‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 67 sur 98 · VINGT-QUATRIÈME QUESTION D’HÉLOISE · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME QUESTION D’HÉLOISE

Quel est le sens de cette parole de Notre-Seigneur : «ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, mais ce qui en sort?» Est-ce que celui qui mange du produit d’un vol ou d'une chose qu'il croit défendue bien qu’elle soit permise, ou qui reçoit l’Eucharistie dans des conditions indignes, n'encourt pas la tache du péché? L’Apôtre dit de certains Juifs convertis et qui, suivant la Loi, distinguent encore certains aliments comme immondes-: « celui qui distingue entre les aliments est

quum omnes diligere præcipiamur, nec ipsum etiam, qui nos diligit, Denm, sicut ipsemet ait: « ego diligentem me diligo,» quem potius propter ipsum, quia summe bonus est, quam quod nobis ulilis est, summo amore debemus diligere. Hæc est ordinata caritas, ut unumquemque, prout melior ac dignior est, ob hoc amplius diligimus; hoc est, ut ei melius sit desideremus. sicut et justum est.

PROBLEMA HELOISSÆ XXIV.

Quomodo dicit Dominus : « non quod intrat in os coinquinat hominem, sed quod procedit ex ore? « Nunquid qui comedit de rapina, vel quod illicitum credit, etsi licitum sit, vel qui sacrificium indigne accipit, ex his peccati maculam non incurrit? Dicit Apostolus de quibusdam Judæis ad fidem conversis, et adhuc propter legem quosdam cibos ab aliis discernentibus, tanqnam immundos; dicit, inquam : « qui antem discernit, si manducaverit, damnatns est, quia

condamné, parce qu'il ne mange pas selon la foi : or, tout ce qu'on ne fait pas selon la foi est un péché. » 11 dit encore de ceux qui, par respect pour une idole, se nourrissaient des viandes offertes aux idoles : « quelques-uns, par respect pour les idoles, mangent les chairs consacrées aux idoles, et leur conscience en est atteinte et souillée. » Comment donc Notre-Seigneur dit-il que ce qui suuille l'homme, ce n'est pas ce qui entre dans sa bouche, mais ce qui en sort?

Réponse d'Abélard.

Ce passage est un de ceux où Notre-Seigneur définit le micux ce qu’il faut entendre par péché, et les reproches qu'il adresse aux Juifs sont pour nous une lumière. Les Juifs, en effet, plus attentifs aux œuvres qu'aux sentiments distinguent le bien du mal, plutôt par les actes que par les intentions. Or, Notre-Seigneur, qui ramène tout aux intentions, déclare que l’homme doit être condamné plutôt d'après ce qui est dans son cœur que d'après ce qui se montre dans ses actes. L'âme, à ses yeux, ne peut être

non 2x fide. Omne autem quod non ex fide, peccatnm est. » Dicit et de his, qui pro reverentia idoli vescebautur idolothytis : « quidam usque nunc conscientia idoli, quasi idolothytum manducunt, et conscientia ipsornm quum sit infiima polluitur. » Quomodo ergo nune dicit Dominus, quia « quod in os intrat non coinquinat hominem, sed magis quod de ore procedit” »

Solutio Abælardi.

Ex hoc loco præcipue in quo sit peccatum accipiendum Doniinns diligerter distinxit, et Judæos redarguens super hoc, nos instruxit. Illi quippe ad opera magis quam ad animum respicientes, ex hi:, quæ fiunt exterius, magis ex hoc, quod in mente habetur, tam bona, quam mala dijudicant. Dominus vero ad intentionem cuncta reducens, ex his potius, quæ in corde sunt, quam ex his qua apparent in opere, damnari hominem censet : nec animam pollui judicat, nis

