Élégie, I
x INTRODUCTION
d’ailleurs il avait ravi l’amour d’Héloïse, il avait lui-même un instant tout sacrifié, travaux, leçons, renommée. Mais ici le fond de son caractère va tristement se montrer.
La fuite d'Héloïse avait rendu Fulbert comme fou. On doit croire Abélard, quand il dit qu’une telle douleur l'avait touché de pitié. Mais ce qui l’émeut davantage, c’est que toute tranquillité d'esprit, toute sécurité même lui était désormais interdite. Il n'était piéges, embüches, que, dans son désespoir et sa honte, Fulbert ne méditàt. Comme les esprits faibles, le vieillard était passé de l’aveuglement à la violence. Une seule pensée arrêtait sa main : la
crainte d'appeler les représailles, en Bretagne, sur la tête de
sa nièce bien-aimée. L’humeur d’Abélard ne pouvait longtemps se soumettre à cette sourde menace. En toute chose, la prolongation de la lutte, son but atteint, lui était insupportable. C'était un homme d’offensive et d'attaque, non de résistance. Il est clair d'ailleurs que, dès cette époque, sa passion commençait à se refroidir, et qu’il avait hâte de reprendre librement sa vie d'étude, de dispute et d'enseignement.
C'est dans ces dispositions d'esprit qu’il se détermina à offrir à Fulbert la réparation qui lui était due. Mais, par un singulier renversement des rôles, 1l se présente en victime. Ce qu'il à fait, dit-il, ne surprendra aucun de ceux qui ont éprouvé la violence de l’amour : on sait dans quels abîmes les femmes ont, de tout temps, entraîné les plus grands hommes. Toutefois il consentira à épouser celle qu'il a séduite, pourvu que sa réputation n’en souffre pas, c'est-à-dire, à la condition que le mariage restera secret 1, Étrange infatuation de l’orgueil : douzé années d'épreuves nouvelles et la pensée de la complète abnégation d’'Héloïse n'amènent même pas sous sa plume, au souvenir d’un tel calcul, une expression de regret! Loin de là, etcomme pour