INTRODUCTION | XL
mieux faire mesurer la grandeur du sacrifice qu’il s’imposait, il analyse longuement les objections que, dans l'ivresse du dévouement le plus tendre, Héloïse élevait contre son dessein. Les événements qui en suivirent la réalisation achèvent de mettre son cœur à nu.
Accomplie contrairement à l’héroïque opposition d'Héloïse, leur union avait été bientôt connue de tous, malgré ses dénégations fidèles. Furieux, Abélard l'avait conduite et enfermée à l’abbaye d'Argenteuil. A cette nouvelle, Fulbert, croyant qu'il voulait se débarrasser d'elle, avait perdu toute mesure. On sait sa cruelle et indigne vengeance; rien ne saurait l'excuser. Mais comment excuser Abélard lui-même? Ce qui domine dans le souvenir qu’il nous retrace de ses souffrances, c'est le sentiment de la blessure faite à son orgueil, la confusion de sa chute profonde, la dégradation à laquelle l'a voué l'attentat de Fulbert, le désespoir de sa carrière rompue dans l’Église comme dans le siècle, la pensée du cloître, la seule perspective qui lui restât ouverte, Quant à Héloïse qui, oubliant sa propre douleur, succombait sous le poids de celle dont elle s’attribuait la cause, il ne semble s’en souvenir que pour la contraindre durement à embrasser avec lui, et, — impitoyable témoignage de défiance, — avant lui, la profession monastique f.
Plus de douze ans se passent alors, douze ans d'indifférence, sinon d’oubli. La passion de la lutte l'avait ressaisi tout entier, Guillaume de Champeaux et Anselme de Laon étaient morts. Deux de ses disciples, Albéric et Lotulfe, avaient la prétention de se porter leurs seuls héritiers. Impatient de toute supériorité, incapable de “repos, Abélard était rentré dans la lice où il devait bientôt trouver les deux plus redoutables adversaires du siècle,