souillée que par ce qui est en elle, par ce qui la touche, en sorte qu’au regard de Dieu il y a des taches spirituelles pour les âmes, comme il y a des souillures corporelles pour les corps. Conséquemment, ce qu’il dit : « ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l’homme, » signifie : ce qui sort de la bouche sort du cœur, et voilà cé qui souille l’homme. Du cœur, en effet, sortent les pensées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes ; « et voilà ce qui souille l’homme; mais de manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » En d’autres termes clairs : les souillures corporelles des mains ne touchent pas l’âme, elles ne peuvent lui imprimer la tache du péché. Les pensées qui souillent sortent du cœur, puisque pour mettre à exécution une pensée il faut le consentement du cœur. Or, où il n’y a pas intelligence, il ne peut y avoir consentement. Ainsi est-il des enfants et des idiots : lorsqu'ils ne font pas ce qu’ils doivent, on ne peut leur imputer aucun péché. Le Seigneur n’appelle donc homicide, adultère ou péché quelconque que ce qui sort du cœur, c'est-à-dire que ce que nous connaissons comme illicite, et ce à quoi nous nous portons

ex his, quæ in ea sunt, et ipsam contingnnt, ut sint animarum maculæ spiritales, sicut corporum sunt sordes corporales, Unde et consequenter exponens qnod dixerat, « sed quod procedit ex ore, hoc coinquinat hominem, » ait : e« quæ autem procedunt ex ore de corde exeunt : et ea coinquinant hominem. De corde enim exeunt cogitationes malt, homicidia, adulteria, fornicationes, furta, falsa testimonia, blasphemiæ. Hæc sunt, quæ coinquinant hominem. Non lotis manibus manducare non coinquinat hominem. » Ac si aperte dicat : sordes manuum corporales animam non attiagunt, ut eam polluere peccato possint. Cogitationes quæ inquinant de corde exeunt, quum ad hoc perpetrandum consentimus, quod cogitavimus. Ubi autem non est sensus, non potest esse consensus, sicut in parvulis, aut stultis : qui si faciunt quod non debent, nuflum-in hoc eis peccatum imputator; nec homicidium, vel adulterium, nec aliquod peccatum Dominus dicit, nisi quod ex corde procedit, hoc est, nisi quom hæcillicita re-

d’un plein consentement. De même donc que les pensées sortent du cœur, lorsque par le consentement elles vont à l’action, ainsi nous apprend-il que l’homicide, l’adultère et les autres péchés sortent du cœur, et qu'ils ne sont péchés qu'après avoir été dans le cœur par le consentement, avant de se témoigner dans l'acte. En effet, quant on consent à faire ce qu'on sait ne devoir as faire, le consentement est proprement le péché, et par cêla seul on est, aux yeux de Dieu, homicide et adultère. Aussi la Vérité dit-elle : « celui qui voit une femme et la désire, » c’està-dire, celui: qui, en voyant une femme, vient à la désirer en s’'abandonnant à ce désir, « celui-là est, par cela seul, adultère dans son cœur ; » c'est-à-dire celui-là a accompli le péché dans son cœur, bien qu'il ne l'ait pas consommé dans l’acte. Quand donc nous prenons à tort quelque chose pour le manger, sachant que c'est un aliment défendu, ce n’est pas cet aliment qui souille l'âme en entrant dans la beuche; avant qu'il n’y entrât, la résolution avait commis la faute : peu importe, pour le péché ce que la bouche reçoit ; ce qui importe, c’est ce que ous avons résolu de prendre.

cognoscimus, ad quæ nos inclinat consensus. Sicnt ergo cogitationes exeunt de corde, quum per consensum ad opera tendunt, ita homicidium, et adulterium et cætera peccata de corde docet exire, nec alifpr peccata esse, nisi per consensum prius fuerint in corde, quam exhiheantur in opere. Postquam enim his agendis, quæ scit sibi non licere, aliqnis consentit, is consensus proprie peccatum dicitur, et homicida seu mœæchus ex hoc uno apud Deum tenetur. Unde et Veritas ipsa : Qui viderit, inquit, « mulierem ad concupiscendum eam, » hoc est, qui, inspecta illa, venerit ad concupiscentiæ consensnm, « jam mœæchatus est eam in corde suo, » hoc est, peccatum habet in animu perfectum, etsi nondum sit in opere consummatum. Quum aliquid mandncandum male sumimus, quia hoc nobis illicitum credimus, nequaquam cibus ille, qui in os intrat, animam polluit : sed jam hoc fecerat præcedens conscientia nostra, nec quidquam

ad peccatum refert, quod nunc ore sumimus, sed quod ad sumendum consenseramns,.

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