VINGT-HUITIÈME QUESTION D'HÉLOISE
Extrait de la première lettre de Paul aux habitants de Thessalonique : « le Dieu de paix vous sanctilie en tout, en sorte que votre esprit et votre âme soient conservés purs, et votre corps sans souillure, à l’arrivée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, » Qu'est-ce que l’esprit et l'âme? L'âme n'est-elle pas l'esprit, ou y a-t-il deux esprits dans un homme?
Réponse d'Abélard,
L'Apôtre dit, dans ce passage, l'esprit pour la raison, c’està-dire pour la partie intelligente de l’âme, comme lorsqu'il dit ailleurs : « Pesprit contre la chair. » Ces mots : « que
Solutio Abælardi.
[ta in reprobum sensum tradatur, ut magis eligat orare nociva, quam pro fulura, et obtinere precibus ea, quæ ad peccatum magis pertrahant, quam ad salulem pcrducant.
PROBLEMA HELOISSÆ XXVIII.
Ex epistola prima Pauli ad Thessalonicenses : « Ipse autem Deus pacis sanctificat vos per omuia, ut integer spiritus vester, et anima, et corpus sine querela in adventu Domini nostri Jesu Ghristi servetur. » Quid est spiritns et anima, tanquam anima non sit spiritus, aut duo spiritus sint in uno ho-
mine ?
Solutio Abxlardi.
Spiritum pro ratione, hoc est animi discretione hoc loco pouit Apostolus, sicut et ibi « spiritus adversus carnem. » Tale est ergo, integer sit spiritus
REPONSES D'ABÉELARD 613
votre esprit soit pur, » veulent donc dire : que votre raison soit si parfaite et si incorruptible qu’elle ne soit entrainée hors des voies de la vérité par aucune erreur. Par âme il entend la volonté, comme dans ce passage : « celui qui aime son âme la perdra, » c’est-à-dire, celui qui suit sa volonté sera dans la suite privé de sa volonté, en ce sens que celui qui aura accompli sa volonté n’aura plus dans l'avenir à quoi appliquer sa volonté. Notre âme, c’est-à-dire la volonté, est donc pure, quand elle ne se distingue pas de la volonté divine. Le corps aussi est conservé pur, quand l'exercice des sens n’est pas corrompu par les attraits de la chair, que notre œil ne vole pas notre âme, «et que la mort n'entre pas par nos fenêtres. » On est sanciifié en ces trois choses, quand ni dans les applications de l'intelligence, ni dans les entrainements de la volonté, ni dans les satisfactions des sens, on ne perd la mesure, en sorte que Ja chair règne sur l'esprit. C'est ainsi que l’on est conservé sans tache, c'est-à-dire sans défaut, jusqu’à la venue du Seigneur ; et quand on demeure tel jusqu’au jour du jugement, on mérite d’être trouvé tel au jour même du jugement.
vester, hoc est, ratio ita perfecta vel incorrupta, ut in nullo per errorem exorbitet a veritate. Animam vero dicit volunlatem, juxta illud : « qui amat animam suam, perdet eam. » Hoc est, qui suam hic voluntatem sequitur, postmodum sua voluntate privabitur : ut qui hic voluntatem suam impleverit, quod voluerit in futuro non habeat, Anima itaque nostra, id est voluntas, integra est, quando a divina non discrepat. Gurpus quoque integrum servatur, quum exercitium corporalium sensuum non corrumpitur illecebris carnalibus, nec oculus noster animam nostram deprædatur, « neque mors intrat per feuestras nostras. » In his vero tribus per omnia sanctificatur, quum nec in discretione rationis, nec in exæstuatione nostræ voluntatis, nec in oblectatione sensuum excedimus, ut caro spiritui dominetur. Sic tunc profecto sine querela, hoc est, sine reprehensione servamur usque in adventuin LDomiui : quum tales perse= veramus usque ad extremum judicium, vel tiles tanc inveniri méremur.