‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 73 sur 98 · TRENTE-UNIÈME QUESTION D’HÉLOISE · texte numérisé non relu

TRENTE-UNIÈME QUESTION D’HÉLOISE

Que signifie ce que répondit Anne au grand-prêtre Éli : « point du tout, mon maître, dit-elle; car je suis une femme très-malheureuse; je n’ai pas bu de vin, ni rien de ce qui peut enivrer; mais j'ai répandu mon âme devant le Seigneur? Ne considérez pas votre servante comme une des filles de Bélial. »

Réponse d'Abélard.

Elle se dit malheureuse, en ce sens qu’elle est sujette au mépris, parce que, frappée de stérilité par la malédiction, elle n'a pas laissé de semence en Israël. C’est ce qui fait dire à Élisabeth : « parce que le Seigneur m'a fait la grâce d'effacer, en ces jours, le souvenir de mon humiliation parmi les hommes. » C’est de là aussi que vient la promesse que, dansle Deutéronome, le Seigneur fait entre toutes à son peuple, comme récompense de

mini, ibi hic Helchana, quum esset jipse Levita, post oblatas victimas, cum uxoribus et filiis, atque filiabus pariter vescebatur.

PROBLEMA HELOISSÆ XXXI,

Quid est postmodum, qued Anna respondit Eli sacerdoti : « nequaquam, inquit, domine mi : nam mulier infelix nimis ego sum, vinumque, et omue quod inebriare potest, uon bibi; sed effudi animam meam in conspectu Domini. Ne reputes ancillam tuam, sicut unam de filiabus Belial? » |

Solutio Abælardi,.

Infelicem se dicit, quasi probrosam ; quia maledicta sterilis, et quæ semen non reliquit in Israel. Unde et illud est Elizabeth : « quia sic fecit mihi Domiaus in diebus, quibus respexit auferre opprobrium meum inter homines. » Unde et illud est Deuferonomii quod Dominus inter cætera promittit populo,

l'observation de ses préceptes : « aucun sexe, mâle ou femelle, ne sera stérile, ni dans ta famille, ni dans tes troupeaux. » Quant à ce qu’elle dit ensuite : « je n’ai point bu de vin ni rien de ce qui peut enivrer, » cela exprime la perfection souveraine d’une femme laïque ou mariée. Et si Anne observait cette abstinence, afin que le Seigneur prêtât une oreille plus bienveillante à la demande qu’elle lui adressait d'être mère, combien mieux cette abstinence convient-elle à des vierges du Christ, qui travaillent à un fruit spirituel et si supérieur ?

Il appelle spécialement filles de Bélial celles dont le diable se fait comme sa famille propre. L’ivresse, en effet, détruit l’équilibre de l’âme et efface tout ce que nous portons en nous, par la raison, de l’image de Dieu ; elle nous rend semblables aux bêtes de somme privées de raison ; nous devenons comme le cheval, comme le mulet, auxquels manque l'intelligence. On appelle le diable l'antique ennemi parce qu'il vient d’en haut; Zabulus ou Satanas, parce qu'en latin, ce mot signifie adversaire ou traître ; et Belial, parce qu'il est hors de tout joug : nom qui lui est justement attribué ici à l’égard de ceux qui se livrent à l'ivresse; les gens ivres étant comme des fous qui ne sont soumis

pro præceptorunm observantia : « non erit apud te sterilis utriusque sexns, tam in hominibus quam in gregibus tnis. » Quod vero ait : « vinum, et omne quod iuebriare potest, non bibi, » magnam laicæ feminæ vel conj ngatæ perfectionem exprimit. Quam profecto abstinentiam si tunc agebat, ut ejus orationem facilius exaudiret Dominus, de partu, quem postulabat, quanto magis virgines Christi, quæ spiritali, ac longe meliori fructui student, ista decet abstinentia ? Filias Belial specialiter appellat, quas sibi diabolus tanquam propriam prolem generat. Ebrietas quippe statum mentis evertit; et quidquid imaginis Dei per rationem habemus, extinguit; ut jumentis insipientibus comparandi, efficiamur sicut equus et mulus, quibus uon est intellectus. Antiquus hostis, et diabolus dicitur, hoc est, deorsum fluens; et Zabulus, sive Satanas, quod in latinum sonat adversarius, sive transgressor ; et Belial, hoc est, absque jugo. Quod quidem nomen hoc loco propter ebrios recte positum est : quum ebrii, tanquam insani, nulli Dei vel disciplinæ jugo

à aucun joug de Dieu ou de la discipline. Il appelle donc filles de Bélial celles qui sont telles que l’on décrit les folles prêtresses consacrées à Bacchus.

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