Quant à l'inquiétude du bien ou de ce qui touche à la vie éternelle, l’Apôtre l'appelle prévoyance, c'est-à-dire souci raisonnable de l'avenir ou pour l'avenir : c'est le cas où nous pourvoyons au temporel en vue de l'éternel, en sorte que l’un soit comme le viatique, qui nous soutienne et nous mène à l’autre.

videlicet pro aliquibus præparandis, magis necessaria dimittuptur : ut si pro apparatu crastinorum ciborum, prætermittamus orando quærere a Deo regnum suum, hoc est tales nos facere, ut in nobis ipse, non peccatum regnet. Crastinus enim ut tanquam si diceret : re affligatis vos superfluis curis, pro tempore futuro, antequam veniat : quia quum ipsum venerit, satis sollicitudinis afferet ex se ipso, illis, qui de necessariis minus in Domino coufiäunt, non attendentes illud prophetæ: « Jacta super Dominum curam tuam, et ipse te enutriet. » « Sufficit enim diei, etc. » hoc est, unicuique tempori vitæ hujus ærumuosæ saæ sollicitudinis pœna sufficere debet, quam videlicet affert nobis ex superfluis curis pro temporalibus, dum pro his æternorum obliviscimur. Sollicitudinem vero in hono, vel in his, quæ ad æternan pertinent vitam, dicit Apostolus providentiam, hoc est, rationabilem de futuris, vel pro futuris curam: si videlicet temporalia provideamus propter æterna, ut his sustententur quodam viatico uecessario qui ad illa festinant.

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